Stade Roland-Garros

Stade Roland-Garros

26 mai 2018 Non Par SoTennis

Construit grâce à la première victoire des Mousquetaires en Coupe Davis, le stade Roland-Garros fête cette année ses 90 ans. Monument parisien, connu partout dans le monde, cette terre de passion a traversé les décennies non sans turpitudes et avec plusieurs vagues successives de travaux. Aujourd’hui, le temple de la terre battue s’apprête à, enfin, entrer dans une nouvelle ère.


L’histoire du stade Roland-Garros, débute le 10 septembre 1927. Ce jour-là, au Germantown Cricket Club de Philadelphie, la France remporte, face aux États-Unis, pour la première fois de son histoire, la Coupe Davis. Une compétition imaginée en 1900, par un jeune étudiant américain âgé de 25 ans, Dwight Davis. Une victoire, de quatre hommes, Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste, liés par l’amitié et le talent. Pour René Lacoste, ce premier sacre marque « la fin d’un effort commencé en 1922 ; tant de matchs joués dans tous les pays du monde tant de kilomètres parcourus ; tant d’espoirs déçus aussitôt que formulés ». Après avoir défilé avec le fameux Saladier d’argent, sur la Cinquième Avenue à New York, Henri Cochet et Pierre Gillou, le capitaine, embarquent avec le trophée sur le paquebot France, pour rallier la métropole. Jean Borotra et Jacques Brugnon suivent une semaine plus tard. René Lacoste, rentre le dernier. Les Mousquetaires sont à nouveau réunis le 9 octobre 1927, et doivent leur surnom à un journaliste, Paul Champ, qui voyant leur cohésion, à leur retour, les nomme ainsi. La défense de leur titre, à domicile, est déjà dans tous les esprits. Très vite, se pose la question, comment et où organiser un tel événement ?


Naissance d’un stade

« Au Racing, les conditions sont médiocres. Au Stade Français, c’est un peu mieux, mais, même si le cadre est merveilleux, les installations sont tout aussi provisoires » s’exclame René Lacoste. Où disputer la Coupe Davis ? Telle est la question du moment. Dans l’esprit des Mousquetaires, l’idée est claire. Il faut construire un grand stade de tennis. Avec neuf mois, pour qu’il sorte de terre. Pierre Gillou, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis et président du Racing-Club de France et Emile Lesieur, à la tête du Stade Français mettent tout leur enthousiasme pour relever le défi, appuyé par le soutien de Albert Canet, président de la FFLT (Fédération française de lawn tennis) et du Club de Paris. Les recherches pour l’emplacement du futur stade vont bon train. Par un heureux hasard, la concession du stade Jean-Bouin, d’une superficie de 3,25 ha située en bordure du bois de Boulogne tout près de a porte d’Auteuil, prend fin. Propriétaire des lieux, le Conseil de Paris désire que le site demeure une enceinte sportive. La concurrence fait rage. Le Stade Français et le Racing Club de France constituent leurs dossiers. Finalement, parmi une dizaine de candidatures, la Ville de Paris retient la proposition du Stade Français, qui porte sur une concession de cinquante ans et la création d’une enceinte pouvant accueillir les championnats internationaux de tennis et les rencontres de Coupe Davis. Le Stade Français s’engage également à investir 1,5 million de francs de l’époque et à régler un loyer annuel de 20 000 francs et une garantie annuelle minimale de 20 000 francs de recettes reversées à la Ville de Paris. Pierre Gillou, président du Racing Club de France, décide avec fair-play, de s’associer à Émile Lessieur pour former un comité commun, Stade-Racing. L’accord est signé le 8 décembre 1927. Ce dernier prévoit une concession pour une durée de vingt-cinq années entières et consécutives, à dater du 1er août 1927, en échange d’un loyer annuel fixe de 20 000 francs et une redevance proportionnelle de 6% sur les recettes brutes effectuées aux entrées. Cette construction d’un nouveau stade représente un coût important et nécessite une importante levée de capitaux. Pierre Gillou et Émile Lessieur décident de garantir sur leurs biens personnels, l’emprunt nécessaire pour ériger l’enceinte sportive. « Nous devons une gratitude éternelle à ces deux hommes qui se sont pleinement engagés » reconnaît Jean Borotra. Néanmoins, Émile Lessieur ne pose qu’une condition à son implication. Que le futur stade soit nommé Roland-Garros. En hommage à son ami stadiste et camarade de HEC, joueur de tennis occasionnel, héros de l’aéronautique, mort pour la France en combat aérien en 1918. Personne ne s’oppose à cette condition. Bien au contraire. Les Français, encore traumatisés par la Grande Guerre, célèbrent régulièrement leurs compatriotes tombés pour la patrie, en érigeant des statues ou monuments aux morts partout dans le pays.


Neuf mois de chantier

Il est désormais temps de penser à la construction de ce nouveau stade. Une véritable course contre la montre démarre. Pour les plans de l’édifice, Émile Lessieur lance un appel d’offres, après avoir rédigé un cahier des charges très précis, essentiellement auprès des architectes du Stade Français. Les projets de Bernard Bouzou et Bernard Lhuillier sont retenus. Même si leur projet de court central en forme octogonale séduit, sont coût s’avère être trop important et dépasse le budget initial. Finalement, c’est l’architecte Louis Faure-Dujarric reprend les choses en main. Cet ancien rugbyman du Racing Club de France, âgé de 52 ans, a notamment conçu le stade de Colombes, pour un coût restreint, et l’hippodrome de Buenos Aires. Pour des raisons budgétaires, les façades anglo-normandes sont abandonnées au profit du béton et du style Art déco, avec la fameuse croix de Saint-André, qui allie originalité et économie. Afin de maîtriser les budgets, Émile Lessieur demande à Louis Faure-Dujarric de réaliser simplement une semelle de béton, pouvant accueillir des tribunes démontables de 10 258 places, louées chez le spécialiste du matériel de spectacles et de foires de Courbevoie, Tournant. Le court central doté de quatre tribunes, dont deux (tribunes B et C) comprennent les incontournables loges. Au milieu de la piste d’athlétisme, située tout près de là, est dressée une tente, louée, accueillant le restaurant du stade. Les bâtiments déjà existants sont réaménagés en vestiaires, très sommaires pour les joueuses, salle de massage et bureaux. Émile Lessieur et Pierre Gillou, s’inquiétant de l’ombre des arbres sur le court central, décident de placer un grand rideau tout au long de la tribune A, pris en charge financièrement par la firme Dunlop. Pour la création des courts en terre battue, ils font appel au très réputé Charles Bouhana. Ce dernier place sur un réseau de drains posé sur le fond, à ce qu’ils soient reliés à des collecteurs d’eau, une couche de pierres servant aussi de filtre, applique une couche de gravillons, une autre, épaisse d’une vingtaine de centimètres, de gros mâchefers, une troisième de mâchefer, fine celle-ci, et pour finir la couche de calcaire. Pour la brique pilée, donnant la couleur ocre aux courts, saupoudrée à la surface et permettant aux joueurs d’obtenir de meilleurs appuis et les glissades, Charles Bouhana va se servir dans sa propre briqueterie.


 

Stade Roland-Garros

Après neuf mois de travaux acharnés, le stade Roland-Garros est terminé. En plus du court central quatre autres terrains de tennis, un de basket et une piste d’athlétisme composent le complexe sportif. L’ensemble est inauguré le 18 mai 1928 par un déjeuner de presse. Le lendemain, la saison parisienne débute par une rencontre entre les équipes féminines françaises et britanniques, qui est le prélude aux futurs championnats internationaux de France. Jean Samazeuilh, ancien joueur bordelais devenu journaliste au Miroir des Sports, dit : « La Fédération française possède maintenant un stade-modèle : le stade Roland-Garros. Hâtons-nous de dire que les courts sont excellents et que l’organisation générale ne laisse rien à désirer. Toutes les dépendances – vestiaires, douches, bar et restaurant – ont un aspect confortable et sympathique. La nourriture est très supérieure à celle que nous connûmes jadis au Racing, et on peut tout à loisir déjeuner et dîner sans courir le risque d’être empoisonné.» Un mois plus tard, les internationaux de France s’y déroulent, avec une météo capricieuse alternant le chaud et le froid, où les Mousquetaires refont parler d’eux. Jacques Brugnon et Jean Borotra s’adjugent le titre face à Henri Cochet et René Buzelet. En simple, Henri Cochet s’impose face à René Lacoste. Côté simple Dames, c’est l’impressionnante championne américaine, Helen Willis qui est titrée en dominant la Britannique Eilen Bennett (6-1, 6-2), sous les yeux de Suzanne Lenglen. Le 27 juillet 1928, la finale de la Coupe Davis se déroule au stade Roland-Garros. Dans un stade créé pour eux, les Mousquetaires affrontent à nouveaux les Américains. Au quatrième jour de la rencontre, le 30 juillet 1928, devant près de 12 000 spectateurs et dans une ambiance électrique, les Français viennent à bout des Américains, après une rocambolesque rencontre. Les Mousquetaires conservent leur titre, et offrent ainsi au Stade Roland-Garros de poursuivre son existence. Les tribunes en bois s’apprêtent à être remplacées au profit de structures permanentes. 

Stade Roland-Garros

©Stade Français

Toujours en travaux

Sous la houlette de Louis Faure-Dujarric, les travaux reprennent durant le rude hiver 1928. Le bois des tribunes temporaires du court central est remplacé par le ciment pour l’édification de tribunes permanentes, hormis la tribune C, qui reste, pour le moment provisoire. Un système d’irrigation permet désormais l’arrosage du terrain. La chaise d’arbitre est équipée d’un micro et un tableau d’affichage électrique, indiquant les scores, est placé en haut des tribunes. Les bâtiments et chalets sont réaménagés et un clubhouse est installé dans l’ancien vestiaire des dames. À l’extérieur, des espaces de détente et des fleurs sont ajoutés. Après une nouvelle victoire en Coupe Davis des Mousquetaires en 1929, les travaux du stade se poursuivent. En 1930, la tribune C du court central est achevée, l’ensemble est à présent homogène. De plus, un nouveau restaurant sort de terre, tandis que de nouveaux vestiaires sont construits sous la construits sous les tribunes du central. En janvier 1931 l’entrée des officiels, l’actuelle porte Marcel Bernard (W), à l’angle de l’avenue de la porte d’Auteuil et de la route des Princes passe de 3 à 14 mètres, « afin d’éviter les bousculades et la perturbation qui a eu lieu l’année dernière » stipule la demande officielle du Stade Français auprès de la Ville de Paris. Entre les éditions 1932 et 1933 des Internationaux de France, le court central est agrandi. La tribune B permet d’accueillir 2 200 places supplémentaires. Le clubhouse est finalement détruit pour laisser la place à une pelouse. Face à l’engouement du public pour le tournoi, les quelques marches situées entre le central et le court n°2 sont élargies, afin de mieux circuler à cet endroit. On constate aussi que la capacité des tribunes des courts annexes est insuffisante. Roland-Garros est déjà à l’étroit là où il est. Pendant ce temps-là, les Mousquetaires continuent à triompher dans leur jardin, malgré l’arrêt précoce de la carrière de René Lacoste en 1929. Leur règne en Coupe Davis s’échelonne de 1927 à 1933. Grâce à leurs exploits, tant en Coupe Davis et lors des Internationaux de France (ndlr : entre 1922 et 1932, ils raflent à six reprises le Saladier d’argent et sont vingt fois victorieux en simple dans les quatre futurs tournois du Grand Chelem), le stade Roland-Garros ne connaît pas la crise et cultive ses particularismes. En particulier celles qui concernent le public. Après la Grande Guerre, la France des années 1920 trépigne de loisirs et se passionne rapidement pour les Mousquetaires. Un enthousiasme qui peut parfois être bruyant. En particulier les spectateurs de la tribune D, surtout ceux se trouvant à son sommet, où les places sont debout à 10 francs les journées, les moins chères lors du tournoi. Ce public indiscipliné, qui découvre pour la plupart, le tennis et ses codes, indignent les arbitres et les connaisseurs assis plus bas. Cette attitude pousse Jean Borotra à signer une tribune la veille de l’édition 1931 des Internationaux de France, dans Tennis et Golf, où il y lance un appel au calme pendant les échanges et au respect des décisions de l’arbitre ; « Nous autres, Français, demeurons très sensibles aux applaudissements et à l’appui moral que le public nous donne. Nous entendons que ceux-ci ne dégénèrent jamais en hourras excessifs, en trépignements ou clameur décelant le chauvinisme et qui mettent à la plus dure épreuve, contre toute loyauté, l’adversaire étranger qui défend courageusement sa chance. » Côté Dames, durant la même période, Simonne Mathieu est finaliste en simple des éditions 1929, 1932, 1933, 1935, 1936 et 1937. Son courage et sa résistance dépasseront bientôt les limites d’un court de tennis.

