Monica Seles: toujours se relever

9 février 2013 Non Par SoTennis

Quelque chose s’est cassé chez Monica Seles, l’une des meilleures tennis women de l’ère open, le jour ou un déséquilibré ,fan de sa grande rivale Steffi Graf l’a agressée en plein match à Hambourg. Avant ce tragique évènement Monica avait remporté 8 titres du Grand Chelem (3 Open d’Australie, 3 Roland Garros, 2 Us Open et une finale à Wimbledon). Après l’agression Monica remporta de nouveau l’Open D’Australie en 1996 et connut 2 finales à l’Us Open  ( 1995 et 1996) et une dernière à Roland Garros en 1998.

Né à Novid Sad dans l’actuelle Serbie, Monica Seles commence à jouer au tennis à l’âge de 6 ans sous la houlette de son père Karolj Seles.  Jouant avec une raquette trop lourde, elle joue à deux mains son coup droit de gauchère comme son revers, ce que son père lui laisse faire. Très douée Monica devient rapidement championne de Yougoslavie et bat des joueuses bien plus âgées qu’elle. A 11 ans elle remporte l’orange bowl de Miami, où elle repérée par Nick Bolllettieri qui propose à ses parents de l’accueillir dans sa célèbre académie. Karolj et Esther Seles acceptent cette invitation à condition que Monica soit avec Zoltan son frère aîné qui joue également au tennis. Monica et son frère quittent la Yougoslavie en 1986 pour rejoindre les Etats-Unis, la Floride plus précisément. L’adaptation à ce nouveau pays est particulièrement rude , Monica doit apprendre l’anglais et passe la majeur partie de son temps à s’entrainer, suivre ses études et reste en permanence avec son frère. Ses partenaires d’entrainement refusent peu à peu de jouer avec elle, trop forte, trop agressive… idem du côté des garçons. Monica commence à perdre confiance. Nick Bollettieri lui conseille d’abandonner son coup droit à deux mains. Heureusement pour le frère et la sœur, les parents Seles décident à leur tour de quitter la Yougoslavie pour les rejoindre. Papa Seles décide alors de reprendre l’entrainement de sa fille tout en laissant Bollettieri lui inculquer sa vision du jeu à l’américaine… La surdouée dispute à 14 ans en 1988 son premier tournoi professionnel à l’occasion du tournoi de Key Biscayne elle bat au 1er tour une joueuses classée dans le top 40 mondial, Monica est stoppée au 2ème tour par l’argentine Grabriela Sabatini qui bat l’adolescente non sans mal.

Le 30 avril 1989, Monica remporte à Houston son 1er tournoi de sa carrière sur la terre battue Texane,  face à la légende Chris Evert. A 15 ans Monica inquiète, sa prise de balle précoce et ses cris stridents à chaque frappes, insufflent un vent de nouveauté sur un circuit féminin qui est dominée par l’Allemande Stephanie Graf. Quelques semaine plus tard elle retrouve pour la 1ère fois les courts de la porte d’Auteuil pour y disputer Roland Garros. Son père décide de l’emmener sur le central puis en haut des tribunes lui dit “N’est pas peur de ce court il est pour toi”… Soutenue par le public du court N°6 Monica se qualifie pour le 3ème tour face à l’américaine Zina Garrisson. Le match est joué sur le court Central, à son entrée sur le court Monica distribue des fleurs pour remercier le public qui l’avait soutenue au tour précédent, et sans doute aussi pour séduire encore plus les fans. Le public du court central découvre une gamine de 15 ans qui n’a peur de rien et de personne et surtout pas de son adversaire qu’elle bat sèchement. Pour ce 1er Roland Garros Monica atteint les demi-finales, ou elle s’incline seulement en 3 sets face à Steffi Graf N°1 mondiale. Monica termine sa 1ère saison sur le circuit professionnel au 6ème rang mondial. Un an pour apprendre, un an pour gagner.

En 1990, Seles remporte les principaux tournois de préparation  sur terre battue avant Roland Garros. A Rome à l’âge de 16 ans elle bat Martina Navratilova en deux sets. Après la rencontre encore sous le choc Navratilova avouera avoir eu l’impression d’être passée sous un camion. Monica arrive à Paris en grandissime favorite.  Malgré plusieurs matchs ou elle frôle la défaite elle se qualifie pour sa 1ère finale d’un tournoi du Grand Chelem. Elle retrouve la N°1 mondiale Steffi Graf qu’elle bat 7-6 6-4. A 16 ans elle devient (et elle le reste encore aujourd’hui) la plus jeune joueuse à s’imposer à Roland Garros. Les journalistes se l’arrachent, son sourire et joie de vivre font des ravages. Elle termine cette saison 1990 au deuxième rang mondial. Les deux saisons suivantes, elle règnera sans partage sur le tennis féminin , en  mars 1991, après avoir remporté son 1er Open d’Australie en Janvier elle devient à 17ans la plus jeune N°1 mondiale et détrône la reine Steffi.

