Mary Pierce, entre les mains de Dieu

Mary Pierce, entre les mains de Dieu

6 juin 2020 Non Par SoTennis

C’était son rêve. Soulever la coupe Suzanne-Lenglen. Après une finale perdue à Paris en 1994, et bien des errances, Mary Pierce était parvenue à vivre ce moment tant rêvé, en l’an 2000. Lors d’une édition où elle avait rencontré son public, la Française, portait par la spiritualité, avait atteint à 25 ans, l’acmé de sa carrière.

 « Tout est entre les mains de Dieu. Je ne veux plus me torturer sur le court. Une prière, et puis ça va » aimait dire Mary Pierce, lors de Roland-Garros 2000, tout en remettant son chapelet, qu’elle portait en collier. Pour en arriver là, la Française avait dû emprunter un sinueux chemin avant de rencontrer la foi. C’était en mars 2000, à Indian Wells où elle avait découvert l’évangile et la religion, pour naître une seconde fois. Délestée de ses douleurs du passé, des traumatismes liés, entre autres, au comportement de son père Jim Pierce, ex-Marine américain (ndlr : violent, il fut exclu de Roland-Garros en 1993 et banni du circuit WTA. Décédé en 2017, Mary Pierce a pardonné à son père son comportement avant de l’accompagner dans sa fin de vie), Mary avait ainsi trouvé la paix. Un an plus tôt, elle quittait le court Central de Roland-Garros, tête basse, huée par le public, après une âpre défaite au deuxième tour face à une certaine Conchita Martinez. Mais en cette année 2000, une petite voix viendra bientôt lui susurrer que les choses seront, cette fois, bien différentes… Malgré une confiance en berne, en raison de résultats décevants sur la terre battue européenne et une épaule douloureuse, Mary Pierce débarquait à Paris, affûtée, avec un peu plus de patience et une nouvelle intelligence tactique. Avec son frère, David, qui était alors son entraîneur, Mary avait étoffé son jeu. Toujours en délicatesse avec son épaule, proche de déclarer forfait avant de disputer le double avec sa copine Martina Hingis, la Frenchie, tête de série n°6, était parvenue à n’abandonner « que » treize jeux au moment de valider son billet pour les quarts de finale. Tara Snyder, Barbara Rittner, Virginie Razzano et Asa Carlson avaient subi la loi de la nouvelle Mary. En quart de finale, s’était dressé un nouveau défi. Contre Monica Seles, tête de série n°3, Mary Pierce lâchait, face à la cadence et aux amorties de l’Américaine, le premier set, où elle avait réussi son fameux lob gagnant entre les jambes. Sans paniquer, avec le soutien du public du court Suzanne-Lenglen, Pierce avait finalement pris à son propre jeu la triple gagnante du tournoi en trois sets (4-6, 6-3, 6-4).

En demies, Martina Hingis, n°1 mondiale, sa partenaire de double, avait, sous un soleil de plomb, contraint Mary, après avoir remporté le deuxième set en sauvant une balle de match, à repousser ses limites physiques. Malgré les crampes et la résistance de la Suissesse, la n°1 française avait « sereinement » écarté en trois sets (6-4, 5-7, 6-2) la menace de voir filer l’opportunité de disputer une nouvelle finale à Paris.

Six ans après celle perdue face à Arantxa Sanchez, Mary Pierce était à un match de réaliser son rêve le plus fou. Remporter Roland-Garros. Après avoir goûté à l’ivresse de la victoire en Grand Chelem à l’Open d’Australie en 1995, la Française croyait plus que jamais en elle, pour étoffer son palmarès à Paris. Le samedi 10 juin 2000, des papillons galopants dans le ventre et après une dernière prière, Mary pénétrait sur le court Philippe-Chatrier sous l’ovation du public. Face à Conchita Martinez, tête de série n°5, son adversaire en finale, qui l’avait battue l’année précédente au deuxième tour, Pierce installait rapidement son jeu. Après la perte du premier set, l’Espagnole, qui venait de commettre un fatal « faux départ », commençait néanmoins à faire jeu égal avec la Française. Mais Pierce, fidèle à son nouvel état d’esprit, claquait la porte à une périlleuse troisième manche. Un retour de Martinez dans la bande du filet, envoyait Mary au paradis sur le score de 6-2, 7-5. Les bras levés vers le ciel, Mary mettait Roland-Garros à ses pieds. En tribune, ce fut aussi la délivrance pour Yannick Pierce, la mère de Mary, David, son frère et entraîneur et pour Gavin Forbes, son agent.

Trente-trois ans après Françoise Dürr, gagnante en 1967, une Française remporte Roland-Garros. Après avoir reçu des mains de Françoise Dürr la coupe Suzanne-Lenglen, Mary Pierce avait bien pris son temps pour regarder cette coupe qu’elle chérie tant. Au moment du discours d’après-match, incrédule de tenir sa coupe préférée entre les bras, elle n’oublia pas d’avoir un mot pour son père, restait aux États-Unis.. Comme Françoise Dürr en 1967, Mary Pierce signait le doublé en remportant le double dames avec à sa partenaire Martina Hingis. Après cette victoire, Mary Pierce passa de la 7e à la 3e place mondiale, égalant son meilleur classement en simple. « Tout est entre les mains de Dieu » répétait-elle lors de cette édition 2000, où la Française avait gagné, à bien plus d’un titre.

EA