Alizé Cornet : «Je pense avoir les capacités d’être heureuse par la suite»

Alizé Cornet : «Je pense avoir les capacités d’être heureuse par la suite»

28 mai 2024 Non Par SoTennis

Clap de fin pour Alizé Cornet. Battue au 1er tour de Roland-Garros par la Chinoise Qinwen #Zheng, tête de série n°7 (6-2 6-1), la Niçoise a disputé a Paris son ultime tournoi. Mardi, en conférence de presse, la Française a évoqué, avec authenticité, sa longue carrière et sa vie d’après.

 Vous avez publié sur vos réseaux sociaux une photo de vous adolescente qui jouait ici pour la première fois. Si vous pouviez rencontrer cette joueuse, cette adolescente, qu’est-ce que la Alizé d’aujourd’hui lui dirait à cette adolescente?

Ce n’est pas facile de préparer une adolescente de 15 ans à 20 ans de circuit de haut niveau. Franchement, je pense que je ne lui dirai rien parce qu’elle prendrait un peu peur. Elle dirait : « je ne suis pas sûre de vouloir faire cela au final ». Je lui dirai de rester elle-même jusqu’au bout, de s’assumer comme elle est, de ne pas forcément se battre pour être parfaite parce qu’elle ne sera pas et qu’elle perdra beaucoup d’énergie à essayer de l’être. D’être authentique comme vous l’avez dit, fidèle à elle-même, entière et que les gens la prendront, ou pas, pour ce qu’elle est. Après, tennistiquement, elle était déjà bien calée dans la tête à 15 ans l’ado que j’étais. Je ne lui dirai pas grand-chose d’autres, de s’assumer comme elle est, je pense que c’est un beau conseil déjà.

Pouvez-vous nous résumer vos 24 dernières heures, notamment vos émotions, hier soir, ce matin, la préparation du match. Comment avez-vous vécu cette dernière ?

24 dernières heures ou 24 derniers jours ? Cela a été assez intense sur les dernières semaines en règle générale. Si on s’en tient aux 24 dernières heures, cela a été plutôt apaisé. Ce qui était compliqué c’était de me projeter sur mon match en mode compétitrice en essayant de me convaincre que je pouvais quand même gagner et pas déjà me projeter sur la cérémonie, sur les adieux. C’était un exercice d’équilibriste de rester focus sur la mission qui était d’essayer de battre Zheng parce que je n’allais pas juste entrer, faire de la figuration et partir, même si je savais que cela allait être difficile et que c’était une fille qui jouait très bien. Il y a eu ce brief de match avec Pierre (son entraîneur et compagnon) hier soir, un peu ce matin. Il fallait aussi se préparer si cela ne se passait pas bien à ce qui allait suivre, à l’émotion qui allait peut-être arriver. Voilà, une préparation pour les deux scénarios différents et au final j’ai plutôt bien dormi. J’ai rêvé de Rafa toute la nuit. (Rires) J’ai rêvé qu’il me proposait de faire un match en 3 sets gagnants à Strasbourg. (Rires) Improbable ! J’étais avec sa famille, on célébrait. C’était une nuit… Je me suis réveillée, je me suis dit “bon…”. Je vous dis tout. Je lâche tout. L’échauffement ce matin, je me suis rendu compte que cela pouvait potentiellement être la dernière fois mais toujours dans une dynamique d’être dans le moment présent et dans ce que j’ai à faire et pas déjà à me dire c’est la fin. Maintenant, je peux me le dire : c’est la fin et j’ai fait de mon mieux sur le court. Une fille qui ne me réussit pas trop qui m’agresse beaucoup qui joue très bien. J’ai quand même fait de mon mieux. Pareil pour le discours, j’ai essayé de faire de mon mieux aussi.

Quand avez-vous fait la paix avec la fin de votre carrière ? Est-ce vous l’avez fait avant ce match ou est-ce que pensez-vous que cela commence maintenant ?