De janvier 1991 à février 1993, elle remporte 22 titres et atteint la finale de 33 des 34 tournois dans lesquels elle s’engage. Avec les victoires une pluie de dollars déferlent sur la nouvelle star du tennis, les contrats publicitaires s’accumulent, Monica gagne presque tout, change de coupe de cheveux régulièrement, abord de nouvelles tenues… ce règne commence à agacer ses rivales qui vivent de plus en plus mal cette situation. Elle entame son règne en janvier 1991 lorsqu’elle s’impose en finale de l’Open d’Australie face à Jana Novotna.

Au printemps, elle défend son titre à Paris en prenant le meilleur sur Arantxa Sanchez Vicario en finale. Blessé au tibia, elle déclare forfait pour Wimbledon et quitte le circuit pendant 6 semaines. Les plus folles rumeurs courent à son sujet mais Monica reste silencieuse. Elle revient pour disputer et remporter l’Us Open face à Martina Navratilova. Cette année-là, elle remporte pour la Yougoslavie la Hompan Cup et s’impose en fin d’année pour la deuxième fois consécutive au Masters de fin d’année face à Navratilova au Madison Square Garden de New York.

En 1992 Monica conserve notamment ses trois titres en Grand Chelem et son titre au masters de fin d’année. A Melbourne elle bat Mary Jo Fernandez, à Paris elle s’impose après un combat homérique de plus de heures face à Steffi Graf et devient la 1ère joueuse le l’ère Open à gagner 3 titres consécutifs à Roland Garros, puis à l’Us Open face à Arantxa Sanchez Vicario. A Wimbledon en battant en demi-finales la maîtresse des lieux Martina Navratilova, Monica ne parvient pas à remettre la souveraineté de Graf sur gazon en finale. Cette même année les tabloïds Anglais ne se gênent pas pour s’acharner sur Seles et mesure ses fameux cris lors du tournoi Londonien. Plusieurs joueuses commencent à se plaindre de ses cris, et l’on demande à Monica de baisser de volume lors de cette finale de Wimbledon, chose qu’elle fera non sans regret.

Début 1993, Seles pratique toujours son meilleur tennis. Elle triomphe en Australie aux dépens de nouveau de Steffi Graf qui à de plus en plus de mal à battre la N°1 mondiale. Il s’agit là de la troisième victoire de la Yougoslave en cinq matches en Grand Chelem entre les deux championnes du moment. La moisson de victoires continue à Chicago elle ajoute un nouveau titre à son palmarès avant de participer au Zenith de Paris en févirer à la première édition de l’Open Gdf, ou elle retrouve en finale une Navratilova de gala. L’américaine prend le dessus sur Seles après un combat acharné. En 3 sets Martina remporte cette 1ère édition, Monica félicitera son adversaire les yeux remplis de larmes de déception. Après avoir contracté un virus Seles s’éloigne des courts tout juste après cette défaite pour revenir lors du tournoi de Hambourg.

Monica participe à ce tournoi sur terre battue  avec la ferme intention de conserver son titre à Roland Garros pour la quatrième fois. Pour son 1er tour, le public retrouve la N°1 mondiale en forme, qui semble avoir  porté son jeu vers l’avant , en allant de plus en plus vers le filet. En quart de finale elle retrouve la  Bulgare Magdalena Maleeva, menant 6-4 4-2, Monica assise sur sa chaise, se motive pour remporter les 2 prochains jeux, tout en buvant une gorgée d’eau, lorsque tout à coup, un cris déchira le silence du court central, Monica vient d’être poignardée. Un spectateur vient de lui planter dans le dos, un coup de couteau de cuisine. Monica se retourne lorsqu’elle  voit son agresseur tenter de lui asséner un nouveau coup, mais le service de sécurité le maîtrise enfin. Monica titube, puis s’effondre. L’arbitre de chaise Stafan Vose se précipite pour trouver de la glace et une serviette. Sur le court comme en tribune c’est la panique et la stupéfaction. Quelques secondes après ce drame Monica est soutenue par son frère qui se trouvait dans les tribunes.