Plan Roland-Garros

©Tennis et Golf


Années sombres

La fin du règne des Mousquetaires en Coupe Davis annonce des années difficiles pour le tennis français. L’héritage de ces quatre hommes semble trop lourd à porter pour la nouvelle génération, qui peine à briller lors des Internationaux de France, malgré l’émergence de joueurs talentueux, comme Marcel Bernard. Mais au-delà de la nostalgie du temps des Mousquetaires, la Seconde Guerre mondiale plonge le stade Roland-Garros, dans les heures les plus noires de son histoire. En 1937, le stade Roland-Garros est rattrapé par les vicissitudes de son époque. En 1938, le tournoi est en déclin. Les meilleurs mondiaux boudent l’épreuve, tout comme les spectateurs qui se déplacent que lors des cinq derniers jours de la quinzaine. Le stade semble à l’abandon, comme le décrit Marcel Danois dans Tennis et Golf : « La plate-forme d’honneur a été dotée de quelques palmiers dont le dépaysement fend le cœur ; le filet du Central défraîchi, troué, a déjà fait l’objet dans la presse de critiques sévères ; d’autres dégâts s’éternisent, les portillons des courts 2, 3 et 4, les plus fréquentés après le Central, sont démolis ou endommagés depuis plusieurs années ; les dirigeants n’essaient même plus de dissimuler leur misère ; comment s’étonner du fait que les joueurs étrangers se réservent pour Wimbledon, malgré l’écart des devises. » La seule éclaircie provient de la victoire de Simonne Mathieu, qui s’impose enfin en simple, sous les yeux de Marlène Dietrich. Après un remarquable parcours pour la mener en finale, elle bat lors du dernier match, elle domine Nelly Landry 6-0, 6-3. En plus du simple, Simonne Mathieu s’adjuge également le double Dames et le double Mixte. Le 4 juillet de la même année, Suzanne Lenglen, qui n’a jamais disputé de matches officiels à Roland-Garros, mais fréquente les lieux comme spectatrice dans le cadre de son académie de tennis, rend son dernier souffle des suites d’une leucémie. Un projet de statue en hommage à la Divine voit le jour en 1939. La FFLT s’y associe et lance une souscription, que la guerre vient interrompre. En 1940, le tennis n’a plus sa place au stade Roland-Garros après que la Seconde Guerre mondiale est éclatée en septembre de l’année précédente, à la suite de l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes. Le gouvernement français organise l’internement des « ressortissants des puissances ennemies ». Une centaine de points de rassemblements sont installés dans l’hexagone. À Paris, le Vél’ d’Hiv, la prison de la Santé et le stade Roland-Garros sont réquisitionnés pour cela. Le romancier et essayiste hongrois Arthur Koestler, arrêté le 2 octobre 1939, fait partie des personnes parquées à Roland-Garros. Dans La Lie de la terre, parue après guerre, le romancier écrit : « Nous étions environ 500, logés dans des drôles de grottes sous la tribune du court Central de tennis. La tribune consistait en de larges marches ; nous occupions l’espace libre sous les escaliers, qui, auparavant, servait de vestiaire. Notre grotte ou tanière n’avait pas de fenêtres. Au-dessus de notre tête, comme toit, nous n’avions que le dessous d’une des grandes tribunes qui faisait, au-dessus de nous, une pente de 45 degrés ; nous dormions à même le sol recouvert d’une mince couche de paille. La paille était humide, car l’eau filtrait aux angles des marches. La moitié seulement des détenus possédaient une couverture et le camp n’en fournissait aucune ; quand nous nous couchions, nous étions si entassés que beaucoup préféraient le système de la boîte à sardines : la tête entre les pieds de deux voisins pour éviter la promiscuité des respirations. Et, malgré tout, le moral de notre tanière était excellent. Nous arrivions même à nous amuser. » Arthur Koestler ne reste qu’une semaine à Roland-Garros puis transférer au camp du Vernet d’Ariège. Ce camp de transit est évacué avant l’entrée des Allemands à Paris en juin 1940. Roland-Garros s’apprête à connaître de nouvelles torpeurs.


Roland sous l’occupation

En août 1940, Jean Borotra devient commissaire général à l’Éducation générale et aux Sports, après avoir accepté la proposition du maréchal Pétain. L’ancien vainqueur de la Coupe Davis doit appliquer le programme du nouveau régime. Ce dernier souhaite mener le redressement national. La principale mission de Jean Borotra est de promouvoir « une jeunesse robuste à l’âme bien trempée et à reclasser notre pays au rang des grandes nations sportives. Il faut que la foule des spectateurs passifs descende des gradins où elle assiste chaque dimanche aux ébats des vedettes et vienne prendre part aux jeux du stade.» Le régime de Vichy, via la charte des Sports du 20 décembre 1940, interdit le professionnalisme et place les fédérations sportives sous l’autorité directe de l’État. En juin 1941, le commissaire général à l’Éducation générale et aux Sports « autorise » à ce que les compétitions reprennent au stade Roland-Garros. Comme il est impossible d’attribuer un titre de champion de France, car certaines zones sont occupées d’autres ne le sont pas. Cette compétition se divise alors en deux épreuves éliminatoires, un tournoi national Z.O (zone occupée) au stade Roland-Garros et un tournoi Z.N.O (zone non occupée). En plus de ce championnat de France particulier, des matches de bienfaisance, pour diverses causes, sont également organisés dans l’enceinte du stade. Lors de l’un de ces matchs, un double regroupe des anciens champions et un adolescent de 13 ans nommé Philippe Chatrier. Dans ces heures graves pour la nation, le stade Roland-Garros est aussi utilisé pour recevoir des spectacles. En juillet 1941, le court central est transformé pour accueillir la pièce de théâtre de Jean Obey, 800 mètres, qui est jouée le samedi 5 juillet et le dimanche 6 juillet 1941. En ce mois de juillet 1940, Pierre Gillou remet sa démission de président de la FFLT (Fédération française de lawn tennis) pour se conformer à la nouvelle législation. Il obtient, après une discussion avec Jean Borotra (commissaire général à l’Éducation générale et aux Sports), que René Lacoste lui succède. L’ancien Mousquetaire est donc nommé à la tête de l’institution, au pire moment de son histoire. « Le Crocodile », comme il est surnommé, doit s’occuper notamment de l’organisation du tennis en zone sud, et de l’acheminement en balles neuves (leur fabrication étant interdites par les autorités d’occupation, les matières premières sont utilisées pour l’effort de guerre). René Lacoste doit aussi s’occuper à la reprise du bail du stade au comité Stade-Français-Racing Club de France. Chose faite, après de longues discussions, en juillet 1942, effective en novembre, à une demande de l’institution fédérale pour se substituer aux deux clubs parisiens. La FFLT devient la seule fédération, de l’époque, propriétaire d’un stade. Néanmoins, en 1944, l’enceinte sportive est menacée par un plan, proposé par la Ville de Paris, prévoyant de créer un grand stade en lieu et place de Roland-Garros. Ce plan vise à acquérir les terrains de l’institut Marey, l’édification de tribunes pour les courts n°2, n°3 et n°4, ainsi que la construction de douze nouveaux courts. Mais la Ville de Paris a d’autres priorités… René Lacoste, très méfiant envers le régime de Vichy, met fin à ses fonctions de président de la FFLT en octobre 1943. Raymond Rodel lui succède et s’attelle à trouver rapidement des balles neuves pour jouer. Le 19 avril 1942, Jean Borotra, en désaccord avec la politique de collaboration prônée par Pierre laval, abandonne ses fonctions de commissaire général à l’Éducation générale et aux Sports. En novembre de la même année, il tente de rejoindre l’Afrique du Nord, mais il est arrêté à la frontière espagnole. Expédié à Berlin, il est placé en détention au château d’Itter. À la Libération, le nouveau gouvernement ordonne au comité de direction de la FFLT, élu à la veille du conflit, de reprendre ses fonctions. Pierre Gillou reprend du service et retrouve sa place de président. Le 17 septembre 1944, le stade Roland-Garros renaît avec le match de la Libération, qui oppose Henri Cochet à Yvon Pétra (blessé et prisonnier en 1940) avec le capitaine Simonne Mathieu (qui rejoint le général de Gaulle dès le 16 juin 1940 et qui le 7 novembre 1940 a mis sur pied un corps féminin servant dans les trois armes) arbitre la partie.


Des balles et des rebonds

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’heure de la reprise du jeu. Le stade Roland-Garros retrouve sa quiétude d’antan et la compétition reprend ses droits. Le 19 mai 1945, le tournoi de Paris y est organisé. La première compétition de tennis de cet acabit depuis la libération. Malgré la guerre, le stade n’a pas eu à souffrir de bombardements. En revanche, le quartier d’Auteuil et Boulogne -Billancourt ont été lourdement touchés. En ce printemps 1945, il y a un objet indispensable pour jouer qui manque à l’appel. Les balles. Celles d’avant-guerre sont rafistolées, regonflées. Néanmoins, tout juste avant le tournoi de Paris, la FFLT (Fédération française de lawn tennis) a le bonheur de recevoir trente douzaines de balles neuves accordées par la Direction générale des sports pour les rapatriés et les déportés, ou encore par la Fédération américaine. En septembre de la même année, les championnats de France juniors sont organisés à Roland-Garros. Un certain Philippe Chatrier s’impose en simple et en double. Peu à peu, la vie reprend un cours normal. En revanche, les finances de la FFLT ne sont pas au beau fixe. Elle continue de louer son stade. En juillet 1945, une rencontre de gymnastique se tenait sur le court central. L’année suivante, toujours en juillet, l’enceinte sportive parisienne accueillait 10 000 personnes autour d’un ring de boxe, où Marcel Cerdan dominait Holman Williams. L’opération s’avère payant pour la FFLT. Du 18 au 26 juillet 1946, se tiennent les Championnats de France Internationaux, les premiers depuis 1939. Roland-Garros renoue, enfin, avec son lustre. Les Français sont majoritaires dans le tableau des soixante-quatre joueurs, puisqu’ils sont trente-quatre. Marcel Bernard, 31 ans, agent de change, s’y impose, après avoir battu en demi-finale Yvon Pétra en cinq sets (5-7, 6-2, 6-3,5-7, 6-3), face à Jaroslav Drobny. Dans une folle ambiance, le Français s’adjuge le titre en simple, quatorze ans après Henri Cochet ; et le double associé à son ami Yvon Pétra. Ces championnats sont également un succès sur le plan financier. La recette est de 20 millions de francs de l’époque. La FFLT (Fédération française de lawn tennis) décide d’en consacrer 5 à la réfection des installations, en réponse aux demandes de Pierre Ostertag, le commissaire général du stade. Avant son rachat par la Fédération, le comité Stade-Français-Racing Club de France n’avait rien fait durant la seconde moitié des années 1930. Le stade fait peau neuve en 1947. Un système est mis en place au niveau de la chaise d’arbitre pour commander de nouveaux panneaux de score. Des gradins sont construits aux abords des courts annexes et un panneau mentionnant tous les vainqueurs est installé à l’entrée de la tribune A du court central. Un système de drainage des eaux de pluie du central est rénové et amélioré. Un stade qui vibre toujours pour la Coupe Davis, où la France, affronte en cette année 1947, l’Inde, Monaco et la Tchécoslovaquie contre qui elle s’incline 4-0. Après l’édition 1947, qui se déroule désormais en juillet, sous le signe de la canicule les dirigeants décident que l’épreuve doit retrouver ses dates traditionnelles pour l’édition 1948 du tournoi, soit fin mai, début juin. En 1948, le tournoi (re)devient international et connaît un nouvel élan. Vingt-trois nationalités y sont présentes. En 1949, la FFLT lance sa première campagne de publicité avec des affiches créées par Raymond Templier, posées un peu partout dans Paris, notamment dans les couloirs du métro.


Dissonances et déclin

La fin des années 1940 voit l’apparition d’une nouvelle ère. Celle du professionnalisme, avec les tournées organisées par Jack Kramer. Une nouvelle génération pointe également le bout de son nez. Après avoir fêté ses 30 ans d’existence, lors d’un bal organisé à l’hôtel George V, la FFLT s’apprête à connaître un profond changement. Depuis 1949, aucun joueur n’a atteint les quarts de finale des Internationaux de France. L’absence de résultats probants et de nombreux échecs en Coupe Davis plonge la fédération dans la tourmente. Les critiques pleuvent sur les dirigeants… Pendant ce temps, le stade Roland-Garros connaît quelques nouvelles améliorations. Les organisateurs s’attellent à ce que les joueurs soient dans le confort. Au cours des années 1950, le vestiaire est le seul endroit à être transformé. Agrandies et rénovées, de nouvelles douches sont installées ainsi qu’une salle de massage. Pierre Ostertag, commissaire général du stade, et Danielle Garnero, chargée de l’accueil des joueurs en 1954, redoublent les attentions. Les joueurs reçoivent ainsi de l’eau de Cologne, des savonnettes, du fixateur pour les cheveux, des sabots… Les participants au tournoi sont invités à découvrir le château de Versailles, à la tour Eiffel, au théâtre… À l’extérieur, selon Gil de Kermadec, le stade est « un magnifique jardin », façonné par Arsène Le Goff, le gardien et le jardinier des lieux, qui confectionne de magnifiques parterres de fleurs, qui donnent un air de campagne aux abords des courts n°2,3 et 4. Si le stade est fleuri, les installations extérieures se dégradent. La FFLT, propriétaire du stade, est dans l’incapacité de mener les travaux nécessaires, car ses finances sont mauvaises. En 1952, le tournoi rapporte 8 492 471 francs, mais son entretien coûte 8 740 652 francs. La FFLT présente un bilan en déficit de 4 millions de francs. Elle loue, à nouveau le stade Roland-Garros et en particulier le central, qui accueille une patinoire en hiver. Philippe Chatrier, après avoir été un bon joueur (à son apogée 6e au classement national), devient journaliste et fonde en mai 1953 le magazine Tennis de France, dont il est le rédacteur en chef. Ce dernier s’oppose à la FFLT et à son inertie de l’époque. En 1956, il propose un plan de modernisation du tennis français. Un projet nommé « plan Pschitt », du nom de la marque de la fameuse boisson gazeuse, prévoit de soutenir le tennis français à hauteur de 8 millions de francs, en échange de l’exclusivité sur la vente des sodas pendant les Internationaux de France, et la mise en avant de la marque Pschitt sur le tableau d’affichage du court central. La FFLT rejette ce projet, invoquant qu’il fait la part belle à la publicité. La tension monte d’un cran entre les proches du jeune Philippe Chatrier, soutenue notamment par René Lacoste et Jean Borotra, et la FFLT. Les carences techniques des joueurs français agacent les observateurs de la petite balle jaune. Paradoxalement, bien que les Internationaux de France ne se trouvent pas dans une forme olympique sur le plan des finances, à cause notamment de la désaffection des spectateurs venant essentiellement soutenir les joueurs français, l’épreuve gagne un nouveau public. Des spectateurs venant regarder jouer lors du tournoi les stars du jeu américaines et australiennes. C’est à ce moment-là également que l’appellation « Roland-Garros » est utilisée pour évoquer les Internationaux de France qui gagne en notoriété. Un tournoi durant lequel les ramasseurs de balles ne sont pas toujours pleinement concentrés et ne connaissent pas toujours les règles du tennis. Certains marqueurs des courts annexes délaissent leurs craies, servant à écrire les scores, leur journée terminée à 19 heures, même si les matches ne sont pas terminés. Il est aussi très facile de pénétrer dans le stade, sans avoir les précieux sésames. L’arbitrage laisse aussi à désirer.


