Du 24 au 26 novembre, l’équipe de France affrontera la Belgique en finale de la Coupe Davis, au stade Pierre-Mauroy. Alors que l’on connaît « tout » ce qui se passe de l’intérieur, comment la presse belge parle-t-elle de notre très chère équipe de France de Coupe Davis ? Quelle place occupe cette compétition en Belgique ? Nous avons posé ces questions, et bien d’autres encore, à Christine Hanquet, journaliste belge à la RTBF, qui nous apporte son éclairage, vu de l’extérieur.

©SoTennis

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Quelle place occupe la Coupe Davis, en Belgique ?

J’ai l’impression que cela dépend des résultats. Si on la gagne, ce sera la première, si par exemple David Goffin atteint une demi-finale, une finale d’un Grand Chelem, ou d’un important tournoi, c’est ça qui passera devant. Ce sont les résultats qui donnent la place à un événement. Il y a deux ans, la Belgique était en finale, à domicile face à la Grande-Bretagne. L’engouement était très important. Le public s’était rué sur les places. C’était d’ailleurs drôle, car, lors de la campagne 2015, les Belges avaient souvent joué à domicile, sans que cela soit à guichets fermés. Au premier tour de la campagne 2016, qui s’était joué en Belgique, la salle qui a accueilli la rencontre n’affichait pas complet.

L’équipe Belge de Coupe Davis s’est qualifiée le 17 septembre dernier pour sa deuxième finale en l’espace de deux ans. Comment peut-on l’expliquer ?

Les joueurs, le capitaine de cette équipe, son staff, expliquent cela par le fait qu’ils sont une équipe, avec l’esprit qui va avec. Certains pays, en Coupe Davis, ont une addition de joueurs individuels. Pour la Belgique, c’est différent. Lorsqu’on les voit, ils ont vraiment l’air de bien s’entendre, de s’apprécier et d’apprécier d’être ensemble. Cette année, au premier tour, David Goffin n’a pas joué en Allemagne. Sans doute, il est probable que les autres joueurs, ceux qui ont dû aller au charbon, n’étaient pas contents de cette absence. Mais tout de suite, ils ont oublié tout cela. L’esprit d’équipe était toujours là, et l’équipe ne s’était pas fissurée.

Steve Darcis a notamment comme surnom Mister Coupe Davis. Selon vous, d’où vient-il ce surnom ?

Les médias belges le nomment Mister Coupe Davis, un surnom adopté aussi à l’étranger, car il met ses tripes sur le court lorsqu’il joue pour son pays. C’est souvent lui qui amène le point de la victoire. Il va tout donner sur le court, quitte à être lessivé et à le payer durant les semaines suivantes sur le circuit ATP. Ce qui n’est plus forcement le cas maintenant. En septembre dernier, après la demi-finale, il était resté sur une bonne dynamique.  L’équipe de France de Coupe Davis a choisi de disputer cette finale contre la Belgique au stade Pierre-Mauroy. Finalement, les joueurs et les supporteurs seront quasiment à domicile… Je pense que les neuf dixièmes de la salle seront français. Le public belge aura 10% des places. C’est la règle. Il est certain que les Belges essaieront de se procurer des billets en plus. Mais de toute façon, l’ambiance restera largement française.

« On a l’impression que le tennis français, c’est le psychodrame «permanent  » »

La surface retenue pour cette finale est le Rebound Ace. Qu’en pensez-vous ?

Que ce soit les joueurs belges ou français, ils savent très bien jouer sur toutes les surfaces. Par exemple, au sujet de David Goffin, pendant un certain temps, nous disions que sa surface de prédilection était la terre battue. La plupart des joueurs belges grandissent sur cette surface. Mais au vu de ses résultats, en particulier les plus récents, on peut dire qu’il est multi-surfaces, tout comme Steve Darcis. C’est aussi le cas des Français. Je pense que le choix de cette surface n’avantage ni les uns ni les autres.

Concernant cette équipe de France de Coupe Davis, vu de l’extérieur, comment est-elle perçue ?

L’équipe est perçue comme une équipe moins soudée que les Belges. On a l’impression que depuis la finale perdue contre la Suisse, en 2014, c’est des psychodrames permanents. Que ce soit les histoires avec les capitaines, les joueurs, les joueuses même si là cela n’a rien à voir, avec la fédération… On a l’impression que le tennis français, c’est le psychodrame « permanent ». Ils ont mis un temps fou à se remettre de cette finale perdue. On a l’impression que cette équipe de France est moins une équipe de copains. Pour la Belgique, c’est vraiment une des caractéristiques, d’être une équipe de potes, qui ont envie de se donner les uns pour les autres, qui ont à cœur de vraiment jouer pour la nation. Évidemment, la Belgique n’a pas le passé que la France a en Coupe Davis et je ne dis pas que les joueurs belges sont meilleurs. Mais de loin, on a l’impression que les Français sont moins soudés. Malgré tout, ils sont en finale.

Le point du double est très important. Les Belges ont-ils les moyens de remporter ce point-là face aux Frenchies?
Il y a toujours eu un problème avec ce point du double. Il y a désormais une paire qui marche, sans doute pas au point, si elle est alignée, de battre la paire française. Ce point-là, il sera difficile à aller chercher.

Le capitaine de l’équipe belge de Coupe Davis, Johan Van Herck, avait dénoncé, en septembre dernier, l’arrogance de son homologue français, Yannick Noah, lui qui avait déclaré que « les Bleus allaient certainement jouer contre l’Australie en finale », alors que la rencontre n’était pas encore totalement terminée. Les hostilités étaient déjà lancées…
Les médias ont évoqué cette déclaration, au moment même, sans en faire les gros titres. La Belgique et la France sont deux nations qui s’entendent, qui aiment bien rigoler ensemble. Je pense que les deux équipes étaient contentes de se retrouver en finale, afin que le public puisse faire la fête ensemble. Je pense que c’est ce qui caractérise les relations entre les deux peuples. Mais cela ne va pas empêcher que chacun aille se charrier gentiment. Les joueurs français et les joueurs belges se connaissent bien et s’apprécient. J’ai l’impression que cette finale va se dérouler dans cet esprit-là, tant pour les joueurs que pour les supporteurs.

Propos recueillis par E-A. Entretien réalisé le 4 octobre 2017.

 

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