Arthur Fery: «Je reste dans ma bulle et je continue sur ma lancée»

Arthur Fery: «Je reste dans ma bulle et je continue sur ma lancée»

8 juillet 2026 Non Par SoTennis

L’aventure d’Arthur Fery à Wimbledon continue. Mercredi, sur le centre court le Britannique ; 114e mondial, a battu l’Italien Flavio Cobolli, tête de série n°9, en trois sets (6-4, 7-6 [4], 6-0) et s’est qualifié pour les demi-finales où il affrontera Alexander Zverev.

Avez-vous eu davantage l’impression de maîtriser la situation aujourd’hui ? Il est vrai que vous aviez dû remonter au score lors des deux derniers matchs.

Comme je l’ai dit sur le court, je ne me sentais pas forcément « à l’aise », mais j’avais un peu plus confiance en moi en affrontant un joueur que j’avais déjà rencontré sur un grand court (ndlr : il avait battu l’Italien cette année à l’Open d’Australie sur la Melbourne Arena). Tout au long du match, j’ai eu le sentiment que c’était très, très serré. Par moments, il servait vraiment bien. Mais j’avais l’impression d’avoir toujours une petite marge — pas vraiment de la marge de manœuvre, mais un léger avantage. J’ai réussi à remporter le deuxième set, ce qui était crucial, puis à conclure dans le troisième.

Lorsque vous étiez sur le point d’entrer sur le court central, que vous vous êtes retourné et que vous avez vu la Reine, comment avez-vous vécu ce moment ?

Nous nous préparions à entrer en piste lorsqu’elle est venue nous saluer ; elle s’est présentée à Flavio et à moi. C’est évidemment un honneur de jouer devant elle. Ce fut un plaisir de la rencontrer. Elle a également eu des mots très gentils à mon égard à la fin. Jouer devant des légendes du tennis et maintenant devant la Reine… c’est vraiment quelque chose de spécial.

Vous sembliez faire preuve d’une grande confiance en vous. Quel est votre état d’esprit à l’approche de la demi-finale de vendredi ?

C’est exactement ce que j’ai essayé de faire ces dix derniers jours. Croire en moi, donner le meilleur de moi-même à chaque match, me donner à 100 % et voir où cela me mènerait. Oui, surtout aujourd’hui, car je l’avais déjà battu en Australie ; je savais donc que j’en étais capable, et c’est ce que j’ai fait.

Peut-être est-ce moins une surprise pour vous que pour les autres ?

Pour le match d’aujourd’hui, peut-être. J’étais nerveux, car même si je disputais mon premier quart de finale en Grand Chelem, je sentais que je pouvais vraiment battre mon adversaire du jour. Mais sinon, plus globalement, non, pas vraiment.

Nous vous avions questionné, en début de tournoi, sur le fait d’être le dernier Britannique en lice. Vous aviez alors laissé entendre que cela n’avait pas vraiment d’importance à vos yeux. C’était au troisième tour. Mais se retrouver en demi-finale, c’est bien différent. Commencez-vous à prendre la mesure de la portée nationale de ce parcours, alors que vous portez les espoirs de tout un pays ?

Oui, je commence à le ressentir. Ça ne fera que grandir à mesure que j’enchaînerai les victoires. En même temps, c’est une bonne chose de ne pas avoir deux semaines d’attente avant mon prochain match. Ils s’enchaînent rapidement. C’est donc positif, dans un sens. Je ne regarde pas trop les réseaux sociaux ; je reste dans ma bulle et je continue sur ma lancée.

On a évoqué sur le court l’exploit réalisé ici par Goran Ivanisevic (en 2001), qui a lui aussi bénéficié d’une invitation. Connaissez-vous son histoire ou l’avez-vous déjà rencontré ?

Non, je ne l’ai jamais rencontré. Oui, je savais déjà qu’il était le seul joueur invité à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem. C’est évidemment une histoire incroyable. J’ai déjà regardé les temps forts de la finale. Je ne vais pas trop spéculer ni essayer d’imaginer ce que cela pourrait donner. Je préfère me concentrer sur mon match de vendredi, et on verra bien la suite.

Vous avez aussi beaucoup parlé de vos racines françaises. Êtes-vous conscient de l’engouement que vous suscitez en France ? Avez-vous reçu des messages ?

J’ai des liens avec la France. Ma famille, mes parents, mes cousins, des amis de la famille, des amis. Je reçois aussi beaucoup de soutien de là-bas. Mais bon, je ne suis pas trop l’actualité et je ne me focalise pas là-dessus. Évidemment, je joue pour la Grande-Bretagne. En étant ici à Londres, je ressens vraiment davantage le soutien du public britannique.

Le tennis universitaire que vous avez fait à Stanford, quel impact pensez-vous que cette expérience a eu sur vous ? Sur le plan français, à quel point vous sentez-vous culturellement français ?

Oui, Stanford a été une expérience formidable. J’y suis allé à 18 ans. Je n’étais pas forcément prêt à me lancer directement dans les tournois professionnels. D’ailleurs, on le voit de plus en plus aujourd’hui : beaucoup de jeunes joueurs de haut niveau partent aux États-Unis. Oui, j’y ai passé trois ans. Cela m’a laissé le temps de mûrir. Je m’y suis fait de très bons amis. J’ai pu poursuivre mes études tout en ayant d’excellents entraîneurs. Paul Goldstein était là aujourd’hui, d’ailleurs ; il a fait le déplacement. J’ai pu compter sur son soutien, ce qui était génial. Oui, c’était vraiment l’endroit idéal pour moi. Cela m’a permis de concilier études et tennis.
Quant à mon côté français… honnêtement, je le ressens de moins en moins. Cela fait longtemps que je vis ici. Si vous m’aviez posé la question il y a dix ans, j’aurais probablement dit que je me sentais plus français qu’anglais. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Oui, je me sens très britannique. Je vis ici, tous mes meilleurs amis sont ici, j’y ai fait mes études et je m’y entraîne. Évidemment, mes parents sont toujours français, donc je parle français avec ma famille et mes cousins qui vivent encore en France. Non, mes racines sont désormais profondément ancrées à Londres.

Vous avez dit qu’il fallait se concentrer sur le prochain match. Vous allez affronter l’un des plus grands serveurs au monde. En général, aimez-vous jouer contre de gros serveurs ? Comment trouvez-vous cela ?

Oui, j’ai été mené au score – pas aujourd’hui, mais lors des matchs précédents ; j’étais en difficulté et tout près de perdre. Mais j’ai réussi à rester dans le match, à bien me battre, à mettre la pression et à faire en sorte que ce soit à eux de gagner le match. Évidemment, j’ai le public derrière moi ici, ce qui est une aide précieuse, surtout sur le court central avec autant de monde qui me soutient. J’essaie de tirer parti du public dans les moments importants, histoire d’ajouter peut-être un peu de pression sur mes adversaires. J’essaierai de refaire la même chose vendredi, aux moments qui me sembleront opportuns.

Propos recueillis par E-A