Du changement dans « l’ère »

Hormis ces constats peu élogieux, les installations se détériorent de plus en plus. À la fin des années 1950, les services de l’urbanisme de la Ville de Paris, lors d’un contrôle, découvrent avec catastrophe la dangerosité des lieux. En particulier celle du court central. Construit il y a plus de trente ans, l’édifice est dans un sale état. Faute d’un système d’évacuation, l’eau de pluie stagne, et s’infiltre dans la structure même des tribunes en ciment. Dans les coursives du central, d’énormes trous forment des puits artificiels. Lors de l’éphémère camp d’internement datant de la Seconde Guerre mondiale, les prisonniers creusaient dans le ciment des ouvertures, afin d’y installer des « poêles ». La transformation du court central en patinoire lors des années 1940 et 1950 n’a pas arrangé les choses. Devant ce constat, les services de l’urbanisme de la Ville de Paris menacent de fermer certaines tribunes. La FFLT est sommée, par une mise en demeure, d’effectuer le nécessaire pour assurer la sécurité du public. Avec des finances moroses, la FFLT recourt au crédit pour réaliser ses travaux. Un plan de rénovation en trois phases est mis au point. La société Brique & Béton est chargée du gros œuvre. Dans un premier temps, elle s’occupe à assurer l’étanchéité du court central. Des canalisations sont installées, les tribunes A et D sont réaménagées, afin qu’une pente permette l’écoulement de l’eau. Les piliers de soutènement, à la limite d’être poreux, sont renforcés. Durant l’hiver 1961-1962, la tribune C subit la même rénovation. Lors de la dernière phase, débutée à l’automne 1962, la tribune C est rebâtie. Les vestiaires situés sous la tribune A sont agrandis, grâce à un nouvel espace dégagé sous la tribune B, augmentant la surface initiale, permet de créer un lieu plus grand et plus accueillant pour les joueurs. Les vestiaires dames, sont, enfin, réaménagés. Une réfection importante plus que salutaire, qui est aussi la bienvenue en vue de l’arrivée de l’ère « Open » en 1968. Avant que cette nouvelle ère ne débute, les Internationaux de France connaissent plusieurs années marquées par la défection des grands champions professionnels et par la domination des joueurs australiens. En effet, depuis la fin des années 1940, Jack Kramer recrute de nouveaux joueurs amateurs pour ses tournées très lucratives, siphonnant ainsi le contingent des participants aux tournois amateurs. En marge de ces aléas, le stade Roland-Garros accueille entre 1960 et 1969 dix-sept rencontres de Coupe Davis, où Pierre Darmon est l’un des piliers de l’équipe de France. Le public se désole des occasions manquées des Français de reconquérir le Saladier d’argent. Durant ces temps moroses, l’une des rares éclaircies, provient de la victoire de Françoise Dürr aux Internationaux de France en 1967 en battant en finale Lesley Turner (4-6, 6-3, 6-4) et devient la première Française victorieuse sur les terrains de la porte d’Auteuil depuis 1948.


L’ère Open

En septembre 1967, Herman David, président du All England Lawn Tennis Club de Wimbledon, organise une conférence de presse et surprend l’assistance, en déclarant que « le tennis international, aujourd’hui, est un mensonge vivant ! ». Il annonce dans la foulée, que la prochaine édition du tournoi de Wimbledon sera ouverte à tous les joueurs de tennis, professionnels et amateurs. D’abord controversée, cette décision reçoit le soutien de la Fédération anglaise et américaine. La révolution est en marche. La Fédération internationale de tennis, s’oppose dans un premier temps à tout cela. Finalement, en mars 1968, elle finit par accepter le principe des tournois « Open ». Le premier tournoi international réunissant les meilleurs joueurs de l’époque se déroule à Roland-Garros en mai 1968, en particulier grâce à un compromis négocié entre la FFLT et le groupe professionnel dirigé par George McCall sur une idée de Jean Borotra et Philippe Chatrier. Le 26 avril 1968, un accord est trouvé pour verser aux joueurs 100 000 francs de prix ainsi qu’un pourcentage sur les bénéfices. Le tournoi débute dans l’ambiance de mai 1968… Le 20 mai, quatre jours avant que ne débute les Internationaux de France, le pays est paralysé par les grèves. Les joueurs arrivent dans la capitale comme ils peuvent. Lorsqu’ils arrivent, certains utilisent la bicyclette, comme Torben Ulrich, en une période où les carburants se font rares. Au cours d’un printemps parisien très agité, le public se presse à se rendre dans les allées, trop étroites, de Roland-Garros, où l’atmosphère est plus paisible. Les tribunes des différents courts sont archi-combles. Cette édition 1968 est un succès populaire. Le tournoi, où Ken Roswall chez les messieurs et Nancy Richey s’imposent, attire cent vingt mille spectateurs et génère 900 000 francs de bénéfices. Ces derniers sont trois fois plus importants que les années précédentes. Une première pour les Internationaux de France. L’ère Open amène également du renouveau à la tête de la FFLT. L’attitude des dirigeants, qui n’ont pas su évoluer avec leur temps, promouvoir et accompagner le développement du tennis, et qui ont limoger Marcel Bernard du capitanat de l’équipe de France de Coupe Davis, entraînent leur chute du pouvoir. L’assemblée générale, qui se déroule en décembre 1968 à Paris, au Cercle républicain, procède à l’élection du comité de direction. Marcel Bernard, Robert Abdesselam, Pierre Darmon et Philippe Chatrier sont élus, eux les partisans du changement. Marcel Bernard devient président de la FFLT et Pierre Darmon est nommé commissaire général du stade Roland-Garros, qui fête ses 40 ans d’existence, avec comme principale mission sa rénovation. La réussite financière de l’édition 1968 du tournoi est une aubaine pour la FFLT. Au mois de juillet, l’ancienne équipe à la tête de la Fédération, avait décidé de rembourser de façon anticipée ses emprunts. À la fin de cette année, un rapport met en exergue la nécessité de rénover la tribune A du court central pour un coût de 350 000 francs. La nouvelle équipe à la tête de la FFLT a conscience de cette nécessité. Pierre Darmon, nouveau commissaire général du stade, veut aller plus loin. Son intention est de rendre les lieux encore plus accueillant pour les joueurs et les spectateurs. En plus du court central, les courts n°2,3 et 4 manquent de place. Les vestiaires sont vétustes, les panneaux d’information ne sont pas assez nombreux, le restaurant trop petit… Seul motif de satisfaction, ses magnifiques espaces verts qui sont sous la houlette de Raymond Wirth, administrateur et chef jardinier, depuis le départ d’Arsène Le Goff en 1965. Pierre Darmon met en place un plan de rénovation, où de nombreuses pistes de travail sont imaginées. Comme couvrir le court central d’une immense toile pour le protéger du soleil et surtout de la pluie, ainsi que la construction de courts couverts. Philippe Chatrier propose même d’adapter les terrains pour pouvoir jouer en nocturne… Les idées sont nombreuses. Mais le budget n’est pas extensible. Finalement, 350 000 francs sont débloqués pour réaliser les travaux. Le court n°9, renommé court A, est doté d’une tribune de 800 places. Une bâche est conçue, pour couvrir le terrain du court central, en cas de pluie et un éclairage électrique est ajouté. Les installations pour la presse sont repensées, tandis qu’une tente (temporaire) est utilisée pour accueillir un nouveau restaurant.


Nouveaux travaux et nouvelles menaces

Une nouvelle décennie se profile. Celle des années 1970. Le stade Roland-Garros poursuit tant bien que mal ses transformations. En 1969, deux nouveaux courts, en Mateflex avec des lignes de terrain de basket en surimpression, sont installés à l’intérieur de la piste d’athlétisme. En 1970, un nouveau restaurant de 250 m², destiné pour le public, aménagé sous la tribune C du court central. En cette année, une nouvelle menace arrive avec le retour d’épreuves privées richement dotées. Lamar Hunt, milliardaire, parvient à réunir les deux principales associations de joueurs professionnels, pour disputer un circuit hivernal, le WCT (World Championship Tennis). Les Internationaux de France sont boycottés par les joueurs professionnels sous contrat avec l’homme d’affaires texan. La FFLT maintient à 100 000 francs les primes prévues. Après deux éditions privées des meilleurs mondiaux, les dirigeants de la FFLT réagissent pour tenter d’endiguer le phénomène, tout d’abord en modernisant le stade. Roger Taillibert, l’architecte notamment du Parc des Princes, à Paris, est missionné pour élaborer un projet, dont le but est de permettre d’utiliser les lieux été comme hiver. Cet ambitieux projet est conditionné par l’annexion des terrains de l’Institut Marey, situés tout près du central, dont le bail arrive à échéance en 1972. Même si en mars 1971, ce bail est prolongé, les dirigeants de la FFLT restent optimistes concernant cette question administrative. En plus de ces améliorations des installations, la fédération est prête à faire des concessions pour attirer à nouveau les meilleurs. Pour ménager l’organisme des joueurs, et rendre le tournoi moins difficile, le nombre d’inscrits de l’édition 1971, passe de 128 à 64 joueurs pour le simple Messieurs et passe de 64 à 32 pour le tableau du simple Dames. Peu concluante, l’expérience est arrêtée dès l’édition 1973. Les matches en cinq sets sont abandonnés, lors des deux premiers tours, pour alléger le programme, pour passer au meilleur des trois sets de 1973 à 1975. Le tie-break, apparu au début des années 1970 à Forest Hills, débarque également à Roland-Garros. Enfin, les tenues de couleurs, déjà portées par les joueurs sur le circuit professionnel, sont autorisées sur les courts de la porte d’Auteuil, à condition « qu’elles soient discrètes et de bon goût » précise le comité de direction de la FFLT. En 1973, Roger Taillibert rend ses conclusions. L’architecte prévoit un tout nouveau court central ultramoderne, conçu pour accueillir différents événements. La terre battue est également remise en cause. Une remise en question au profit de courts en dur, qui présenteraient « l’avantage » de faire de Roland-Garros un stade ouvert toute l’année. Phillippe Chatrier, devenu président de la FFT, avec l’abandon du terme « lawn » en 1976, le 16 décembre 1972, échange sur ce sujet avec les joueurs français de Coupe Davis, qui sont unanimes pour conserver la terre battue comme surface. Le financement de tout ceci, est estimé à 24 millions de francs et doit être assuré pour moitié par l’Etat. Le reste étant à la charge de la FFT. La piste de la création d’un club, comme à Wimbledon, dont la cotisation pourrait avoisiner les 10 000 francs, permettant de compléter le financement, est aussi à l’étude. Ces travaux doivent démarrer à la fin de l’année 1974 et durer deux ans. Pierre Darmon déclare en comité de direction, « Monte-Carlo semble être la seule possibilité » pour accueillir, de façon temporaire, les éditions 1975 et 1976.


Contexte tendu

Le financement par l’Etat du projet de Roger Taillibert, s’évapore au cours de l’année 1974. De plus, le Collège de France, propriétaire des terrains de l’institut Marey, font de la résistance. Ce contexte tendu, pousse la FFT à revoir ses projets. En 1973, les deux courts en dur du stade sont recouverts par une bulle. En 1974, l’architecte Claude Girardet est contacté pour effectuer une expertise des tribunes en bois des courts n°2 et s’occuper de la réfection de l’ancienne maison du jardinier, qui doit servir de bureau à Pierre Darmon. L’était général du stade laisse à désirer. « Quand je suis arrivé à Roland-Garros, j’ai été catastrophé par l’état des bâtiment, avait déclaré Claude Girardet. Le stade était poussiéreux quand il faisait sec et boueux lorsqu’il pleuvait, car les allées n’étaient pas goudronnées. Les bétons n’avaient pas beaucoup été entretenus et les enrobages d’acier étaient corrodés. Concernant l’électricité, on frôlait la catastrophe. » Après ce constat peu reluisant, il faut réagir. En 1975, les allées du stade sont « enfin » goudronnées, des guichets sont aménagés et les vestiaires du court central sont, à nouveau, rénovés. En 1976, la FFT, quitte la rue de Téhéran et installe ses bureaux à Roland-Garros, sous la tribune C du central. En 1976, sous l’impulsion de Philippe Chatrier, quatre petites chambres sont aménagées, au pavillon fédéral, qui accueillait depuis deux ans la Direction technique nationale, afin de loger les espoirs du tennis français. Yannick Noah et Gilles Moretton, entre autres, en sont les pensionnaires de ce lieu. Pour financer ces travaux et conserver son rang, la recherche de nouveaux moyens financiers est à trouver. En 1972, Roland-Garros est parrainé par…Vanaos, société de produits de beauté. Les Internationaux de France deviennent « Internationaux Vanaos Open de France » à la grande honte de Philippe Chatrier. Mais l’arrivée des partenaires publicitaires, renfloue les caisses de la Fédération. De 30 000 francs en 1967, les recettes publicitaires s’élèvent à 460 000 francs en 1971 et 7,7 millions de francs en 1980. En 1973, la BNP devient le principal partenaire du tournoi. La banque apporte son soutien à la fédération, dans sa politique de grands travaux et « contribue au développement du tennis français » comme le concède Philippe Chatrier. En 1972, la FFLT signe un contrat prévoyant la retransmission du tournoi, avec la diffusion de quelques matches en direct, avec l’ORTF. En 1974, la chaîne américaine NBC signe un contrat de trois avec le tournoi, avant que CBS ne lui succède en 1980. En 1977, TF1 acquiert les droits TV, et diffuse l’année suivante, les matches, quotidiennement, l’après-midi, sur l’ensemble de la quinzaine, grâce à Christian Quidet, directeur des sports de la chaîne. « Le jour où le tournoi a été totalement couvert par la télévision, j’ai su que Roland-Garros était sauvé » abonde, à l’époque, Philippe Chatrier. Les téléspectateurs découvrent, entre autres, Chris Evert et Björn Borg. Les Internationnaux de France prennent une autre dimension, mais restent fragilisés par le circuit de la WTT. 