La championne est immédiatement transportée à l’hôpital: ses blessures sont jugées grave mais sa vie n’est pas en danger. La lame à perforé son dos mais par chance n’a pas touché ni les poumons, ni la moelle épinière.  Son agresseur Gunter Parche un allemand de 39 ans au chômage déclare dans sa déposition, avoir poignardé Seles pour permettre à sa rivale Graf à laquelle il voue une véritable obsession, de reconquérir le premier rang mondial. Quelques heures après le drame Steffi Graf rend visite à Monica dans sa chambre l’hopital. Les deux jeunes femmes sont très émus, après quelques minutes Steffi explique à Monica qu’elle doit partir car elle joue la finale du tournoi le lendemain. Monica est anéantie, elle pensait naïvement que le tournoi soit annulé, après ce tragique Vendredi.

Non, la vie à repris son cours et pour l’anecdote l’allemande s’incline en finale face à l’espagnole Anrantxa Sanchez Vicario. Malheureusement Parche a eu ce qu’il voulait puisque cette agression va empêcher Seles de jouer pendant près de 27 mois. Les séquelles physiques ont rapidement guéri, mais les cicatrices psychologiques vont mettre beaucoup plus longtemps à se refermer. Quelques semaines après ce dramatique 30 Avril 1993, Steffi Graf remporte de nouveau Roland Garros, sans avoir un seul mot pour Monica lors de son discours de la remise des prix. Lors d’un vote les 27 premières joueuses au classement Wta refusent (à part Gabriela Sabatini), de protéger le statut de N°1 mondiale de manière temporaire de Seles.  A cet instant Seles est rayée de la carte. La championne fait souvent des cauchemars et plonge dans une profonde dépression.  Ajouté à cela son agresseur et acquitté en octobre 1993 des accusations de tentative de meurtre, sa culpabilité se limitant à la blessure grave infligée à sa victime. Décrit comme “déséquilibré” par le corps médical, il est condamné à deux ans de prison avec sursis et interné dans un établissement psychiatrique. Monica fait appel, mais en vain.

Fin 1993 son père apprend qu’il est atteint d’un cancer de l’estomac. La jeune femme de 19 ans se retrouve enfermer dans une terrible solitude, dans son autobiographie elle décrit toutes ses journées sombres et son incapacité à reprendre une raquette de tennis. A ce moment Monica se réfugie dans la nourriture et commence à engloutir de grande quantité, de chips de chocolat… pour tenter de combler un vide.

Le vide qui est apparut ce tragique vendredi 30 avril. L’adolescente si joyeuse et si insouciante devient de plus en plus anxieuse, et nerveuse, l’état de santé de son père la préoccupe de plus en plus, loin d’un circuit qui n’en a que faire de son sort, Monica reste silencieuse et trouve dans une surconsommation de nourriture un moyen pour ne pas sombrer. Cette addiction se vit en secret Monica est capable de se lever la nuit et aller dévaliser l’épicerie du coin. Les kilos de malheurs viennent enrober la silhouette de la championne qui perd également peu à peu ses différents contrats et équipementiers.

En 1994 elle obtient la nationalité Américaine, et décide de s’entraîner de nouveau avec les meilleurs préparateurs physiques, passe son temps à être tournée vers un potentiel retour, mais la jeune femme est épuisée mentalement , tout à coup tout revient, que s’est il passé ce 30 Avril? Pourquoi se trouve t-elle dans cette situation? Un jour son père malheureux de voir sa fille dans cet état n’hésite pas à rédiger une lettre qu’il envoie  à un célèbre magazine sportif américain. Il décrit que sa fille à perdu son sourire et sa joie de vivre . C’est finalement au cours du printemps 1995 que Monica envisage de revenir sur le circuit Wta. Son agent de toujours IMG organise à Atlantic City un match exhibition face à Martina Navratilova. Devant un public venu nombreux assister au retour de celle qui est désormais américaine, Monica semble émue par l’ovation que lui réserve les spectateurs. Sur le court elle bat Navratilova en deux sets, qui jure avoir tout donné. Quelque semaines plus tard elle effectue à Toronto son retour officiel à la compétition. Pour sa 1ère participation à un tournoi Wta depuis près de 27 mois elle se qualifie pour la finale de l’Open du Canada en battant sèchement toutes ses adversaires. En finale elle surclasse la Sud Africaine Amanda Coetzer. Monica vient de remporter son 1er défi celui de revenir et de gagner de nouveau. La silhouette de la championne est encore enrobée, mais sa volonté de jouer est de nouveau présente. Quelques jours après cette victoire Monica participe à l’Us Open  elle s’incline seulement en finale face à Steffi Graf après lui avoir infligé un 6-0. Elle retrouve alors de manière symbolique la place de N°1 mondiale qu’elle partage avec sa grande rivale de toujours Steffi Graf, qui tout a coup se met du côté de l’américaine.

