Arthur Reymond, l’ode à la vie
28 mai 2026La vie d’Arthur Reymond aurait pu s’arrêter un jour de juillet 2023. Près de trois ans plus tard, le Toulousain de 27 ans s’apprête à disputer l’épreuve du double à Roland-Garros. L’histoire sensible, d’une renaissance.
Victime d’un grave accident de la route le 17 juillet 2023, la vie d’Arthur Reymond aurait très bien pu s’arrêter et avec sa carrière de joueur professionnel. Ce féru de bagnoles et de mobylettes a dû lutter pour revoir la lumière. « Quand vous m’en parlez, j’ai un peu la chair de poule. Je réalise que c’est complètement inespéré » nous avouait-il la semaine dernière, à Roland-Garros, à la sortie du court 11. Avant cette funeste journée, le Toulousain venait quelques jours plus tôt de remporter son premier Challenger en double, avec Pierre-Hugues Herbert, à Brunswick, en Allemagne. Alors qu’il devait enchaîner avec un tournoi en Finlande, l’impossibilité de trouver un billet d’avion pour s’y rendre, l’avait « contraint » de rentrer chez lui à Toulouse. Le lendemain de son arrivée, il proposait à son meilleur ami de se faire un resto, à Moissac. Son pote au volant de sa 4L, sobre et roulant prudemment, lui côté passager, avaient violemment percuté un autre véhicule, suite à un écart, après quelques minutes de route. Arthur Reymond perdait connaissance. Lorsqu’il parvenait à se réveiller, son œil gauche était dans le noir, le droit dans le flou. Alors que la survie était en jeu, l’enjeu de sa carrière venait d’abord furtivement à son esprit. À sa gauche, son ami bloquait sous le volant, agonisait. Ne parvenant pas à bouger ses jambes, ne voyant rien, le voile noir traînait autour d’eux. C’est heureusement des passants qui arrivaient à les extraire. À l’écart de l’asphalte, Arthur Reymond sentait l’épilogue se rapprocher. Transporté aux urgences de Montauban, les examens révélaient notamment un pied cassé pour son ami et pour lui un sévère traumatisme crânien. Sous perfusion, la peur de mourir était vive. Au bout de quelques heures, Arthur sortait de ces urgences sur un fauteuil roulant avec la jambe gauche qui avait été plâtrée. En une semaine, où le sommeil tout comme l’appétit s’étaient échappés, il perdait dix kilos.
Après un passage chez un chirurgien à Toulouse et une rééducation au CERS (Centre Européen de Rééducation du Sportif ) de Capbreton (Landes), au bout de sept mois, courir n’était pas envisageable, alors poursuivre sa carrière l’était encore moins. Lui, en vagabond des tournois Futures, aux trop souvent sinistres conditions, voulait juste profiter de sa famille et l’idée de tout stopper avait déjà fait son chemin. En février 2024, Sadio Doumbia et Fabien Reboul, ses « meilleurs potes sur le circuit » l’avaient invité à les accompagner lors de l’ATP 250 de Montpellier. Cette semaine, avec ses amis, la flamme s’était ravivée. C’est en avril 2024 qu’il effectuait son retour en simple, mais s’était fait sortir lors d’un tournoi en Turquie par le 1600e mondial. La semaine suivante, il enregistrait sa première victoire depuis l’accident. Après être remonté dans le Top 500, la limite pécuniaire venait compliquer la suite. Sans argent, déficitaire à jouer les Futures, douloureux au niveau de son pied gauche (touché lors de l’accident), en juillet 2025 Arthur Reymond décidait de se concentrer sur le double, avec comme partenaire le joueur français Luca Sanchez. « Depuis que je joue le double, vu que j’ai un meilleur niveau (ndlr : 88e mondial cette semaine) que j’avais en simple, financièrement, ça n’a rien à voir, analyse-t-il. C’est beaucoup mieux. J’ai tellement galéré en Futures que, quand j’arrive sur des tournois ATP et (évidemment) les Grands Chelems, je ne peux pas me plaindre. Quand je vois ma famille, ce qu’ils mettent pour gagner l’argent que je vais gagner cette semaine, à nouveau, je ne peux pas me plaindre. Le tennis est un sport très élitiste. Même si les joueurs qui disputent les qualifs des Grands Chelems arrivent à gagner leur vie, c’est vrai qu’on pourrait peut-être progresser là-dessus, sur les Futures et les Challengers, mettre un peu plus d’argent pour que des mecs qui sont 400e mondial, qui jouent très bien au tennis, puissent vivre de leur métier et de leur passion. » Détenteur d’une wild-card pour disputer le double à Roland-Garros, le gaucher mesure le chemin parcouru pour fouler pour la première fois l’ocre parisien.
Arthur Reymond et Luca Shanchez lors de la finale du Challenger 175 de Bordeaux le 17 mai 2026 / ©SoTennis
« C’était mon rêve de gosse. Le fait de pouvoir le réaliser, c’est incroyable. Surtout après ce qu’il s’est passé, où j’avais abandonné l’idée de le jouer un jour. Donc, c’est incroyable. Après, je ne m’arrête pas là. Maintenant, j’ai envie de cocher la case vainqueur dans ce tournoi. Donc, pour les prochaines années, on va (avec Luca) tout donner pour le faire (ndlr : la paire Reymond / Sanchez reste sur une finale au récent tournoi Challenger ATP 175 de Bordeaux). Si j’y parviens, je pense que je verrai toutes les images de ces trois dernières années et aussi tout le chemin que j’ai fait, avec ma famille, tous les sacrifices qu’il y a eu. » Arthur Reymond semble avoir accepté cette épreuve de la vie, pour l’intégrer à sa matrice et cohabiter avec. Là où réside la résilience. Même si comparaison n’est pas raison, que représente sauver une balle de break ou de match, lorsqu’on a failli perdre la vie ? Lui seul connaît la réponse à ce questionnement.
Propos recueillis par E-A à Roland-Garros