Première extension

En 1978, le stade Roland-Garros fête ses 50 ans. Sur le court central, avant la finale du simple Messieurs, une cérémonie est organisée, où trente anciens vainqueurs de l’épreuve, défilent sur un tapis rouge. Le développement du tournoi est spectaculaire. En 1974, 63 000 spectateurs foulent les allées du stade. En 1978, ils sont plus de 100 000. Le budget du tournoi passe de 300 000 francs dans les années 1960 à 1,7 million de francs en 1974 et 8,7 millions au moment de fêter les 50 ans du stade. En 1979, les coupes des vainqueurs évoluent. Elles sont remplacées par des créations du joaillier de la rue de la Paix, Mellerio, dit Meiller. Le trophée du vainqueur des éditions 1979 et 1980 (Björn Borg) ne satisfait pas les dirigeants de la FFT. Il est remplacé en 1981 par la Coupe des Mousquetaires. Face à l’engouement du public, qui vient de plus en plus nombreux assister aux Internationnaux de France, la tribune D du court central est agrandie en 1979 et permet d’accueillir 2 400 places supplémentaires. La capacité totale se porte désormais à 15 000 spectateurs. En 1977, la FFT a obtenu, après trente ans d’attente, les terrains de l’institut Marey. Un deuxième grand court, des terrains annexes semi-enterrés et des locaux servant à accueillir une école de tennis doivent voir le jour, en lieu et place du bâtiment principal de l’institut Marey. Claude Girardet et Jean Lovera élaborent les plans du court n°1. Une construction qui débute en mars 1979 et qui s’achève pour l’édition 1980 du tournoi. Une arène circulaire, pour faciliter la circulation du public dans le stade, de 4 500 places, où sont gravés, dans sa partie supérieure, les noms des anciens vainqueurs. « Dès 1978, j’ai commencé à travailler sur ce projet, en réalisant quelques esquisses, inspirées à la fois par des stades que j’avais visités dans ma carrière de joueur de tennis, mais aussi par l’histoire de Roland-Garros. Notamment par celle d’Etienne-Jules Marey, qui avait construit à cet endroit sa station physiologique, qui était un cercle, sur lequel il faisait courir les athlètes, les chevaux… Il y a eu une source d’inspiration, avec l’idée du cercle et l’arène des constructions romaines » nous précise, aujourd’hui Jean Lovera. Tout près de là, une dalle est coulée pour accueillir des tentes destinées aux partenaires, « le Village de Roland-Garros ». Un espace de relations publiques, révolutionnaires pour l’époque. Initialement prévu que pour l’édition 1980, ce lieu devient vite incontournable pour la suite de la prospérité du tournoi, et fait école dans toutes les autres manifestations sportives.

court n°1

©Gamma

En plus du central bis, le stade Roland-Garros, réorganise ses courts annexes en ajoutant des tribunes. 1 000 places aux abords du court n°10 et 600 autour du court n°9. Des travaux qui font la part belle au confort des spectateurs, grâce à une campagne d’aménagements menée, à l’origine, par Pierre Darmon, puis par Christian Duxin, et qui ont coûté 30 millions de francs depuis 1975. Après 10 années sous le signe de l’incertitude, Roland-Garros aborde l’édition 1980, durant laquelle la FFT son soixantième anniversaire, dans un climat de réussite et de sérénité. 



L’extension se poursuit

Conformément au programme d’aménagement du stade, défini à la fin des années 1970, les travaux se poursuivent à Roland-Garros. En 1982, le centre de presse et l’infirmerie sont réaménagés. Une salle de repos est créée, un mur antibruit est érigé, le long de l’avenue de la porte d’Auteuil. Au-delà de ces quelques travaux, la grande aventure des années 1980, est la deuxième extension du stade Roland-Garros qui est de plus en plus à l’étroit et dont une menace de saturation du site se profile. Face au succès des Internationnaux de France, les dirigeants de la FFT demande de l’aide à la Ville de Paris pour acquérir un terrain de 1,7 hectares dit du Fond-des-Princes. Un terrain, consacré à la pratique du rugby, appartenant jusqu’ici à l’ACBB (Athletic Club de Boulogne Billancourt). En juin 1983, la cession du terrain est effective. Six nouveaux courts en terre battue sont construits. L’État accorde également à la FFT une subvention exceptionnelle. La rue Suzanne-Lenglen est interdite à la circulation et devient une allée du stade. Cette nouvelle extension permet au stade de disposer à présent de dix-sept courts de compétition. À la veille de l’édition 1983 du tournoi, le tennis français se porte bien. Le nombre de licenciés a fait un bond spectaculaire. De 71 000 en 1960, il atteint le million en 1982. La même année, la France s’incline en finale de la Coupe Davis, à Grenoble, quarante-neuf ans après les Mousquetaires. Une défaite qui, malgré tout, maintient l’engouement des Français pour le tennis. Le budget du tournoi atteint à ce moment les 22 millions de francs, et génère chaque année entre 6 et 8 millions de francs de bénéfices, destinés à entretenir le stade et à soutenir les ligues régionales. Une politique fédérale voit le jour, en s’appuyant sur les profits du tournoi, afin d’assurer le développement du tennis français sur le long terme. L’édition 1983 est une apothéose pour les dirigeants de la FFT et le public français. Le 5 juin, 1983 Yannick Noah s’impose face à Mats Wilander (6-2, 7-5, 7-6). À 23 ans, il devient le premier Français à s’imposer porte d’Auteuil depuis Marcel Bernard en 1946. La France est en liesse. Le Frenchie, fils spirituel d’Arthur Ashe, entre dans la légende. Cette victoire est un déclic pour tout le sport français. En octobre 1986, le Centre national d’entraînement (CNE) sort de terre. Situé au sein même du stade, tout près du court central, il garantit aux espoirs français, les meilleures conditions d’entraînement. Un bâtiment, pensé par Claude Girardet et Jean Lovera, qui abrite les bureaux de la direction technique nationale, des chambres pour les pensionnaires, une salle de musculation et cinq courts couverts. De plus, deux courts en dur extérieurs, sont construits, avant d’être remplacés, quelques années plus tard, par des courts de mini-tennis. La même année, le pavillon fédéral, l’un des plus vieux bâtiments de Roland-Garros, est restauré dans un style anglo-normand. En mai 1987, Roland-Garros crée sa « Griffe ». En association avec des marques tendances, partenaires du tournoi, une collection de produits, d’accessoires, portant le nom Internationnaux de France est proposée aux spectateurs du stade. Néanmoins, malgré ces innovations, la vétusté du court central devient chaque année de plus en plus problématique. Une rénovation complète des installations est plus que nécessaire. Après la tribune D, c’est au tour des tribunes A et B qui le sont. Tout comme les sous-sols. Pour faire face à la multiplication par dix du nombre des journalistes en dix ans, un nouveau centre de presse, sur trois niveaux, est aménagé en 1988, sous la tribune B, entièrement reconstruite. La tribune A abrite les vestiaires, restaurant, salles de repos et d’échauffement, destinés aux joueurs. Sur le court, le système de drainage est une nouvelle fois amélioré, sans toucher aux sous-couches. En juin 1988, soixantième anniversaire du stade et le centenaire de naissance de Roland-Garros sont fêtés avec la patrouille de France survole par deux fois le court central, la veille de la finale entre Henri Leconte et Mats Wilander. Sous l’impulsion de Philippe Chatrier, qui voue une grande admiration aux Mousquetaires, une place est dédiée, entre la tribune D du court central et le court n°1, aux quatre héros du tennis français avec leurs statues en mai 1989. Des statues réalisées par le sculpteur italien Vito Tongiani. En présence de René Lacoste et Jean Borotra, les deux survivants de cette belle époque, les figures de bronze à leur image sont dévoilées au public. La statue d’Henri Cochet vient un an plus tard, celle de Jacques Brugnon suit en 1991.



Cap à l’ouest

Les années 1990 débutent bien pour le tennis français et pour le stade Roland-Garros. En 1991, le centenaire des Championnats de France, devenus Internationnaux de France en 1925, est célébré. Porte des Mousquetaires, une fresque géante, réalisée par Lucio Fanti, rend hommage aux 2 973 joueuses et joueurs qui ont disputé les championnats depuis leur création. Un an plus tôt, un accord est trouvé avec la mairie de Paris pour procéder à une troisième extension. Vers l’ouest, sur 2,6 ha supplémentaires. Le stade du Fond-des-Princes est ainsi annexé, pour permettre la construction d’un nouveau grand court (A).


 


Après Melbourne, est avant Flushing Meadows, Roland-Garros renoue avec l’ère des bâtisseurs. Le permis de construire est accordé en décembre 1991. Mais le 13 février 1992, une plainte de riverains, stoppe le chantier par une décision du tribunal administratif de Paris. Après la suspension des travaux du court A, la ville de Paris poursuit son soutien aux dirigeants de la FFT. Trois mois plus tôt, l’équipe de France de Coupe Davis triomphe, à Lyon face aux Etats-Unis et soulève pour la septième fois le Saladier d’argent, cinquante-neuf ans après les Mousquetaires. Le 7 février 1993, à l’âge de 64 ans, Philippe Chatrier quitte son fauteuil de président de la FFT. À ce moment-là, la France du tennis compte 10 000 clubs, 32 000 courts et 1,2 million de licenciés. Lors de l’assemblée générale de la fédération, à Paris, Christian Bîmes, 45 ans, président de la ligue de Midi-Pyrénées, et vice-président de la fédération depuis 1984, est élu président de la Fédération française de tennis. Christian Bîmes parvient à un accord avec les riverains. Grâce à un jugement du conseil d’État intervenu à la fin de l’année 1992, les travaux peuvent se poursuivre. Après quatorze mois de travaux, le court A est livré pour l’édition 1994 de Roland-Garros. Deux ellipses en béton reposant sur quatre piliers, constituent ce nouveau grand court. Mais avec le recul, Christian Bîmes regrette de ne pas être allé plus loin : « Nous aurions dû opter pour un court un peu plus grand, quitte à perdre quelques terrains annexes. Nous avions aussi la possibilité de l’équiper d’un toit amovible. Mais ce type de structure semblait poser des problèmes à la terre battue. Aujourd’hui, nous savons que ce n’était pas le cas.» Très différent des lignes « rigides » du central, le court A s’intègre parfaitement dans le paysage du stade Roland-Garros. « C’est la première fois que nous mettons en valeur le métal à Roland-Garros » abonde Didier Girardet, l’architecte de l’édifice. L’ensemble abrite des espaces de restauration, des vestiaires, des bureaux, un parking et des locaux modernes pour les médias. Le stade atteint son extension maximale, passant de 5,7 à 7,9 ha, et ajoute à cette occasion sept nouveaux courts à son contingent. Ces terrains, situés derrière ce court A, permettent aux qualifications de se dérouler à l’intérieur du site, à partir de 1995 pour les hommes et de 1996 pour les femmes. Jusqu’alors, les qualifications se déroulaient au stade Jean-Bouin. Le 23 mai 1994, pour fêter cette nouvelle arène, toutes les places de court A sont réservées aux 10 000 présidents des clubs français. Cette année-là, Mary Pierce atteint la finale en simple, après avoir surclassé en demi-finales Steffi Graf, mais s’incline face à Arantxa Shanchez. « Je voulais trop gagner, j’ai pris ce match trop au sérieux, avoue-t-elle. Cela a affecté tous mes coups.» À l’entrée de l’édifice, une statue en bronze, signée Vito Tongiani, de Suzanne Lenglen est dévoilée au public lors de l’inauguration de ce nouveau lieu jeu. En 1996, en présence de Monica Seles, triple gagnante du tournoi, le court A prend officiellement le nom de court Suzanne-Lenglen. Le site Internet officiel – www.rolandgarros.org ou www.frenchopen.org, voit également le jour en cette année 1996 et succède au Minitel des années 1980 avec l’incontournable 3615 code FFT. L’affluence de Roland-Garros passe de 329 000 spectateurs en 1990 à 364 000 spectateurs en 1997. Depuis 1994, le stade Roland-Garros est comprimé dans un triangle de 8,5 ha. Le IIIe millénaire se profile. Les dirigeants doivent envisager une nouvelle extension afin de répondre aux enjeux de l’époque.


Nouveau millénaire et nouveaux travaux

Dès la fin de l’édition 1999, marquée par les victoires de Steffi Graf et Andre Agassi, les bulldozers débarquent sur le central, avec comme mission abattre les tribunes A et la tribune D. Reconstruit, pour moitié, en l’espace de dix mois, le Central s’offre un lifting. Désormais, ce sont 15 200 places qui composent les tribunes de ce mythique court, qui est à présent plus confortable (nouveaux vestiaires, nouveaux espaces pour les joueuses et les joueurs, nouveaux espaces pour les médias) et plus harmonieux sur le plan architectural. À la veille du tournoi de l’an 2000, Michel Drucker, présente depuis le central, transformé pour l’occasion, l’émission « Tapis Rouge ». Le lendemain, M Jacques Chirac, président de la République, inaugure, aux côtés de Christian Bîmes, président de la Fédération française de tennis, le Central du Millénaire, qui est nommé l’année d’après, court Philippe-Chatrier, en hommage à l’ancien patron de la FFT, décédé le 22 juin 2000.