Cela fait un moment que je me prépare à cela, même si je ne réalise pas complètement que c’est la fin parce que je pense que tourner une page de 20 ans comme je l’ai dit sur le court, cela ne se fait pas comme cela, en un claquement de doigts. Cela fait plusieurs mois depuis janvier que je me prépare à faire mes adieux au Roland-Garros. Je pense que mon cerveau s’est musclé pour cela. Je me rends compte de la situation et je suis complètement en paix avec la fin de ma carrière. Le moment que j’ai passé tout à l’heure sur le court est inoubliable pour moi. Cette vidéo que les gens de la com’ m’avaient préparée, cela m’a beaucoup touchée. D’avoir ce temps de parole où je pouvais m’exprimer, c’était une chance de pouvoir finir cette si jolie carrière avec un beau moment de communion avec le public. Je ne peux pas être plus en paix qu’à l’heure actuelle. Je ne dis pas que cela ne va pas être difficile sur ces prochaines semaines. Mais au moins, il y a ce sentiment de devoir accompli, d’être allée au bout de mon aventure. C’était important pour moi. Nous en reparlerons dans quelque temps, voir si je suis toujours aussi apaisée. Pour l’instant, cela va….

Quand il y a 4-0 au premier set, est-ce qu’il y a une peur chez vous de se dire cela peut très mal se finir et cela peut aller très vite…

Le scénario n’était vraiment pas idéal au début. J’ai une balle de jeu, je ne le fais pas, puis cela s’enchaîne très vite. Je me sens extrêmement tendue. Je fais pas mal de fautes. Cela m’a relâchée un peu quand j’ai fait mon premier jeu. J’ai quand même perdu 2 et 1, donc ce n’était pas idéal. Oui c’est mieux que 0 et 0. C’est vrai qu’il y avait le scénario d’il y a deux ans quand je l’avais jouée. J’étais blessée à l’adducteur mais j’avais dû abandonner à 6-0 3-0. Cela m’a traversé de me dire je n’aimerais pas finir ma carrière sur une « branlée », excusez-moi. C’est exactement ce que je me disais. Non, pas cela, pas cela. Après, il y a eu un souffle quand j’ai eu mon premier jeu. C’est bête parce que cela ne change rien à l’histoire que je perde 6-1 6-0 ou 6-0 6-0 moi je voulais gagner ce match. Je pense qu’inconsciemment ça m’a un peu relâché. J’ai eu l’impression au premier set qu’il y avait un peu plus un combat. J’ai eu des balles de 4-3. Après, c’est vrai que jouer une fille de ce niveau sur son dernier match, cela ne m’a pas aidée pour exprimer mon jeu ou du moins ce qu’il m’en reste. Ce n’était pas évident de jouer contre une fille qui joue aussi bien. En même temps c’est aussi cela qui m’a permis de jouer sur le Chatrier.

Et maintenant ?

Maintenant, déjà je vais digérer tout cela. Quand j’ai vu la vidéo et que j’ai réalisé un peu tout ce chemin parcouru depuis mes 14-15 ans je me suis dit quand même… Avec tout ce palmarès, comme je l’ai dit, cela aurait pu être mieux. Quelle aventure ! Quel chemin, quelle constance à ce niveau. C’est vrai que je vais devoir commencer un deuxième chapitre avec un plongeon dans l’inconnu. Oui, j’écris mes romans, j’ai mes bouquins, cela me rassure. J’ai une reconversion professionnelle qui est quasiment toute faite. Le rythme de vie ne sera plus du tout le même et cela, évidemment, cela fait peur parce que quand on est en mission pour quelque chose depuis 20 ans et que d’un coup cela s’arrête, il faut redonner un sens à sa vie. Il faut retrouver un rythme. Il faut se projeter sur autre chose et cela demande beaucoup de travail psychologiquement est aussi d’être bien entouré. J’ai de la chance de l’être pour le travail psychologique, je vais m’y mettre dès maintenant. Je ne me fais pas trop de souci parce que je pense que je suis pleine de ressources et je vais forcément trouver quelque chose, des projets dans lesquels m’épanouir pleinement. Ce ne sera pas une carrière de joueuse de tennis ni des émotions que cela m’a procurées, mais je pense avoir les capacités d’être heureuse par la suite.

Propos recueillis par E-A à Roland-Garros