Kristina Mladenovic : «Il faut relativiser»

Kristina Mladenovic : «Il faut relativiser»

24 août 2019 Non Par SoTennis

Sa saison en simple, ses titres en double, sa place de n°1 mondiale, la Fed Cud et son nouveau format… Kristina Mladenovic, 53e mondiale en simple quibaffrontera au 1er tour de l’US Open Angelique Kerber, évoque, avec son franc-parler, ces sujets.

Suite à votre victoire en double à Roland-Garros, vous êtes devenue n°1 mondiale. Est-ce que cela a changé quelque chose pour vous, d’entrer sur le court avec ce statut?

C’est sûr que c’est toujours très plaisant, très flatteur d’avoir ce genre de statut, qui n’était pas forcément un objectif, au vu du peu de tournoi que nous jouons avec ma partenaire (Timea Babos). Lorsqu’on va dans certains pays ou comme à Wimbledon, le temple du tennis, les gens respectent énormément le double et le suivent vraiment à fond. Ils ont cette culture. C’est très plaisant de disputer un match, en fin de journée, sur un court annexe, avec des tribunes bien remplies. Pour moi, c’est juste du plaisir, du bonheur en plus, c’est quelque chose que j’ai atteint à Roland-Garros, disons de la plus belle des manières, en remportant un Grand Chelem supplémentaire. Être n°1 mondiale en double (ndlr: elle est désormais n°2) avec les titres qui vont avec, c’est flatteur et c’est que du bonus.

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Ce double,vous ne l’avez jamais oublié dans vos jeunes années. Qu’est-ce qui peut apporter tactiquement ou techniquement, pour le simple?

Mes expériences en double, c’est-à-dire mes deux titres en Grand Chelem en double mixte (ndlr : en 2013 à Wimbledon et 2014 à l’Open d’Australie avec Daniel Nestor), à un plus jeune âge, m’ont énormément servie d’expérience. Le fait de décrocher des grands titres avec un partenaire, de jouer sur les centraux des Grands Chelems, lorsque j’ai eu à le faire en simple, je n’ai pas envie de dire que j’étais dans du déjà-vu, mais j’étais dans une sorte d’expérience. Donc, je n’étais pas surprise ou effrayée de l’événement, des grands courts, de l’importance des matches… C’est un énorme plus qu’il ne faut pas sous-estimer. On a toujours besoin de leçons pour avancer et je pense que c’est une étape franchie un peu plus rapidement. Sur le plan du jeu, disputer le double permet de développer une certaine vision du jeu, une certaine variété et le développer. Cela revient chez les filles (disputer le double). Je pense que si l’on prend les toutes meilleures équipes du monde en ce moment, il y en a deux ou trois qui sont qualifiées pour le Masters du simple.

Le niveau du tennis féminin s’est beaucoup resserré. N’importe qui peut battre n’importe qui. L’écart est désormais très mince entre toutes les joueuses…

C’est exceptionnel, dans le sens où il n’y a plus de marge. Il y a du suspense. Je me souviens de mes premières années sur le circuit, moi-même, je pouvais sentir que lorsque je jouais un plus bas que mon classement, il y avait une certaine marge.  Au fur et à mesure des années, cette marge n’est plus.  Je pense que s’est dû au niveau qui a progressé. Avant, on pouvait dire : « Il y a dix, vingt, voire cinquante meilleures joueuses au monde» mais pas cent ou deux cents. Maintenant, même une qualifiée peut être dangereuse, talentueuse sur un match. Cela ouvre beaucoup d’opportunités, mais aussi moins, car tous les matches sont difficiles.  Il y a ces deux perspectives. Je me rends compte que, cette année, j’ai battu les toutes meilleures, comme par exemple Ashleigh Barty. On m’a encore dit que j’étais sa dernière défaite, avant ses victoires à Roland-Garros et à Birmingham. On voit des matches serrés. Il n’y a pas de tour à la légère.

Côté simple, comment cela se passe lorsqu’on s’entraîne bien, mais que cela ne sourit pas en compétition, comme ça pu être le cas pour vous?

Je pense qu’il faut relativiser. C’est plus simple d’accepter cet « échec » de manière positive. C’est-à-dire se dire : « Contre qui j’ai buté et à quel stade (de la compétition)? » Dans une carrière, on sent qu’il y a des moments où l’on ne joue pas bien et pour gagner un match, il en faut beaucoup. Là, au contraire, je suis plutôt dans une phase constructive et positive en perdant contre des très bonnes joueuses qui vont loin ou qui sont en forme. L’important,c’est de vraiment se sentir bien, de sentir que dans tout cela il y a du positif. Ce n’est pas des« contre-perfs’ ». Sur cette saison, j’ai l’impression de bien jouer, de retrouver un bon niveau. Maintenant, à moi de retrouver « un statut » qui me protège en Grand Chelem, même si on n’est jamais réellement protégé. On n’est jamais à l’abri en étant tête de série. Ce serait, malgré tout, un grand pas afin d’éviter d’avoir des gros tirages comme à Roland et à Wimbledon. À Wimbledon, je n’étais pas loin… J’aurais dû saisir mes opportunités au premier set, (ndlr: contre Petra Kvitova elle avait eu trois balles de set sur son service à 5-4), on ne sait jamais ce que cela aurait donné après… Je n’ai pas le moral bas par rapport à des sorties aussi précoces. Bien sûr, j’aurais aimé aller plus loin. À la fin d’une journée, il faut rester lucide et positive.