 


 

Une année spéciale qui voit s’imposer, Mary Pierce, qui devient la première Française à remporter les Internationaux de France depuis Françoise Dürr en 1967. Réconciliée avec le public français, la Frenchie s’adjuge le titre également en double dames, avec sa partenaire Martina Hingis. Après le court Central, c’est au tour des courts n°2,3 et 4 d’être remaniés. Depuis 1928, ces terrains forment un ensemble compact, situé au nord-est du stade. Déjà, dans les années 1930, il est question de supprimer l’un des courts, afin de faciliter la circulation des spectateurs. Avec l’extension du stade au fil des années, cette volonté est désormais possible. Le court n°4, qui se situe à l’angle de l’avenue porte d’Auteuil et l’avenue Gordon-Bennett, est supprimé permettant ainsi l’agrandissement des gradins du court n°3, qui abrite également une nouvelle boutique de la « Griffe ». Dans la partie sud du stade, la disposition des courts est totalement revue. Deux terrains, sur quatre, subsistent (nouveau court n°4 et 5) pour faire place à un plus grand espace dédié aux équipes de télévision. Deux restaurants, un parking et des locaux techniques sont construits en sous-sols. Au-dessus, l’espace dégagé accueille à présent des structures démontables utilisés par les médias télévisés et numériques lors du tournoi. En 2003, le Tenniseum, musée de Roland-Garros est inauguré. Un musée ultramoderne, construit en sous-sol, dont l’entrée est installée au Pavillon du jardinier, l’un des plus anciens bâtiments du stade. Sur 2 200 m2, le musée retrace l’histoire de ce lieu et du tennis français et international et comprend trois salles d’exposition, un espace multimédia et une médiathèque. Un espace ouvert, à ce moment, toute l’année aux visiteurs. À proximité de là, l’ancien Pavillon fédéral abrite à présent un restaurant, le Roland-Garros. En coulisses, les dirigeants de la FFT, évoquent pour la première fois une nouvelle extension. Alors que Paris se porte candidate pour accueillir les Jeux olympiques de 2012, Christian Bîmes, au milieu de son troisième mandat, présente le « Roland » de demain : « Une future extension du site est à l’étude, en concertation avec les pouvoirs publics. Un projet qui peut être qualifié d’intérêt général comprenant un grand court au toit amovible (construit en bordure du bois de Boulogne). Celui-ci constituerait un atout de premier ordre dans le cadre de la candidature de Paris à l’organisation des Jeux olympiques en 2012 et, en même temps, faciliterait le déroulement de notre tournoi. Il appartient au travers de ce projet, d’apporter notre contribution à l’essor du sport français pour les générations à venir. » Dans ce contexte, un projet d’extension voit le jour. Sur une surface d’un hectare située au nord du stade, en bordure du bois de Boulogne, Roland-Garros aurait un nouveau grand court de 15 000 places, doté d’un toit rétractable, qui recevrait les épreuves de judo, de badminton durant les Jeux olympiques. La couverture de l’autoroute A13 serait nécessaire, et une fois les JO terminés, cette nouvelle arène deviendrait propriété de la FFT.


 

Désillusions

En juillet 2005, à Singapour, le Comité International Olympique confie l’organisation des JO de 2012 à Londres. C’est la désillusion, aussi, pour la FFT. Dès son retour du congrès du CIO, le président de la FFT, remobilise ses troupes : « Il faut se remettre au travail, déclare-t-il. Il n’est plus question de couverture de la bretelle d’autoroute. Ce serait au-dessus de nos moyens. Il va falloir imaginer un nouveau projet. À nous de trouver les solutions afin de donner à Roland-Garros le visage souhaité dans dix ou quinze ans… » Alors que l’affluence ne cesse de croître, 450 977 spectateurs en 2007, et que la concurrence avec les autres tournois du Grand Chelem et l’émergence de nouvelles épreuves sur terre battue, comme par exemple Madrid et sa « Boîte Magique », est perceptible. Il est urgent de réagir et de cesser de se complaire dans l’immobilisme. Le stade étant toujours coincé, et de plus en plus à l’étroit, dans son triangle de la porte d’Auteuil, la stratégie demeure de développer le site existant et de construire un nouveau grand court, à proximité du stade. Pour les dirigeants de la FFT, « l’objectif n’est pas d’accueillir davantage de spectateurs, mais de mieux les recevoir. » Pendant ce temps, durant l’automne 2007 la tribune C du court Philippe-Chatrier est abattue pour être reconstruite, en un temps record pour l’édition 2008, où Rafael Nadal s’impose pour la quatrième fois consécutive, afin de moderniser notamment l’espace dédié aux médias et aux bureaux de la FFT. En marge de cela, un projet d’extension sur le site du stade Georges-Hébert, est à l’étude. L’idée est d’y bâtir un court de 15 000 places, équipé d’un toit amovible. L’objectif pour Christian Bîmes, « c’est de disposer en 2012, d’installations étendues, afin de desserrer les contraintes d’organisation du tournoi, et aussi de pouvoir bénéficier d’un nouveau central avec un toit rétractable. Ainsi même s’il pleut, nous pourrons assurer une programmation plus importante de matchs, par respect pour le public et les joueurs. C’est une question essentielle. Il en va du rang et du prestige du tournoi. C’est la responsabilité de notre génération, et aujourd’hui, tous les dirigeants en sont conscients. » Un projet que Chritian Bîmes ne verra pas. Mis en examen pour « abus de confiance » et prise illégale d’intérêts, il décide fin 2008, par lui-même, et conseillé par certains amis, de ne pas briguer un cinquième mandat à la tête de la FFT. « C’est moi qui ai décidé de me retirer parce que j’ai pensé que sur le plan personnel, familial c’était un mieux, c’était un plus de prendre du recul », avait-il déclaré à ladepeche.fr (NDLR : il sera condamné à 5 mois avec sursis et 30 000 euros d’amende pour « prise illégale d’intérêt par le tribunal correctionnel de Paris, qui l’a blanchi de l’accusation d’ « abus de confiance » en juillet 2009.) Le 8 février 2009, Jean Gachassin, ancien international de rugby, huissier de justice à la retraite et proche de Christian Bîmes, est élu président de la FFT. Il promet une gouvernance collégiale et « hérite », avec son équipe, du projet d’extension qui connaît quelques problèmes. Mais avant de régler les problèmes liés à l’extension, où les opposants au projet laissent entendre de plus en plus leur voix, il faut dans un premier temps régler le problème du renouvellement de la concession qui prend fin en 2015. Alors que la Ville de Paris souhaite vivement que le tournoi reste dans la capitale, il faut renégocier le loyer (4 millions d’euros plus une taxe spectateur à ce moment-là.) qui est sous-évalué de l’avis des deux parties. De plus, il faut aussi négocier la concession du stade Georges-Hébert, où doit être érigé le futur central avec son toit rétractable, même si l’idée d’une délocalisation, à Marne-la-Vallée, à Flins, ou ailleurs, reste dans l’air comme une alternative. En plus de la piste de l’exile, l’idée d’une destruction du court Suzanne-Lenglen (sorti de terre en 1994), pour mieux le reconstruire selon le plan du central prévu stade Georges-Hébert. Sachant qu’une telle opération ne peut se faire en 11 mois (au moins). Pour cela, il faudrait le construire à proximité du court Philippe Chatrier. Ce qui signifierait de voir disparaître les courts 6, 7, 8, 9, 10 et 11 et les reconstruire de l’autre côté de l’avenue, côté Bois de Boulogne, des courts qui seraient ouverts aux Parisiens en dehors du tournoi, en plus d’un petit « central » temporaire d’environ 5 000 places. Une possibilité qui commence à faire son chemin… Mais le projet du stade Georges-Hébert est toujours la priorité, officielle, des dirigeants de la FFT. Pour le président Gachassin, ce projet s’inscrit dans une redéfinition des espaces sportifs entre les portes d’Auteuil et St-Cloud. Il souligne que le central du futur, pourrait accueillir de nombreux évènements comme des matchs de basket, de hand… Pour des compétitions nationales et internationales. En cette année 2009, où Roger Federer s’impose pour la première fois à Paris, qui incarne le changement et qui pousse à tirer les leçons de son passé, l’avenir du stade Roland-Garros rentre dans une période de hautes turbulences. Bien que Gilbert Ysern, nouveau patron de Roland-Garros, se réjouisse que les joueurs soient toujours heureux de venir sur le site actuel, la concurrence avec les autres tournois du Grand Chelem est de plus en plus vive. En novembre 2009, coup de théâtre. Le projet imaginé avec un nouveau court central doté d’un toit rétractable, sur le site du stade Georges-Hébert, porte d’Auteuil, et qui avait donné lieu à un concours d’architecture remporté par Marc Mimram, estimait à 116 millions d’euros, passe aux oubliettes, devant l’opposition des riverains de la mairie du XVIe arrondissement de Paris, celle de Boulogne, et aux divergences internes. La Fédération française de tennis est face à une situation bien délicate et ne peut défendre encore plus longtemps cette option. À défaut d’envisager une extension, l’idée d’un déménagement redevient d’actualité. Les dirigeants de la FFT mettent, habilement, en avant cet éventuel exil, envisageable à l’horizon 2015. Date qui correspond à la fin de concession de la FFT sur le site historique de la porte d’Auteuil.


Partir ou rester ?

Plus de 80 ans après sa construction, le stade Roland-Garros est à un carrefour crucial de son existence. En février 2011, lors d’une assemblée générale, les élus de la FFT décideront, lors d’un vote, si les Internationaux de France poursuivent leur histoire porte d’Auteuil, après de lourds travaux, ou si l’aventure se poursuivra ailleurs, à un endroit où tout sera à (re)construire. À la veille du tournoi de Roland-Garros 2010, la Fédération française de tennis présente les nouvelles propositions de la Ville de Paris. Face à la menace de voir partir le Grand Chelem parisien, la Mairie de Paris, réagie en proposant un projet « sérieux » répondant, en grande partie, aux attentes de la FFT. Sont envisagées la destruction du court n°1, et à la place la construction d’un court, légèrement enterré, de 8 000 places dans le jardin des Serres d’Auteuil et l’aménagement d’espaces dédiés au public, avec la rénovation des bâtiments en meulières, ainsi que la construction de plusieurs courts, vraisemblablement quatre, sur le secteur du Fond des Princes. L’avenue Gordon Bennett deviendrait partie intégrante du stade, qui gagnerait de l’espace également vers le bois de Boulogne (partie non boisée) pour développer une zone de relations publiques. Le projet de la Ville de Paris, prévoit aussi le déménagement sur le site du stade Georges-Hébert, porte d’Auteuil, du Centre National d’Entraînement et de la salle de gym. Propositions qui s’inscrivent dans la renégociation de la concession, qui s’achève en 2015. À ce sujet, Gilbert Ysern « prévient » : « Nous ne pourrons assumer à la fois un emprunt lourd et un loyer trop élevé ». En ce qui concerne la couverture du court central, elle ne pourrait être que légère et ne permettrait pas l’organisation de matches en soirée et donc aucune recette supplémentaire par ce canal-là. Mais cette proposition est soumise à un vote. Celui du Conseil de Paris, qui doit valider cette proposition. Avant cela, l’attribution par le Conseil de Paris à la FFT de la concession de la partie tennis du Paris Jean-Bouin, porte d’Auteuil, est un premier signe du souhait de la Ville de Paris, de voir le French Open se développer sur le site historique. 17 courts ne seront utilisés par la FFT qu’à l’occasion du tournoi de Roland-Garros pour faciliter les entraînements à proximité du stade, le site étant également destiné aux membres du club Paris Jean-Bouin et à la ligue de Paris, pour ses entraînements. Pendant ce temps-là, plusieurs villes de la banlieue parisienne (Marne-la-Vallée, Gonesse, Versailles) s’étaient portées candidates, avec un grand engouement, pour accueillir le nouveau Roland-Garros. La question du coût est également à prendre en compte. Les évolutions sur le site historique de la porte d’Auteuil sont chiffrées grossièrement à 200 millions d’euros (entièrement financés par la FFT) contre 600 millions d’euros pour une construction exhilo. Des dossiers solides, établis en fonction d’un cahier des charges précis, bien accueillis par les dirigeants de la FFT. Deux villes se distinguent malgré tout et présentent des similitudes. Marne-la-Vallée et Gonesse, proposent une grande surface (une vingtaine d’hectares et 55 courts de tennis dont les deux principaux, 18 000 et 12 000 places, équipés d’un toit rétractable, et d’un potentiel d’accueil de 60 000 personnes en simultané) immédiatement disponible et dont la FFT serait propriétaire. Les candidatures prévoient aussi, la construction d’un Centre d’Entraînement National ultra-moderne, susceptible d’accueillir les jeunes espoirs du tennis français. Rester ou partir ? Telle est la question qui jalonne les semaines du second semestre de l’année 2010. Une question que les élus de la FFT, s’apprêtent à répondre en ce début d’année 2011.


 

L’histoire prime

Le dimanche 13 février 2011, la Fédération française de tennis choisi, à 70,13 % des voix lors de son assemblée générale, de maintenir le tournoi de Roland-Garros à la porte d’Auteuil, plutôt que de le délocaliser dans l’une des trois villes candidates (Marne-la-Vallée, Versailles et Gonesse), pour l’accueillir. Paris a gagné. C’est la fin d’une haute lutte, qui a vu en coulisses plusieurs tractations (communiqués et autre note blanche d’origine inconnue) avant le vote. Pour Bernard Giudicelli, vice-président de la FFT, en charge notamment de Roland-Garros « c’est le choix du courage, et de la difficulté. Il s’agit de faire fructifier l’héritage, qu’on a bien pris en compte. » L’année annoncée de livraison du nouveau Roland-Garros est 2016. Au total, le stade passera de 8,5 à 14 hectares. À la suite du vote de l’assemblée générale du 13 février 2011, le président de la FFT, Jean Gachassin, déclare lors d’une conférence de presse au Tenniseum : « C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion que je m’adresse à vous pour vous annoncer le choix des élus concernant l’avenir de Roland-Garros. C’est un choix historique, l’un des plus importants depuis la création de la FFT en 1920. Ce fut un choix passionnant, mais très difficile. Au final, nous avons opté pour un projet ambitieux, audacieux et innovant, à contre-courant du gigantisme à la mode. Ne pas saisir la perche que nous tend la Mairie de Paris aurait été céder à la facilité… » À l’issue de cette conférence, un dossier de presse est distribué, dans lequel les 28 points « capitaux », qui ont dicté le choix final des élus, sont mis en exergue. Parmi eux, un site agrandi de 60 % par rapport au stade du moment, des recettes de relations publiques et de partenariat assurées, des travaux (273 millions d’euros) deux fois moins coûteux que les projets de relocalisation, une convention de très longue durée (99 ans) jusqu’en 2110, un loyer modéré et raisonnable de 3 millions d’euros jusqu’à la livraison du stade, puis d’environ 6 à 6,5 millions par la suite et une faisabilité juridique incontestable. Un dernier point qui n’est absolument pas de l’avis d’Agnès Popelin, vice-présidente du collectif Jean-Bouin Auteuil les Princes. « Le projet de la FFT est un doux rêve. Il y a des PLU à obtenir, des lois à contourner, plus de 8 000 scolaires à déplacer… Et puis toucher aux Serres est impossible. Les Serres d’Auteuil sont classées au titre des sites naturels, rattachés au bois de Boulogne. De plus, l’ensemble du jardin, le sol donc, et non pas que les Serres, est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Les Serres sont donc protégées par deux Ministères : le ministère de la Culture en tant que monument historique et le Ministère de l’environnement en tant que monument naturel. Alors quand M Gachassin parle de simples procédures administratives, il se trompe. On est dans le judiciaire… Bref, le calendrier annoncé par M Gachassin est intenable » déclare-t-elle face aux médias le 13 février 2011, devant la porte des Mousquetaires.