En janvier 1996, Seles gagne son quatrième Open d’Australie face à Anke Huber, on la croit revenue au top mais elle n’ajoutera aucun titre en Grand Chelem à sa collection. Cette année-là elle doit céder de nouveau face à Graf en Finale de l’Us Open. En 1997 l’état de santé de son père s’aggrave, il est atteint d’un cancer de la prostate et doit se battre pour vivre. Cette saison sera la plus horrible à vivre pour la championne , souvent absente elle préfère rester au côté de son père qui l’incite malgré tout à aller jouer. Pour lui faire plaisir, Monica décide de suivre ses conseils. Toujours parmi les toutes meilleures au classement Wta , Monica se réfugie de nouveau dans la nourriture, sa condition physique s’en voit dégradée.

En mai 1998 la maladie emporte son père. Ce père qui lui à tant apporter. Anéantie,  avec une préparation physique réduite, elle décide malgré la tristesse de cette disparition de jouer le tournoi de Roland Garros. Elle s’incline en finale face à Arantxa Sanchez Vicario en 3 sets devant un public admiratif.  Les saisons suivantes sont plus contrastées, bien que figurant toujours parmi les toutes meilleures joueuses du classement Wta, Monica subie quelques blessures. Sa condition physique n’est pas la même qu’a sa grande époque la faute à sa surcharge pondérale.

Comme toujours Monica se bat, par amour de son art elle se mêle à la bagarre avec la nouvelle génération en faisant preuve d’une humilité exemplaire. En janvier 2003 lors de l’Open d’Australie elle contracte au pied droit une fracture de fatigue au pied gauche. Mais Seles ne désarme pas elle connait 2 finales de haut niveau à Tokyo puis à Dubaï, mais cette saison 2003 est éprouvante, cette blessure handicape. Le 27 mai 2003 au 1er tour de Roland Garros c’est sur un dernier contre pied Monica s’incline pour la 1ère fois de sa carrière avant les quarts de finale du tournoi. Après cette élimination Monica tentera de soigner cette blessure et de revenir sur le circuit.  Elle profitera de ce temps qui lui est donné, pour tenter de résoudre cette addiction à la nourriture, de calmer toute cette colère qui est en elle, et de retrouver l’équilibre, celui d’une jeune femme de 29 ans qui 10 ans plus tôt aurait put finir sa vie sur une chaise roulante. Dans sa villa de Floride Monica range sa vie, retrouve les albums photos que son père lui a consacré, admet qu’il n’est plus là, et que sa vie de femme est devant elle. En 1 an et demi la championne perd plus de 15 kilos, réapprend le plaisir de manger avec modération, et marche 45 minutes par jour. Monica apprécie également cette vie plus sédentaire ou elle peut profiter de ses proches. Mais au fond d’elle l’envie  de revenir à la compétition est toujours présent, la tête veut mais plus le corps. Fin 2005 elle est nommée membre à l’académie Laureus, et pense toujours à une retour sur le circuit Wta.

C’est finalement le 15 février 2008 qu’elle annonce officiellement la fin de sa carrière. Quelques semaines plus tard, bien dans peau et dans sa tête Monica participe non sans stress à la célèbre émission Danse avec les stars ou le grand public découvre une Monica à la silhouette très fine. En 2009 elle est intronisée au Tennis Hall of Fame et publie sa seconde autobiographie Getting a Grip ou elle décrit, sa vie de femme, de championne et son parcourt pour retrouver l’équilibre.
Aujourd’hui Monica est une femme libre qui a su avec intelligence, opiniâtreté et humilité, reprendre le contrôle de sa vie pour être enfin pleinement épanouie. La passion pour le jeu reste intacte, son approche est  juste différente. Elle porte désormais un regard fière et apaisé sur son palmarès qui compte notamment 59 titres dont 9 du Grand Chelem, une place de N°1 mondiale (pendant plus de 178 semaines) 2 fed cup et une médaille olympique (le Bronze aux Jeux Olympiques de Sydney de  l’an 200).