L’héritage des Mousquetaires

9 septembre 2017 Non Par SoTennis

En 1927, la France remportait à Philadelphie la Coupe Davis, pour la première fois de son histoire. Cette prestigieuse victoire est avant tout le fruit de l’amitié, et de l’incroyable talent de quatre hommes, surnommés les Mousquetaires. Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste, ont permis grâce à ce sacre, de voir naître le stade Roland-Garros, spécialement érigé pour accueillir dès 1928, une nouvelle rencontre France-USA. Soit le début d’une fantastique aventure, pour le tennis français.

Rene Lacoste Henri Cochet Pierre Gillou Jacques Brugnon Jean Borotra ©Rue des archives -Tallandier

Rene Lacoste Henri Cochet Pierre Gillou Jacques Brugnon Jean Borotra ©Rue des archives -Tallandier

La Coupe Davis, est sans doute l’une des rares épreuves permettant aux joueurs de tennis, de rompre avec l’individualité de leur sport. Cette compétition qui est née en 1900 de l’esprit de l’Américain Dwight Davis, a su, jusqu’à présent, parfaitement traverser les décennies. À l’époque, cet étudiant âgé de 25 ans décide d’organiser une compétition de tennis par équipes, sous un format de quatre simples et un double. L’équipe remportant au moins trois des confrontations, remporte la rencontre. Lors de la toute première édition, l’équipe américaine emmenée par Dwight Davis, soulève le trophée imaginé par Shreve Crump & Low, un argentier de Boston. Il faut attendre 1904 pour voir l’équipe de France de Max Decugis, se lancer dans l’aventure, qui se solde par une défaite (3 points à 2) contre la Belgique. Après une série de défaites, c’est en 1923 que l’équipe des futurs « Mousquetaires » est formée pour la première fois. Le 10 septembre 1927, ils écrivent à Philadelphie la plus glorieuse page du tennis français. Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste sont de nouveau tous réunis. Contre les États-Unis, la France s’impose 3 points à 2. La légende des Mousquetaires est née.Un nom donné par Paul Champ, un journaliste voyant la cohésion des quatre hommes les a appelés de la sorte.

Un stade à construire

À peine le saladier d’argent soulevé, une question vient rapidement occuper tous les esprits. Comment et où organiser la prochaine rencontre, qui doit avoir lieu en France ? Quelques alternatives existent à Paris, mais ne sont pas satisfaisantes comme l’exprime René Lacoste : « Au Racing, les conditions sont médiocres. Au stade Français, c’est mieux, même si le cadre est merveilleux, les installations sont tout aussi provisoires. » L’idée de construire un stade, émerge rapidement, et ce, en seulement neuf mois. Par chance, la concession du stade Jean-Bouin prend fin. D’une superficie de 3,25 ha, le terrain est situé en bordure du bois de Boulogne, proche de la porte d’Auteuil. Après la consultation des différents dossiers, d’autres fédérations et promoteurs, la Ville de Paris choisie finalement le projet porté par Pierre Gilou, le capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, et président du racing-club de France, et Émile Lesieur, qui est à la tête du Stade Français. Ce dernier prévoit notamment la construction d’un stade de 10 000 places et pouvant accueillir les championnats internationaux de tennis, et les rencontres de Coupe Davis. Une seule condition est posée par Émile Lessieur, que le futur stade porte le nom de Roland Garros, son ancien ami stadiste, joueur de tennis occasionnel, et héros de l’aéronautique, mort pour la France en combat aérien en 1918.

Plan du court central en 1929 ©Tennis et Golf

Plan du court central en 1929 ©Tennis et Golf

Du style

Dès lors, une course contre la montre est engagée. Après un appel d’offres, les plans de Bérard Bouzou Lhuillier sont retenus. Mais le budget alloué aux travaux ne permet pas de les réaliser. C’est finalement Louis Faure-Dujarric qui reprend le flambeau, lui qui a conçu le stade de Colombes des olympiades de Paris en 1924. La structure se compose de quatre tribunes, dont deux (la B et C) comprenant des loges et les autres (A et D) uniquement de gradins. De style Art déco, le style des installations est souligné par les croix de Saint-André. Côté court, c’est Charles Bouhana qui est en charge de préparer les terrains du nouveau stade. Pour stabiliser le sous-sol des courts, il ajoute une couche de pierres servant aussi de filtre, puis applique une couche épaisse de gravillons, puis deux de mâchefer, et de calcaire. Charles Bouhana ajoute à tout cela une couche de brique pilée, issue de sa briqueterie, qui donne la couleur ocre au court, et qui sert à augmenter le confort des joueurs dans leurs appuis, et glissades. Le stade Roland-Garros est inauguré le 18 mai 1928. La saison tennistique démarre par une confrontation opposante les équipes féminines française et britannique. Les premières à fouler le court central et Madame Lafaurie et Miss Bennett.

Construction du court central ©Keystone-Eyeda

Construction du court central ©Keystone-Eyeda

L’héritage des Mousquetaires

Le 27 juillet 1928, la finale de la Coupe Davis se tient à Roland-Garros. Le tout-paris se presse aux grilles du stade. À 14 heures, l’Américain William Tilden et René Lacoste rentre sur le court. Le Frenchie s’incline en cinq sets (1/6, 6/4, 6/4, 2/6, 6/3). Le 31 juillet 1928 les Mousquetaires sortent vainqueurs de leurs duels face aux Américains, et conserve ainsi leur titre, et offrent la garantie au stade Roland-Garros d’accueillir une nouvelle rencontre de Coupe Davis dès l’année d’après, et de voir évoluer ses installations. Une chose faite de 1928 à 1933. En près de 90 ans le stade Roland-Garros a beaucoup changé, mais sans la réussite, l’engagement des Mousquetaires, rien de cela pourrait être observé aujourd’hui. L’équipe de France de Coupe Davis, avait fait son retour dans son jardin en 2002 et en 2014, à l’occasion de deux demi-finales. Les ombres de Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste, avaient alors plané sur le court central. L’occasion nous en avait été donnée, de les remercier de nouveau, pour ce fantastique héritage, et ce magnifique écrin, qu’est le stade Roland-Garros, qui s’apprête à débuter une nouvelle ère.

E-A