Yves Contassot, Europe Écologie Les Verts – Élu du 13e arrondissement au Conseil de Paris – ajoute : « Il faut bien comprendre les trois différents types de serres qui existent à Auteuil. On a d’abord ce qu’on appelle les serres historiques, celles qui datent de l’époque de Formigé, premier architecte, à la fin du XIXe siècle. Celles-là sont classées monument historique. Personne n’envisage d’y toucher, c’est vrai, et pour être honnête, je ne pense pas qu’elles soient menacées, si ce n’est par la pollution visuelle. Juste à côté, il y a ce qu’on appelle les serres chaudes, qui elles datent de 1905. Elles n’ont pas vraiment la même qualité architecturale, mais elles accueillent des collections de plantes beaucoup plus rares, et même uniques pour certaines. On ne les trouve même plus dans la nature. Celles-là seraient rasées totalement. Cela représente environ 2 700 m2. On nous dit qu’il est prévu d’en refaire autour du court de tennis, et de réimplanter le reste au Parc floral de Vincennes. Sauf qu’il n’y a pas de serres au bois de Vincennes. Et qu’il n’est pas possible techniquement et juridiquement d’en construire là-bas. Enfin, il y a un troisième type de serres : les serres de travail, ou serres techniques. Ces serres sont beaucoup plus modernes (reconstruites en 2003). Elles ne sont pas accessibles au public, mais elles servent aux jardiniers, botanistes, et sont loin d’être inutiles comme la FFT veut le faire croire. Celles-là, il est prévu de les détruire totalement aussi. » Une bataille juridique s’engage entre la Fédération française de tennis et les opposants à ce nouveau Roland-Garros à Paris. Sur le plan sportif, l’édition 2011 du tournoi est un franc succès, avec la présence des quatre meilleurs mondiaux en demi-finales et le premier triomphe d’une Chinoise en Grand Chelem, Li Na, suivi par près de 65 millions de Chinois. Un nouveau record de fréquentation est également établi. 464 636 spectateurs ont passé les portes du stade, avec la quasi-généralisation des e-billets (300 829) nominatifs. « Pas loin d’un tournoi idéal » selon Gilbert Ysern. Mais pour le directeur de Roland-Garros, les mois et les années à venir s’annoncent tortueux.


Discussion et recours

Dans le cadre de la commission nationale de débat public (CNDP), autorité administrative indépendante, différentes réunions de concertation à propos de la modernisation du stade Roland-Garros se déroulent. Elles s’achèvent le 15 novembre 2011 sur un seizième rendez-vous. Ces réunions, tenues à Roland-Garros, plus une à Boulogne, ont donné lieu à des échanges, parfois vifs, entre les représentants de la FFT et ceux des associations et riverains, où des questions ont été posées, auxquelles la FFT, par la voix de Gilbert Ysern, la plupart du temps, a pu répondre immédiatement ou en différé. Malgré tout, différentes craintes sont exprimées, notamment pour les collections botaniques et l’usage des serres et la fermeture limitée à 6 semaines au lieu des 9 prévues, de l’avenue Gordon-Bennett. Certains demandent, encore, l’abandon de ce projet, évoquant des alternatives, comme la couverture, partielle, de l’A13. La FFT n’est pas au bout de ses peines… Pour répondre aux demandes des riverains et habitants du quartier de la porte d’Auteuil, dont les enfants utilisent les installations sportives du moment, il a été décidé, à l’issue de la période des concertations ouvertes au public (notamment les riverains et associations) par la Fédération française de tennis de novembre 2011 à janvier 2012, de ne rien détruire avant que de nouveaux espaces sur l’hippodrome d’Auteuil et sur d’autres stades du 16e arrondissement, soient prêts à accueillir les scolaires. Le délai de livraison est déjà décalé. Un temps annoncé pour 2016, le nouveau Roland-Garros devrait être finalement « livré » en 2017. Concernant le nouveau CNE, sur le stade Georges-Hébert, porte d’Auteuil, en ce printemps 2012, le permis de construire doit être déposé, et doit être livré en 2014, au lieu de 2013. Les autres permis de construire doivent tous être déposés ensemble, avant la fin de l’année 2012, qu’il s’agisse notamment du court dans le jardin des serres et de la surélévation de court central, pour permettre sa couverture. Malgré le passage réussi devant la commission supérieure des sites le 15 décembre 2011, des recours peuvent être attendus… Néanmoins, avec la publication le 20 juin 2012 du rapport de la commissaire-enquêtrice, dans le cadre de la procédure de révision simplifiée du PLU (Plan Local d’Urbanisme), le ciel s’éclaircit pour la Fédération française de tennis. « La ville de Paris a besoin d’évoluer avec des projets architecturaux pertinents, contemporains et d’envergure comme celui de la modernisation du stade Roland-Garros » conclut le rapport qui doit à présent être adopté par le Conseil de Paris les 9 et 10 juillet 2012. De plus, l’organisation a levé les cinq réserves exprimées, qui portent sur l’interdiction de l’accès aux serres historiques de Formigé, sur la fermeture de l’avenue Gordon Bennett 6 semaines au lieu de 9, sur la hauteur maximale du CNE fixée à 21 m, et celle du court Suzanne-Lenglen à 18 m ainsi que la poursuite régulière de la concertation. La révision du PLU qui donne « plus d’ampleur au projet » va permettre le dépôt des permis de construire avant la fin de l’année. À ce moment, seul le permis de construire du CNE a été déposé pour un début des travaux prévu en janvier 2013. Malgré des possibles recours judiciaires, Gilbert Ysern reste confiant : « Les recours sont rarement suspensifs. Il nous appartiendra de démontrer au juge, chaque fois qu’il le faudra, le bien-fondé de notre projet, du fait que nous sommes respectueux des lois de notre pays, des règlements d’urbanisme. Ce qui sera le cas, une fois que le PLU sera révisé. » Avant d’envisager les grands travaux, le stade Roland-Garros poursuit tant bien que mal, sa modernisation dans l’optique de son tournoi. Lors de l’édition 2012, un deuxième écran géant (LCD de 74 m2) est installé sur le fronton Est du court Suzanne-Lenglen. Visible dans toute l’allée Marcel-Bernard, il propose toute la journée les images fortes de la veille des scores en direct et un bandeau défilant avec les dernières news du tournoi. La zone de convivialité, située tout près de la place des Mousquetaires et du court n°1, est élargie pour devenir une terrasse de détente pour le public. Le court n°13 est transformé en un lieu de vie et de convivialité, le « tennis club ». Durant toute la durée du tournoi, il accueille notamment des activités mini tennis pour les moins de 8 ans et beach tennis. Sur la toile, le French Open lance sa chaîne Dailymotion. Entièrement dédiée au tournoi, elle permet de revisionner les plus beaux points disputés depuis 1989. Pour la première fois, Roland-Garros s’exporte à Pékin. Un an après la victoire de Li Na, un court en terre battue, deux écrans géants, et une réplique du Village » sont installés au sein de l’un des plus grands centres commerciaux de Pékin. Face à grogne des joueurs, à propos de la répartition des dotations, les organisateurs décident d’apporter une progression de 7 % en moyenne au prize money du tournoi. Côté sportif, l’édition 2012 voit s’imposer Rafael Nadal, pour la septième fois, lors d’une finale décalée (au lundi) en raison de la pluie, une première depuis 1973. « Nous sommes passés à côté de ce qui aurait pu être une catastrophe : avoir le Chatrier vide ou quasiment le lundi » dixit Gilbert Ysern. Côté simple Dames, Maria Sharapova s’adjuge pour la première fois le trophée, remportant ainsi, tous les tournois du Grand Chelem.


  

Pas de plan B

Le 28 février 2013, le jugement du tribunal administratif de Paris, tombe. Il demande à la Ville de Paris de procéder tout simplement à la résiliation de la Convention signée avec la Fédération française de tennis afin qu’elle puisse exploiter, étendre et rénover le stade Roland-Garros. Quelques jours plus tard, après cette première mauvaise nouvelle pour les dirigeants de la FFT, un contre-projet, protégeant le jardin des Serres d’Auteuil est présenté, détaillé et chiffré par les représentants d’associations de riverains (une étude financée aux 2/3 par la municipalité de Boulogne), immédiatement dénoncé comme « incrédible » par Jean Gachassin. Un projet alternatif prévoyant la couverture de l’autoroute A13. Pendant ce temps-là, la Fédération française de tennis et la Ville de Paris travaillaient ensemble pour écrire une nouvelle convention, afin qu’elle soit votée avant la résiliation effective, le 28 avril, de celle que le tribunal administratif avait exigeait l’annulation. Une décision suivie d’un appel interjeté par la FFT, mais aussi par la Ville de Paris. Alors que la modernisation du stade Roland-Garros, dont la fin avait été programmée au départ pour être effective lors du tournoi 2016, a été repoussée en 2018. Au lendemain de la décision du tribunal administratif et de la présentation du contre-projet des associations, le président de la FFT, Jean Gachassin, déclare à Tennis Magazine : « Nous sommes en train de définir, avec le maire de Paris, plus que jamais mobilisé sur notre dossier – comme en atteste la récente délivrance du permis de construire du futur Centre National d’Entraînement, Porte d’Auteuil -, les modalités précises de notre contre-attaque, qui nous permettra de continuer à avancer, à porter ce projet indispensable à la pérennité du succès de Roland-Garros. Il n’y a pas de “plan B”, pas d’alternative. C’est pourquoi nous devons impérativement réussir à mener à bien ce projet de modernisation de notre stade. Face à la concurrence mondiale de plus en plus exacerbée et offensive, la pérennité de Roland-Garros, ces Internationnaux de France qui donnent à notre Fédération les moyens de sa politique et de son développement, serait mise en grand danger si le tournoi ne pouvait être disputé dans un écrin à la hauteur des attentes de la communauté internationale du tennis professionnel.” En effet, alors que Roland-Garros fait du surplace, au même moment, les organisateurs de l’US Open, qui ont d’autres moyens, annonce une augmentation considérable des prix distribués aux joueurs, qui doit se poursuivre de manière significative lors des prochaines années (atteignant les 50M$ en 2017), comme l’a également annoncé l’Open d’Australie. De son côté, Gilbert Ysern, directeur de Roland-Garros et de la FFT, avoue : « On est un peu envieux quand on voit comment les choses peuvent avancer assez vite ailleurs, et pas chez nous… Ce qui est annoncé ici et là est un signal important qui nous est donné, et chacun mesurera ainsi mieux la nécessite de moderniser notre stade au plus vite. On travaille avec la Ville de Paris sur la prochaine Convention, où l’on pourrait revoir la durée de la concession et introduire des clauses de revoyure. Pour le projet alternatif, on pourrait se poser la question si l’autoroute en question était couverte : mais qui est susceptible de financer ça ? On est déjà au taquet avec le coût de notre projet… Après celui du CNE, qui a déjà été validé, nous déposerons les autres permis de construire avant l’été, nous gardons ce calendrier. Parallèlement, nous allons faire faire l’étude, sur les axes juridique et financier, du projet alternatif, ainsi que nous l’a demandé le Conseil de Paris, ce qui n’a pas été une surprise pour nous.» Pour ses travaux, la Fédération française de tennis a besoin d’argent. Même si la plus grande partie de ses travaux se réaliseront grâce à des prêts, la Fédération compte bien tirée profit de la renégociation des droits télé du tournoi de Roland-Garros (pour les cinq prochaines années dont 2014) , même si ces droits en France ne représentent « que » 10 % de son chiffre d’affaires. Après un appel d’offres (prévoyant une proposition pour une chaîne gratuite, qui couvrait les trois courts principaux chaque jour à partir de 15 h, pour 12 millions d’euros) le 10 octobre 2013 les responsables en charge de ce dossier à la FFT n’en reviennent pas. Les deux principales chaînes payantes, Canal + et beIN SPORTS, n’ont pas répondu, alors qu’elles avaient laissé entendre que le tournoi les intéressait fortement et que 15 millions d’euros par an, l’une de ces deux chaînes pouvait avoir l’intégralité de la compétition. France Télévisions dans sa réponse, mais en avant son souhait d’obtenir l’ensemble des droits ou rien, pour… 12 millions d’euros ! La FFT, qui n’est pas en position de force, doit revoir sa copie, elle qui espérait atteindre les 30 millions d’euros qu’elle attendait initialement, le temps de négociation gré à gré se profile, avec comme principal enjeu, trouver l’équilibre exposition/valorisation. En marge du Masters 1000 de Paris-Bercy, Gilbert Ysern nous dit : « Nous savons qu’il y a eu un climat qui a été créé autour de notre appel d’offres, qui visait clairement la FFT à rester dans le giron de France Télévisions, avec un certain nombre de déclarations que nous avons pu voir ici où là, sur le thème de conserver ce diffuseur. Nous sommes très attachés à la diffusion en clair, c’est dans l’ADN du tournoi, qui à toujours été diffusé en clair, et il est vrai que le partenariat avec France télévisions a contribué à la montée en puissance de ce rendez-vous en France. Bien évidemment continuer à avoir une diffusion en clair nous intéresse. La question, aujourd’hui, est de savoir si les diffuseurs en clair veulent de Roland-Garros. Pour des raisons qui leur appartiennent TF1 et M6 ne se sont pas manifestés, aujourd’hui France Télévisions connaît semble-t-il quelques difficultés budgétaires, mais notre tournoi à une valeur, reste à savoir si ce diffuseur est prêt à payer cette valeur. Sinon il faudra de notre côté jouer d’autres cartes. À l’heure où je vous parle, on ne sait pas encore ce que sera la diffusion de l’année prochaine et des années à venir. Nous souhaitons garder toutes les options ouvertes, tant que nous n’avons pas trouvé les conditions qui puissent concilier une diffusion de qualité, mais aussi une juste valorisation de nos droits. Je pense que c’est l’occasion de rappeler que Roland-Garros appartient à la Fédération française de tennis et que toutes les ressources dégagées par ce tournoi sont intégralement reversées au tennis français, pour sa promotion et son développement. Donc, aujourd’hui, c’est sans honte que nous affichons notre volonté d’une revalorisation de nos droits. Nous ne pouvons les brader, car ce serait l’ensemble du tennis français qui en serait victime. » Finalement, la FFT signe en mars 2014, un accord d’exclusivité avec France Télévisions (qui en a revendu une partie à Eurosport), pour un total de 87,5 millions d’euros, soit 17,4 millions d’euros par an soit un peu plus des 15 millions annuels estimés du précédent contrat. Au cours de l’automne 2013, la FFT reçoit une nouvelle favorable de la Cour Administrative d’appel, suivant l’avis du rapporteur, exprimé quelques jours plus tôt, n’a pas retenu l’inconstructibilité d’un court dans le Jardin des serres d’Auteuil.


