Jannik Sinner : «J’ai eu de la chance»
24 janvier 2026Samedi, au troisième tour de l’Open d’Australie, Jannik Sinner a eu très chaud. En difficulté face à la chaleur, le double tenant du titre est parvenu, après une interruption, à retrouver un second souffle pour battre l’Américain Eliot Spizzirri en quatre sets (4-6, 6-3, 6-4, 6-4).
Vous avez réussi, non sans mal, à remporter votre troisième tour malgré de grandes difficultés à gérer la forte chaleur. Comment vous en êtes-vous sorti ?
J’ai commencé à avoir des crampes au troisième set. Je connais un peu mieux mon corps maintenant, avec plus d’expérience aussi, j’essaie de gérer certaines situations un peu mieux. Mais oui, j’ai eu de la chance avec la “heat rule” et le déploiement du toit. J’ai eu un petit peu de temps à ce moment-là, ça m’a aidé, j’ai pu me relâcher. J’ai aussi changé un peu la manière de jouer certains points. Ça m’a aidé, c’est sûr.
Quand vous étiez diminué, comment vous êtes-vous adapté techniquement ? Il y a une stratégie ou uniquement de l’instinct ?
Il y avait une stratégie. J’ai essayé de placer la balle en pensant toujours au coup suivant. En temps normal, je peux avoir tendance à être davantage à l’instinct, dans “un coup et ensuite on voit”. Aujourd’hui, j’étais plutôt dans “je la mets là parce que je veux qu’elle revienne de ce côté-là”, et donc à un certain moment, j’ai beaucoup moins bougé. Ça m’a aidé.
Mentalement, à quoi pensiez-vous ?
J’ai essayé de rester le plus calme possible, je sais à quel point un match en trois sets gagnants peut être long. Et j’ai été dans sa situation, ce n’est pas évident pour lui non plus quand tu vois l’adversaire en difficulté. J’ai aussi essayé de changer un peu mon point de vue. J’ai aussi l’expérience (du Masters 1000) de Shanghai (ndlr : abandon au troisième tour début octobre 2025, en raison de la chaleur), où je ne voyais aucune issue. Aujourd’hui, j’ai essayé de gérer la situation d’une manière très différente.
Contrairement à Shanghai, vous étiez cette fois en Grand Chelem, avec des enjeux différents…
Oui, absolument. Deux semaines, c’est long. Beaucoup de choses peuvent arriver, et durant la première semaine, tu ne gagnes pas le tournoi, tu peux seulement le perdre. Parfois, tu dois juste essayer de survivre. Aujourd’hui (samedi), j’ai survécu, et pour le prochain match (contre Luciano Darderi), on verra comment ça se passe. J’essaierai d’élever un peu le niveau si j’y arrive, sinon la seule solution que j’ai est de redonner encore tout ce que j’ai, comme je l’ai fait aujourd’hui. Si ça suffit, tant mieux. Si ça ne suffit pas, j’aurai quand même tout donné, donc je partirai sans regrets.
Ce n’est pas la première fois que vous souffrez de la chaleur. Qu’avez-vous fait pendant la pré-saison pour essayer d’y remédier, ou du moins pour vous y adapter ?
Ça fait maintenant deux années de suite qu’on va à Dubaï avec mon équipe pendant la pré-saison pour cette raison précise. Même si cette année, il ne faisait pas aussi chaud que l’an dernier. Mais je pense aussi que parfois, il n’y a pas de véritable explication. Par exemple, cette nuit, je n’ai pas dormi comme je l’aurais voulu. La qualité du sommeil n’était pas parfaite. Peut-être que c’était ça, peut-être pas. Je connais un peu mieux mon corps maintenant, j’espère que ça disparaîtra progressivement.
En tant que personne rousse, à la peau pâle, n’est-ce pas quelque chose dont vous souffrirez quoi qu’il arrive ?
Honnêtement, je ne sais pas. Je l’avais dit avant le début du tournoi, physiquement je me sens bien. Mentalement aussi. La seule chose que tu peux faire parfois, c’est te battre. C’est sûr que c’est un domaine où j’aimerais beaucoup m’améliorer. J’y travaille avec mon équipe. Mais en même temps, chaque joueur a ses petits problèmes. Peut-être que celui-ci est le mien. Je ne sais pas. Mais c’est sûr qu’il y a une marge de progression.
Vous dîtes avoir eu de la chance. C’était déjà le cas l’an passé, quand le filet avait cédé quand vous étiez en difficulté face à Holger Rune. Avez-vous peur que cette chance finisse par tourner ?
Ça, je ne sais pas. Je suis quelqu’un qui essaie de mettre le tennis au plus haut niveau de priorité. Au fond de moi, je sais à quel point je travaille. Je me sens bien préparé, même si certains problèmes peuvent potentiellement arriver sur le court. Bien sûr, il y aura des jours où je ne trouverai pas de solution. Ce n’est pas comme si tout allait toujours dans mon sens. Mais avec un état d’esprit positif, c’est sûr que davantage de choses positives peuvent arriver. Si tu entres sur le court en pensant de manière négative, c’est comme ça que les choses négatives arrivent. J’essaie de rester calme même dans un moment comme celui-ci.
Que s’est-il passé pendant ces huit minutes d’interruption, durant la fermeture du toit rétractable. Qu’avez-vous fait ?
Rien. J’étais seul. Il n’y a eu aucun soin, ce n’est pas autorisé à ce moment-là. Donc je me suis étiré. Je me suis allongé pendant quelques minutes, en essayant de détendre mes muscles et de faire baisser ma température corporelle. C’est tout. Il n’y a pas beaucoup d’autres choses à faire. Le temps est passé assez vite, mais ça m’a aidé, c’est sûr.
Propos recueillis par E-A
Photo Tennis Australia