Très jeune, vous avez eu une lourde blessure au genou. Aujourd’hui, quel est votre rapport avec votre corps?

Je touche du bois, cela fait de nombreuses années où tout va bien. Mais ce n’est pas anodin, derrière ça, il y a énormément de travail, de suivi, de prévention, d’heures passées à la gym, en plus, pour stabiliser le corps, faire la prévention nécessaire pour éviter les petites et les grosses blessures, qui peuvent survenir avec un manque d’attention. Surtout lorsqu’on se sent bien, que tout va bien. Il ne faut pas oublier que le corps travaille tous les jours et à long terme, c’est hyper important d’en prendre soin. Je fais ces efforts-là aussi tous les jours. D’être en bonne santé et de jouer, c’est vraiment la plus grande des récompenses pour un athlète de haut niveau. Après gagner, perdre… Moi qui ai vécu des moments difficiles, de blessures, où il n’y a rien à faire en étant chez soi où l’on ne peut pas jouer… Cela renforce le moral et cela fait relativiser. Les défaites qu’elles soient « positives », négatives… Du moment que l’on se donne à 100% et qu’on peut se battre, c’est la meilleure des récompenses, car il n’y a rien de pire que d’être arrêté.

Dans votre équipe, vous avez fait appel à Sascha Bajin, qui par le passé a travaillé avec Serena Williams ou récemment avec Naomi Ozaka. Pourquoi l’avoir sollicité ?

Étant plus jeune, j’ai essayé plusieurs coaches, car cela fait partie du parcours de se structurer. J’ai été assez déçue des coaches que j’ai eus. Rapidement, avec mon expérience, ma personnalité, j’étais assez perfectionniste. À un moment,dans ma carrière, je m’étais promis de rester plutôt seule que mal accompagnée et éviter de perdre de l’énergie à essayer. Sur le circuit, il y avait deux ou trois coaches que je respectais vraiment, que j’estimais vraiment très bon dans leur domaine et qui pouvaient m’apporter quelque chose. Ce n’est pas en claquant des doigts que je pouvais travailler avec eux. Je n’ai jamais dit que je ne souhaitais pas avoir de coach, mais une fois l’opportunité qui s’est présentée, lorsque j’ai su que Sascha était libre, je suis naturellement rentrée en contact avec lui, car je souhaitais l’avoir à mes côtés. On se connaît un peu depuis des années. J’étais vraiment flattée qu’il soit intéressé par mon projet, car j’imagine qu’il en a eu plein d’autres.

Ce qui vous caractérise, aussi, c’est votre franc-parler. Vous a-t-on déjà déconseillé cette forme de communication ?

Oui, on m’a déconseillée, mais ce qui est surtout, dans un sens, pas juste, c’est que lorsqu’on a un franc-parler, les propos, avec certains de vos collègues, journalistes, peuvent être déformés ou exagérés.  On dit bien les choses d’une certaine manière, bien précise, on fait vraiment attention de le dire d’une certaine forme et il en ressort un mot clé pour en faire une plus grande image, en général un peu plus négative, sans réfléchir à ce que l’on souhaite faire passer comme message, qui est, en ce qui me concerne, toujours constructif. Cela peut être négatif, mais c’est constructif. Ce franc-parler, cela fait partie de ma personnalité. Je n’ai pas changé cela. J’ai plutôt appris avec certains journalistes à employer les bonnes formes pour pas qu’ils puissent rebondir sur certains mots-clés qui pourraient être à usage négatif. C’est important, malgré tout, de dévoiler sa propre personnalité.

Les réseaux sociaux peuvent parfois amener différentes formes de messages. Comment gérez-vous cet accès sans filtre ?

Je gère pleinement moi-même mes réseaux. Je pense que c’est la réalité des réseaux sociaux. Tout athlète reçoit ces messages des « haters », on va dire plutôt des parieurs. Ils deviennent des haters parce qu’ils parient. Même, parfois, dans la victoire, ils vous insultent. Je n’y prête vraiment pas attention, même si c’est quelque chose qui n’est pas évident. En ce qui me concerne, tout ce qui est négatif, un peu pourri, ce n’est pas important à mes yeux. J’ai eu « la chance » de ne pas avoir des cas hypers spéciaux. Je sais qu’il y a eu des joueuses qui ont reçu des menaces avec des détails très précis comme où elles logeaient… Ça, ça fait un peu peur… Ces messages un peu négatifs de gens, cela reflète la société d’aujourd’hui. Je ne souhaite pas être méchante, mais c’est simple derrière un écran, de ne pas avoir de vie et d’exprimer sa frustration. Je n’ai pas cette vision de la vie et cette mentalité. On ne peut pas empêcher cela. Mais il y a beaucoup de messages positifs, il ne faut pas les oublier. Je trouve cela très touchant. Il y a des gens qui sont méga-fans, parfois beaucoup. C’est la moindre des choses de montrer que l’on ressent leur soutien, car c’est très gentil d’avoir ces attentions-là.