Nouveau faux rebond

« Tout » semblait  aller dans le bon sens pour la Fédération française de tennis, après que, Marie-Claire Eustache, la commissaire enquêtrice chargé de l’enquête publique avait rendu en novembre 2014 un avis favorable au projet de rénovation et d’extension du site de Roland-Garros (construction d’un court semi-enterré de 5 000 places dans le Jardin des Serres d’Auteuil). Mais un rapport d’une cinquantaine de pages du Conseil général de l’Environnement et du Développement Durable, commandé tardivement par la ministre de l’Environnement de l’Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur le climat, Ségolène Royal (par une lettre de mission le 22 décembre 2014) concluant à la faisabilité du projet alternatif de couverture de l’autoroute A13 a créé une certaine crispation, voire une exaspération au sein de la Fédération. Alors que la qualité du projet de modernisation de la FFT dans toutes ses dimensions était confirmée et que l’obtention des trois permis de construire (déposés en juillet 2013) pour la construction d’un court dans le jardin des Serres d’Auteuil et du toit rétractable du court central était attendue avant la fin du mois d’avril 2015, afin que le calendrier du nouveau Roland-Garros soit tenu (livraison entre 2017 et 2019) les conclusions de ce rapport inquiètes la FFT. En février 2015, lors de son assemblée générale, la Fédération française de tennis publiait un communiqué pour « s’inquiéter très vivement du retard pris dans l’instruction des permis de construire, souhaitant que le gouvernement, qui a toujours soutenu ce projet, permette maintenant l’aboutissement rapide de l’instruction.» Un rapport d’experts concluant à « la faisabilité technique de la couverture de l’autoroute A13. » Yves Contassot, conseiller de Paris (Europe Ecologie, les Verts) déclare à Tennis Magazine : « Cette étude, c’est la reconnaissance qu’on ne peut pas considérer que le projet de la FFT est le seul possible. C’est une avancée du point de vue démocratique. L’étude démontre la viabilité technique et juridique du projet alternatif. Depuis le début, le calendrier n’est pas sérieux ni réaliste. Dès le dépôt du permis de construire, celui-ci sera attaqué en justice.» Un projet alternatif qui avait été jugé en novembre 2014, par la commissaire enquêteur, « pas approprié aux enjeux liés à la modernisation du stade Roland-Garros » mettant également en exergue la complexité technique et juridique de ce projet et son coût. Les dirigeants de la FFT sont perplexes devant les conclusions du CGEDD. Un rapport rendu en moins de deux mois, et parsemé d’imprécisions et d’approximations, alors que la Fédération française de tennis tente de mener à bien son projet de modernisation désormais depuis plus de quatre ans.

 
Roland-Garros-court-jardin-des-serres-dAuteuil

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Alors qu’une possible candidature à l’organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024, la maire Anne Hidalgo, exprime dans un communiqué, les importants retards que pourrait engendrer un nouveau report des travaux : « La couverture du périphérique et de l’A13 est à nouveau évoquée alors même que deux études ont déjà conclu à la non-pertinence de celle-ci. Le calendrier de livraison serait alors, au mieux à échéance 2025 ou 2026. Un tel retard pris dans l’extension de Roland-Garros serait un très mauvais signal envoyé au CIO. J’en appelle à la responsabilité de chacun pour que ce projet, qui a fait le fruit d’une importante concertation et qui participera au rayonnement de Paris et de la France, puisse voir le jour dans le respect du calendrier prévu. » Dans les colonnes du JDD, Ségolène Royal déclare : « C’est un très mauvais calcul de la Fédération française de tennis de vouloir passer en force, surtout sur un site classé. Personne n’est au-dessus des lois. Mon devoir est de garantir le bon déroulement de la procédure. Car que va-t-il se passer ? Il va y avoir des contentieux. Alors ne vaut-il pas mieux bien faire les choses en amont et avoir des bases juridiques solides lorsque les permis seront délivrés plutôt que de les voir annulés par la suite ? » Des déclarations qui font bondir Bernard Giudicelli, secrétaire général de la FFT, qui ne manque pas de rappeler que : « Au nom de ceux qui nous ont élus pour défendre les intérêts de notre Fédération, nous affirmons que la Fédération a toujours respecté la loi. Nous n’avons jamais fait de calcul en la matière. Le 3 juin 2015, Manuel Valls, Premier ministre, décide de donner le feu vert du gouvernement au projet d’extension de Roland-Garros vers le Jardin des serres d’Auteuil, défendu par la Fédération française de tennis, malgré un vote défavorable du Conseil de Paris une semaine avant. Le lendemain de cette décision, Ségolène Royal déclare sur RMC/BFMTV : « Je suis membre du gouvernement, je ne vais pas faire de polémiques. Le Premier ministre a le droit de décider. J’ai fait valoir les arguments que je souhaitais défendre. » En marge de ces prises de bec, le stade Roland-Garros opère à quelques transformations. Durant l’hiver 2015, les camions, les pioches et le béton, ont remplacé le flux des spectateurs. Le but de l’opération, doter d’un équipement amovible le tunnel menant au court Suzanne-Lenglen. La statue de la « Divne » qui trônait non loin de là, a été placée à l’abri de ce tumulte inhabituel. À moins de deux mois de la prochaine édition du sacre du printemps, toutes les équipes de la FFT s’activent. Après le court central en 2014, avec le remplacement de la couche de calcaire supérieure (le craon) à l’occasion de travaux sur les margelles en béton situées autour du terrain, c’est au tour du Suzanne-Lenglen de s’offrir un lifting, avec également le changement des margelles en béton, situées autour du court. Des coursives du central, au club des loges, en passant par les vestiaires des joueuses et joueurs du Philippe-Chatrier, les travaux et les aménagements vont bon train. Lors de cette édition 2015, Stan Wawrinka s’impose en dominant en finale Novak Djokovic, qui avait sèchement battu en quarts de finale Rafael Nadal. Côté simple Dames, Serena Williams a tout au long de cette quinzaine luté contre elle-même, afin de soulever pour la troisième fois de sa carrière, la coupe Suzanne-Lenglen. La Ville de Paris signe le mardi 9 juin les permis de construire autorisant l’extension du site de Roland-Garros, qui ne fait toujours pas l’unanimité… Une semaine plus tôt, Manuel Valls, Premier ministre, apportait à nouveau, son soutien, au nom du gouvernement, à ce projet.


Triangle historique

Le 12 octobre 2015, le tout nouveau Centre National d’Entraînement, l’un des volets des travaux du nouveau Roland-Garros, érigé entre les Portes d’Auteuil et Molitor, entre en activité. Il est à présent temps, après le retard des permis de construire, de s’attaquer aux travaux, préliminaires, au sein du « triangle historique ». À la mi-octobre, les pelleteuses et camions entrent en scène. La tenue du tournoi, chaque année, rend nécessaire l’organisation du chantier par tranches de dix mois, avec une suspension de deux mois entre avril et juin (avant et pendant le tournoi). Quatre phases opérationnelles de travaux de dix mois sont annoncées. La première de ces phases commencera au lendemain du tournoi 2016. La fin des travaux est programmée, cette fois, pour 2020. Concernant le court du Jardin des Serres, le chantier doit s’étendre sur deux ans sans interruption. Au mois de septembre, les travaux débutent par la réhabilitation des bâtiments en meulière situés dans la partie sud-ouest du jardin. La livraison du nouveau court et des bâtiments est annoncé pour l’été 2017. Au cours de l’automne 2015, l’ancien CNE est détruit. Deux grues y trônent désormais. Là, se poursuit l’avancement de l’édification du futur bâtiment qui servira à accueillir, en 2018, l’organisation du tournoi et le nouveau Village où sont annoncés des jardins suspendus et une terrasse panoramique. Début 2016, au milieu de ce chantier à ciel ouvert, les coffrages métalliques engloutissent à folle allure béton et ferrailles, où peu à peu les murs, de ce futur espace s’érigent. À l’angle de l’allée Suzanne-Lenglen et de l’allée Marcel-Bernard, face à la tribune Jean-Borotra, se dressent, temporairement, neuf préfabriqués imbriqués sur deux étages toisant la porte I qui, après avoir été entièrement détruite, se refait une beauté, pour être prête à l’usage lors de l’édition 2017. Entre les courts n°6 et n°8, les gradins ont laissé la place à une citerne, un tas de sable, des bacs et différents outillages, servant notamment aux travaux se déroulant derrière ces terrains. Deux nouveaux bâtiments, surplombés de terrasses végétalisées, doivent marquer l’entrée du stade, au 8 boulevard d’Auteuil. Opérationnels en 2017, ils hébergeront le PC sécurité, et accueilleront les visiteurs, journalistes et professionnels. «Chaque année, nous allons apporter des nouvelles installations. Nous avons entre les éditions du tournoi environ 9 mois pour réaliser les travaux» précise Jérémy Botton, nouveau directeur général de la Fédération française de tennis, après l’éviction de Gilbert Ysern. Près du court n°1, voué à être détruit dans le cadre du nouveau Roland-Garros, la place des Mousquetaires n’a plus grand-chose à voir avec sa version originale. Fin 2015, les statues signées par Vito Tongiani avaient été déplacées.

statues des Mousquetaires

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Un trou béant, encerclé par diverses barrières, recouvert partiellement par un amas de terre et de sable, laissait apercevoir la réfection en cours du sous-sol. Des travaux de voirie et réseau divers. En 2020, cette place est destinée à devenir une vaste esplanade verte de près d’un hectare, pensée comme une zone de détente. Hors tournoi, elle sera ouverte au public, peut-on lire dans un fascicule faisant la promotion du nouveau stade. Non loin de là, face à la tribune Henri-Cochet, des gaines et un monticule de gravier viennent alimenter ces aménagements automnaux. D’ici la prochaine édition du « French Open », tout aura été rebouché et réaménagé. De l’autre côté de l’avenue Gordon Bennett, les voies sont plus tortueuses. En octobre 2016, c’est un véritable « running gag », au sujet des travaux de l’extension de Roland-Garros dans le Jardin des serres d’Auteuil, qui a lieu. Le 3 octobre 2016, la FFT accueille avec plaisir la décision du Conseil d’État autorisant les travaux dans le Jardin des Serres. Le 4 octobre, les travaux débutent. Le 6 octobre, le tribunal de Grande Instance de Paris, à la demande des héritiers de l’architecte des Serre d’Auteuil, décide d’ « ordonner la suspension des travaux engagés ou à engager », le 10 novembre le TGI de Paris déboute les héritiers de Jean-Camille Formigé (l’architecte des Serres d’Auteuil) autorisant ainsi la FFT à entreprendre ses travaux. Ceux d’un court semi-enterré, de 4 950 places, qui seront entourées de serres où figureront diverses plantes tropicales et rares, en lieu et place d’anciennes serres techniques datant des années 1980 et 1990, ainsi que la réhabilitation des bâtiments en meulière. Une extension qui révulse et consterne, toujours, les opposants à ce projet, qui usent de tout l’arsenal juridique que propose le droit français, pour faire entendre leur voix. En particulier celles des héritiers de Jean-Camille Formigé, qui estiment que le projet de la FFT va faire du jardin des Serres d’Auteuil « les jardins du stade » et « défigurer » l’œuvre de leur ancêtre. Un comble pour la FFT, qui salue, dans un communiqué, une décision qui « confirme que, contrairement à la campagne de désinformation conduite par ses opposants, le projet de modernisation de Roland-Garros a été conçu par la FFT en apportant toutes les garanties pour le respect du jardin des Serres d’Auteuil et de la protection des monuments historiques. Les manœuvres dilatoires des opposants sont définitivement mises à [sic] jour et sanctionnées par la justice.» Au sein de cette zone sensible, surveillée par des gardiens, engagés, il semblerait pour éloigner les curieux, l’ambiance est à la méfiance. Tout ce dossier est loin d’être refermé. Un nouveau rendez-vous judiciaire est d’ores et prévu au début de l’année 2017. Cette fois devant le tribunal administratif (TA) de Paris, devant lequel des associations d’écologistes et de défenseurs du patrimoine contestent le permis de construire.


