Holger Rune : «L’objectif n’était pas seulement de revenir, mais de revenir plus fort qu’auparavant»

Holger Rune : «L’objectif n’était pas seulement de revenir, mais de revenir plus fort qu’auparavant»

29 août 2026 Non Par SoTennis

Après une longue rééducation, suite à la rupture de son tendon d’Achille (gauche), en octobre 2025, Holger Rune entrevoit enfin son retour. Après avoir repoussé à plusieurs reprises l’échéance, le Danois a pour objectif de disputer, fin septembre, à domicile, la rencontre de Coupe Davis face à la Bulgarie. C’est avec authenticité que l’ex-nᵒ 4 mondial évoque comment il a traversé ses derniers mois et l’état d’esprit qui l’anime.

Depuis notre dernière conversation en février, comment se sont passées vos premières séances d’entraînement sur le court ? Avez-vous ressenti une émotion particulière en retrouvant le terrain, après tous les efforts fournis pour vous remettre de votre blessure ?

En février dernier, j’ai ressenti des émotions partagées au moment de retrouver le terrain. D’un côté, c’était formidable de pouvoir à nouveau jouer en prenant appui sur mes deux jambes, après quatre mois sans pouvoir y mettre tout mon poids ; de l’autre, c’était très frustrant de ne pas réussir à faire ce que j’attendais de moi-même ni ce dont j’étais capable avant la blessure. Il m’a fallu beaucoup de temps pour retrouver mon niveau et progresser à partir de là.

Vous aviez prévu votre retour pour la saison sur terre battue, puis pour celle sur gazon. Ensuite pour Cincinnati. Pourquoi avez-vous repoussé ce retour — en particulier celui de Cincinnati ? Comment vous sentiez-vous physiquement à ce moment-là ?

Je suis quelqu’un d’optimiste. Pourtant, je n’imaginais pas qu’il me faudrait autant de temps pour retrouver ma vitesse de déplacement. Un spécialiste de l’hôpital Aspetar de Doha est venu à Monaco pour travailler spécifiquement sur ma vitesse et mon explosivité ; grâce à cela, j’ai réalisé d’énormes progrès semaine après semaine. Malheureusement, cet entraînement intensif a fini par affecter mon genou, m’obligeant à interrompre le tennis pendant six semaines en avril. J’ai fait très attention à mon genou, peut-être même en le protégeant à l’excès, car je ne voulais pas subir une nouvelle blessure de longue durée. C’était une sage décision, puisque je n’ai plus aucun problème aujourd’hui, même si cela a représenté un sérieux contretemps en avril, alors que je n’avais pas joué depuis octobre de l’année précédente. Ce contretemps m’a privé de la saison sur terre battue et sur gazon. Aujourd’hui, mon corps va très bien — tant au niveau du tendon d’Achille que du genou — et j’ai hâte de disputer à nouveau des matchs, en commençant par la Coupe Davis au Danemark (face à la Bulgarie), fin septembre.

En quoi a consisté votre entraînement ces dernières semaines ? Quand avez-vous commencé à vous entraîner en conditions de match, et que pensez-vous de votre forme actuelle ?

J’ai commencé à jouer des points il y a quelques mois. Après une semaine de jeu, j’ai fait le point avec mon équipe sur les aspects physiques à améliorer ; la semaine suivante a été consacrée principalement au travail en salle pour corriger ce qui ne me convenait pas lors des échanges. J’ai enchaîné avec une nouvelle semaine de jeu et d’entraînement — en montant en gamme au niveau des partenaires — puis une semaine axée sur le renforcement physique. Ce n’est donc pas aussi simple que de dire : « Je joue des points et je suis prêt. » Il s’agit d’une blessure grave qui affecte tous les muscles entourant le tendon d’Achille et perturbe le rythme habituel des réflexes nerveux. J’ai donc beaucoup travaillé la coordination et les réflexes pour rétablir le bon fonctionnement de l’ensemble du système, ainsi que le renforcement musculaire. Je suis rapide maintenant. Plus rapide qu’avant. C’était d’ailleurs ce que j’avais convenu avec l’équipe : l’objectif n’était pas seulement de revenir, mais de revenir plus fort qu’auparavant.

Quand vous avez pu courir à nouveau à 100 %, avez-vous pensé à ce tendon d’Achille ?

Non, pas vraiment, car j’étais entouré d’excellents médecins et spécialistes en qui j’avais une confiance totale. Alors, quand le chirurgien m’a assuré que mon tendon d’Achille ne lâcherait plus, je me suis dit « OK, super » ; c’était pareil pour le genou : on m’a dit que ce n’était pas lui qui m’empêchait d’aller plus vite. Je me suis donc détendu et j’ai tout donné.

Pour votre retour à la compétition, vous jouerez avec une raquette Wilson. Pourquoi ce changement ? Pouvez-vous nous parler de vos échanges avec Wilson ?

J’ai joué avec des raquettes Babolat toute ma vie, mais il était temps, à bien des égards, de changer. J’en ai essayé beaucoup de différents modèles et, avec Wilson, j’ai trouvé ce petit « punch » supplémentaire à la frappe — y compris au service — tout en gagnant en stabilité depuis le fond de court ; je suis donc ravi de jouer avec la nouvelle Wilson Defyer. Les sensations sont vraiment excellentes. Et j’adore la couleur.

Quels sont vos objectifs pour les semaines à venir ?

Actuellement, je me concentre uniquement sur ma progression. Chaque jour, j’améliore quelque chose, et j’apprécie cette approche ainsi que le processus. Nous faisons désormais moins de travail physique et passons plus de temps sur le terrain, ce qui me plaît beaucoup. J’ai passé tellement de mois en salle de musculation que c’est un vrai bonheur de pouvoir passer plus de temps sur le court.

Vous vous êtes récemment entraîné avec Carlos Alcaraz pendant plusieurs jours. Qui a sollicité l’autre pour ces retrouvailles sur le court. Comment évaluez-vous votre niveau de jeu à la suite de cela ? Et le sien ?

Oui, c’était une excellente semaine. Comme je l’ai déjà dit, chaque fois que je consacre une semaine à faire des points, je profite de la semaine suivante pour améliorer ce qui n’était pas encore au point. J’avais besoin de me tester à un niveau supérieur ; j’ai donc contacté l’entraîneur de Carlos et nous avons convenu de cette semaine d’entraînement. Je pense que cela a été bénéfique pour nous deux. Il y a une énorme différence en termes de lourdeur de balle et de vitesse de jeu lorsqu’on affronte des joueurs de haut niveau, et je crois que ces frappes lourdes et ce rythme nous manquaient à tous les deux. Après cette semaine, j’ai travaillé sur de nouveaux aspects de mon jeu ; la semaine prochaine, je continuerai à faire des points et, ensuite, il sera temps de commencer pour de bon.

Si vous pouviez parler au Holger qui a été blessé à la fin de l’année dernière, que lui dirait le Holger d’aujourd’hui ?

« Ne tiens rien pour acquis. Tu es là, maintenant ; tu as le jeu et les qualités physiques nécessaires pour faire tout ce que tu veux sur un court de tennis. Ne perds pas ton temps avec des conneries. Lance-toi et fais-le, tout simplement. »

Propos recueillis par E-A
Photo Wilson