Le format de la Fed Cup sera différent l’année prochaine (à partir de 2020, la compétition ne concernera plus que douze équipes et elle se déroulera sur une semaine. Une nouvelle formule qu’accueillera Budapest pendant les trois prochaines années avec une dotation globale de 18 millions de dollars, 16 millions d’euros). Certaines joueuses ont évoqué publiquement leur mécontentement. Comment l’avez-vous accueilli ce changement de format?

C’est une compétition que j’adore qui a toujours été importante et qui le sera toujours à mes yeux. La philosophie que j’aie, c’est que j’aime représenter l’équipe de France. C’est une fierté de représenter la France. Pour ce qui est de ce nouveau format, bien sûr que j’ai entendu plein de réactions. Pour être un peu plus ouvert d’esprit, étant Française, je me rends compte de la chance que l’on a d’avoir une Fédération riche, dans le sens, qui a toujours réussi à nous organiser des rencontres magnifiques au sein de très belles installations, permettant d’accueillir de superbes rencontres. Ce côté purement Fed Cup, qu’on adore tant, c’est-à-dire jouer devant notre public et passer des semaines et des week-ends vraiment supers, on le regrettera. J’ai eu aussi des contacts avec des collègues étrangères qui pour elles, c’est vraiment l’envers du décor. Elles ne sont pas dans ce cas de figure là. C’était la suite logique pour que le format de la Fed Cup évolue. Lorsque j’entends que certaines nations ont à peine les installations nécessaires pour accueillir les rencontres, cela complique les choses. Elles, les joueuses, ne le vivent pas du tout de la manière que nous, Françaises, on voit le fait de jouer à domicile. Il y a des pays qui prient pour ne pas accueillir les rencontres tellement ils peinent à organiser les rencontres. Il y a plus de pays dans ce cas de figure, que nous, les grandes nations qui font de cette compétition un truc superbe, que ce soit pour les supporters ou les joueuses. Sans parler des nations qui n’arrivent pas à satisfaire d’un point de vue financier, leurs joueuses, même si je n’aime pas évoquer cela. Malheureusement, pour nous, qui aimons jouer à domicile, cette réforme aidera quasiment tous les autres. Sans doute que beaucoup, plus de monde s’alignera dans la nouvelle formule, d’après ce que j’ai compris.

Donc vous avez regardé également les intérêts des « petites » nations…

J’entends. Nous, Françaises, nous sommes dans le miel. Nous allons jouer dans les régions. C’est un rêve et c’est génial. C’est ça la Fed Cup, c’est d’aller jouer devant les différents publics, à domicile. Bien sûr que j’adore ça et que je vais le regretter. Mais ce n’est pas pareil ailleurs. J’entends aussi ce discours. Je ne peux pas me permettre de critiquer pourquoi soudainement ce changement de format. Il faut aussi entendre la vérité d’ailleurs. Mon état d’esprit est le suivant, peu importe le format. Cela ne changera pas mon investissement au sein de l’équipe de France. Lorsqu’on vous demande de jouer pour votre pays et de représenter l’équipe de France, peu importe le format, ce sera toujours une fierté.

Cette finale de Fed Cup, face à l’Australie, est-ce que vous y pensez, est-ce vous en discuter entre vous, joueuses françaises?

Ça sera personnellement ma deuxième finale (ndlr: après celle de 2016 à Strasbourg). À l’étranger cette fois, contre une magnifique équipe, avec l’actuelle n°2 mondiale. Ça sera à Perth, dans la salle où j’ai évolué aux côtés de Richard Gasquet lors de la Hopman Cup (ndlr : en 2017), que nous avions gagné. Cela rajoute un peu de piment du fait que cela va être la dernière un peu historique sous ce format. On sait à quel point les Australiens adorent cette compétition également. Ce sera avec deux nations qui ont une culture Fed Cup et Coupe Davis. Nous sommes encore très loin de cette finale. On ne se projette pas encore, on ne s’est pas réellement parlées, à propos de ce sujet, car il y a encore énormément de choses jusque-là. Ce qui est sûr, c’est quelque chose qui est déjà encadré dans mon programme.

Si vous disputez le Masters, en double, à Shenzhen, prévoyez-vous de rester dans le coin ou de revenir en France?

Pour moi, ça a l’air plutôt pas mal et prestigieux comme fin d’année. Je serais à un peu plus de mi-chemin. D’après ce que j’ai compris il n’y a pas beaucoup de décalage (horaire) c’est plutôt le programme parfait en ce qui me concerne et ce serait une fin de saison prestigieuse…

Propos recueillis par E-A. Entretien réalisé à Wimbledon.