Enfin du neuf

Après le Conseil d’État et le tribunal de Grande Instance, c’est le tribunal administratif de Paris qui reconnaît, le jeudi 2 février 2017, la légalité de la modernisation de Roland-Garros. Cette « victoire » juridique vient ainsi clore une longue série de recours et « légitime, le bien-fondé de notre projet » abonde Bernard Giudicelli, élu en février 2017, après une campagne très agitée le tout dans une ambiance délétère, Président de la Fédération française de tennis, dans une lettre d’information publiée en avril 2017. Peu à peu le Nouveau Roland-Garros prend forme. Au cours de l’hiver 2016-2017, les trois étages du nouveau bâtiment de l’organisation sont sortis de terre. D’une superficie totale de 8 000 m2 en infrastructure, et 4 600 m2 en superstructure, cet édifice a été construit à l’emplacement de l’ancien Centre National d’Entraînement (CNE, désormais installé porte Molitor). « Toute la difficulté a été de s’adapter à la configuration du site, précise Gilles Jourdan, directeur du projet de modernisation du stade Roland-Garros. On a notamment cherché à utiliser au mieux la profondeur de la fosse laissée par l’ancien CNE. » Bien que n’étant pas encore terminé, les différents espaces apparaîssent très clairement. La double hauteur sous plafond de l’entrée, qui se fera par le nord, donne à voir les contours d’un grand lobby ; le patio, qui donnera à terme sur quatre courts de compétition. Un bâtiment fonctionnel, où cohabiteront spectateurs, arbitres, ramasseurs de balles et personnels divers. Durant l’édition 2017 du tournoi, deux nouveaux espaces, une zone détente et une zone expérience, sont localisés sur les futurs courts n°7 et n°9, le long de l’allée Marcel-Bernard. Deux nouveaux édifices marquent désormais l’entrée du stade, au 8 boulevard d’Auteuil. Opérationnels lors du tournoi 2017, ils hébergent le PC sécurité et accueillent les journalistes. De l’autre côté de l’avenue Gordon-Bennett, les bâtiments en meulière sont toujours habillés d’échafaudages, et une cinquantaine d’ouvriers s’activent à leur restauration. « C’est une restauration à l’ancienne, dixit Gilles Jourdan. Il faut donc faire appel à des spécialistes des huisseries, des vitrages, des pierres… » Non loin de là, le court des Serres commence à prendre forme. Quasiment achevés, les travaux de terrassement ont creusé un rectangle de 80 m sur 60 m. Durant la même période, côté court Philippe-Chatrier, invisibles, les travaux ont commencé dans les sous-sols. Il sont pourtant essentiels à la rénovation ultérieure du Central. Alors que de nouveaux poteaux de soutènement ont été forés, des structures existantes ont été renforcées pour consolider les fondations. Difficiles à mener, dans un espace très étroit, ces travaux ont été anticipés sur le planning initial pour alléger les prochaines phases du chantier, et doivent se poursuivre à partir de juin 2017. Lors de cette édition 2017, baignée de soleil Rafal Nadal remporte la « Décima ». Sans perdre un set de la quinzaine, le Majorquin, domine en finale Stan Wawrinka. Dans le tableau féminin, Jelena Ostapenko, à tour juste 20 ans, crée la surprise en s’imposant face à Simona Halep, qui s’incline une nouvelle fois en finale Paris. Le lundi 19 juin, une semaine après la fin des Internationaux de France, les travaux reprennent. après une période d’interruption d’un peu plus de deux mois, sur le site historique. La phase 2 des travaux peut débuter. La construction du bâtiment est sur le point d’être terminé. Place à l’aménagement intérieur du bâtiment (peinture, décoration, éclairage spécifique, installation des cuisines, des salons et de la fameuse place du village). Derrière le court Suzanne-Lenglen, les travaux au Fonds des princes, débutent, avec comme principal objectif la création du court 14. Un court semi-enterré de 2 200 places, qui sera livré pour le tournoi 2018, voué à remplacer le mythique court n°2 qui s’apprête à être détruit. Comme pour la plupart des aménagements sur le triangle historique, l’ancien est remplacé par du « neuf, avec un processus identique : curage et démolition dans un premier temps » peut-on lire sur le site Internet dédié au Nouveau Roland-Garros. Dans le Jardin des Serres d’Auteuil, les bâtiments en meulière, « fleuriste » et « orangerie », dévoilent peu à peu, après le démontage des échafaudages, une façade entièrement rénovée à l’identique, tout comme les menuiseries extérieures, ainsi qu’une refonte entière de la couverture à l’identique. Durant l’édition 2017 du tournoi, la rénovation du campanile a également été réalisée avec la restauration de la cloche, des mécanismes et des cadrans de l’horloge par un artisan campanaire, et de la structure bois surmontée d’un épi de faîtage représentant une colombe blanche. L’aménagement intérieur des deux bâtiments a débuté, avec notamment la pose des cloisons de cuisines, l’installation des vestiaires et des sanitaires. Tout près de là, le court des serres, sort de terre. Le gros œuvre, est pratiquement terminé. La structure du court prend forme. Au cours de l’été, les foreuses et tractopelles squattent momentanément le court Philippe-Chatrier et ses environs. Leur mission : consolider les fondations du central, pour rendre possible la rénovation de ses tribunes (prévue entre les tournois 2018 et 2019) et l’installation d’un toit rétractable (pour le 2020). Côté est, les équipes de VINCI Construction France, en charge des travaux du Nouveau Roland-Garros, forent le sol pour couler une trentaine de pieux en béton armé de 19 mètres de profondeur. Côté ouest, ce sont deux murs de soutènement qui sont construits en sous-sol, de part et d’autre de la tribune Borotra. Le bâtiment de l’organisation, qui trône à présent le long de l’avenue de la porte d’Auteuil, adopte peu à peu son aspect définitif. Les façades s’apprêtent à être recouvertes, durant l’automne, d’un rideau de verre, de 50 mètres de long sur 8 de haut. Ce dernier doit garantir tranquillité et visibilité sur le stade, aux hôtes du Village. Á l’intérieur, les aménagements des espaces publics et des nombreux locaux techniques se profilent. Les sous-sols accueilleront les 400 arbitres et les 250 ramasseurs de balles du tournoi. Au pied de ce nouveau bâtiment, trois des six courts ont été détruits, pour laisser place à deux nouveaux courts (7 et 9) qui seront opérationnels lors de l’édition 2018. Au cours de l’automne, le court n°2, le « cimetière » tant apprécié par les spectateurs, est détruit (son voisin le court n°3 connaître le même sort après l’édition 2020).

destruction court n°2

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Lors de l’édition 2018 du tournoi, une aire de stockage pour le matériel sera temporairement installé derrière un haut mur, recouvert de terre battue.

À la même période, sur le court Suzanne-Lenglen, les travaux d’étanchéité touchent à leur fin. L’ensemble des sièges ont été retirés pour être remplacés, par des nouveaux, en bois. Sur le terrain, la terre battue a laissé place, depuis un moment, à de la ferraille, des coffrages, une bétonnière… Le court connaît quelques modifications. Avec notamment un recul, entre les bâches et la ligne de fond de court, un peu plus important. En tribune, les loges sont repensées, tout comme les sous-sols. Le couloir, aussi appelé la galerie très empruntée en période de tournoi, a été rénové. Un nouveau sol souple gris foncé, des murs blancs, sur lesquels prendront place bientôt 14 photographies d’art en format paysage illustrant les champions du tournoi, des plafonds métal blanc avec des accents de couleur terre battue aux abords des vestiaires et de l’accès au court, sont en cours d’installation. Un court qui accueillera également en 2024 les épreuves de boxe, lors des Jeux olympiques. Le 22 novembre 2017, le Conseil de Paris adopte le vœu de nommer le court, semi-enterré, du jardin des serres d’Auteuil, court Simonne-Mathieu, en hommage à cette grande championne (lauréate de Roland-Garros en 1938 et 1939) connue pour sa ténacité et son rôle au sein de la résistante. En fin d’année 2017, les éléments en béton de l’architecture de ce court sont terminés. Les armatures métalliques des serres qui l’encercleront sont posées peu à peu. Lors des mois à venir la pose de l’enveloppe verrière des serres, clin d’œil architectural à l’œuvre de Jean-Camille Formigé, est programmée. L’année 2018 se profile. Une année durant laquelle le Nouveau Roland-Garros, s’apprête à un peu plus prendre forme.


La balle au bond

Malgré une météo capricieuse, les travaux se poursuivent sans relâche au sein du triangle historique et sur le court Simonne-Mathieu. L’année 2018 débute par la livraison du bâtiment de l’organisation et du village, ainsi que des courts 7 et 9. Sur ces terrains, les équipes techniques de la FFT ont pris possession des deux fonds de courts pour préparer les différentes couches nécessaires à la réalisation de la surface en terre battue. Derrière le court Suzanne-Lenglen, le court 14, de 2 200 places, nommé 18 temporairement, et ses locaux logistiques aménagés en sous-sol (vestiaires, zone de repos et sanitaires des quelque 1 000 hôtesses et contrôleurs) et le nouveau bâtiment d’accueil du Fonds des Princes sont terminés, malgré les intempéries de l’hiver. Les gradins de ce court sont posés. Tout près de là, le pavillon d’accueil s’équipe de façades et de charpentes métalliques. De l’autre côté de l’avenue Gordon-Bennett, début février, la pose de l’enveloppe verrière des serres du court Simonne-Mathieu débute. Dans l’allée de l’Orangerie, les bâtiments en meulière sont désormais rénovés. À l’extérieur, les pavés et voiries sont en cours d’aménagement. À l’intérieur, les ouvriers s’affairent au coulage du béton ciré, avant de s’occuper de la pose des luminaires. À moins de trois mois des Internationaux de France, le compte à rebours est lancé. L’aménagement du « Village » débute. C’est l’agence W qui en assure la direction artistique avec comme récit, « le jardin Bleu- Blanc-Terre. La luminosité et la transparence (bleu), l’intemporalité du style, l’art de vivre à la française et le confort (blanc), et l’authenticité des matériaux (terre) ont ainsi été privilégiés pour premiumiser et conforter la marque Roland-Garros ». Le « Village » est à présent un écrin architectural vaste, ouvert, lumineux et élégant, qui se compose en particulier d’un large espace extérieur dédié aux 16 partenaires et leurs invités privilégiés. Chaque partenaire a son propre salon aménagé avec terrasse privée et pour certains, une vue sur les courts. Une zone muséographique est aussi dédiée sur le grand mur. Au début du printemps, le court Suzanne-Lenglen est équipé de ses nouveaux sièges. Fabriqués en bois de châtaignier, issus des forêts des Vosges, « ils donnent aux tribunes une toute nouvelle allure. À la fois authentiques, avec leur matière brute et naturelle, et élégants, de par leur design et leur blondeur, ces nouveaux sièges confèrent un caractère singulier aux courts et constituent, ainsi un marqueur fort de l’identité de Roland-Garros. » Ces derniers seront également installés sur le nouveau court Philippe-Chatrier et le court Simonne-Mathieu dès 2019. Sur les courts 7 et 9 les joueurs professionnels français testent ces terrains. Les boutiques et stands aménagés sous les tribunes pérennes, de 1 500 et 550 places, sont peu à peu approvisionnés.


 


En lieu et place du court n°10, l’espace Détente est monté, où les spectateurs auront l’opportunité de s’accorder une pause-café au Bar de l’un des partenaires du tournoi. En parallèle à tout cela, l’univers et l’ambiance de « Roland » se réinventent par l’aménagement d’une nouvelle signalétique et de « tout ce qui va permettre la reconnaissance de la signature Roland-Garros». Concernant le court Simonne-Mathieu, les trois-quarts des serres sont posés. Les sous-sols de stockage zone ouest et zone sud à destination de la Direction des Espaces verts et de l’Environnement sont livrés. Il ne manque plus aux quatre tribunes leurs 5 000 sièges en bois clair et ses quatre serres en verre et leurs plantes. Le démontage de la base vie et de l’espace de détente des ouvriers est prévu pour le mois de mai. Un court que les spectateurs découvriront lors de l’édition 2019. Sur la toile, le site Internet officiel du tournoi connaît une refonte, tout comme son application, sans l’appui d’IBM. Pour la première fois depuis 1985, la firme américaine ne sera pas le partenaire technologique du tournoi. En 2018, pour la première fois dans l’histoire du tournoi, toutes les compétitions et tous les matches seront produits par la Fédération française de tennis durant les trois semaines de compétition. Au total, 836 matchs (les 196 matchs qualificatifs et les 640 matchs du tableau principal) seront disponibles pour tous les diffuseurs. Le 15 avril 2018, les travaux sont suspendus. « Après, on va tout reboucher, on plante, on ficelle un joli paquet cadeau et on livre le tournoi » déclare Gilles Jourdan sur www.lefigaro.fr. Le 24 mai 2018, la FFT publie un communiqué de presse au sujet de la modernisation du stade, à nouveau validée par la justice. « Après le Conseil d’État, le tribunal de grande instance de Paris et le tribunal administratif de Paris, la Cour Administrative d’Appel de Paris vient à son tour de donner à nouveau raison à la Fédération française de tennis sur la modernisation de Roland-Garros. La FFT se félicite de cette excellente décision qui vient confirmer une fois de plus le bien la légalité et le bien-fondé du projet de modernisation du Stade Roland-Garros qu’elle a initié depuis plusieurs années. En écartant la totalité des moyens d’illégalité soulevés par les opposants à ce projet, la Cour consacre à nouveau la légalité des permis de construire de ce projet crucial pour l’avenir du tournoi de Roland-Garros, du tennis français et des Jeux olympiques et Paralympiques de 2024. Elle rappelle que ce projet de modernisation du stade a toujours été mené par la FFT dans la plus grande concertation en tenant compte des enjeux patrimoniaux, environnementaux et écologiques. » Le même jour, c’est depuis l’Orangerie que le tirage au sort, new look, de l’édition 2018 est effectué à 19 h. Après ce tirage au sort, le Village de Roland-Garros est inauguré par Mme Anne Hidalgo, Maire de Paris et M Bernard Giudicelli, Président de la FFT et en présence des tenants du titre Jelena Ostapenko et Rafael Nadal. D’un projet voté lors de l’assemblée générale de la FFT en février 2011, le Nouveau Roland-Garros, d’un budget de 370 millions d’euros, qui devrait être terminé pour 2021, est à présent une réalité. Passant à 11,16 hectares le temps du tournoi, le stade des Mousquetaires a beaucoup changé, et s’apprête à l’être encore un peu plus l’an prochain. Dès la fin de l’édition 2018 du tournoi, le court central sera détruit à 80%. Puis reconstruit, pour être livré en 2019 et doté d’un toit rétractable en 2020, opérationnel en 2021. Après ces vagues successives de travaux, le Nouveau Roland-Garros passera de vingt à dix-huit courts pour offrir, nous dit-on, plus d’espace et de confort aux joueurs, aux spectateurs, aux médias, aux partenaires… Comme aimait rappeler Philippe Chatrier (Président de la FFT de 1972 à 1993) : « Les Internationnaux de France ne peuvent pas et ne doivent pas s’arrêter en chemin, si bon soit-il. L’émulation entre les tournois du Grand Chelem est amicale et stimulante, mais elle oblige à aller de l’avant.» Après bien des obstacles, des retards et des tourments, le stade Roland-Garros, créé pour quatre hommes, les Mousquetaires, sous l’impulsion d’Emile Lesieur et Pierre Gilou, est reparti de l’avant, l’année de ses 90 ans.

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