Stefanos Tsitsipas : «J’adore ce jeu»

Stefanos Tsitsipas : «J’adore ce jeu»

29 juin 2026 Non Par SoTennis

Stefanos Tsitsipas, 88e mondial, s’est qualifié pour le deuxième tour à Wimbledon, où il pourrait retrouver Novak Djokovic, tête de série n°7. Lundi, sur le court 16, le Grec a battu Hugo Gaston, issu des qualifications, en trois sets (6-1, 6-4, 6-2).

En abordant cette journée, aviez-vous quelque chose à prouver avec cette victoire ? Surtout compte tenu de la nouvelle tombée hier concernant la fin de votre collaboration avec votre père ?

Pour commencer, je dirais que mon niveau de jeu de ces deux dernières années me manque. Aujourd’hui, sur le court, je repensais aux grandes batailles que j’avais livrées à Wimbledon par le passé. Quel que soit le résultat, j’ai toujours abordé ce tournoi avec beaucoup de détermination et un grand amour pour le gazon, en donnant le meilleur de moi-même à chaque fois. Le match d’aujourd’hui m’a rappelé, sur le plan mental, mes débuts à Wimbledon — à l’époque des juniors, quand je cherchais à aller le plus loin possible. J’ai produit un tennis de très grande qualité. J’ai essayé de renouer avec certaines de mes qualités ainsi qu’avec ma façon de penser et d’agir par le passé, pour ensuite les appliquer de manière structurée et maîtrisée lors du match d’aujourd’hui (lundi). Je vais donc continuer dans cette voie et voir où cela me mènera.

Y a-t-il un aspect particulier à cela ? Quel est l’axe prioritaire le plus important ?

Pour moi, la qualité de mes retours et de mon service est primordiale. Ce sont les coups qui lancent l’échange. Lorsque je suis solide sur le retour et performant sur ma première balle, j’ai le sentiment que les opportunités se présentent naturellement. Je suis en confiance pour lâcher mon coup droit dans les moments importants ou décisifs. J’ai tendance à jouer mes coups sans trop hésiter. Mon jeu repose donc sur l’attaque et la prise de risques, tout en cherchant à rester intelligent ; je ne veux pas me contenter de frapper fort sans réfléchir. À mon sens, c’est un bon équilibre entre tous ces aspects.

Au cours de ce parcours, vous avez connu de grandes victoires, mais aussi des défaites vraiment déchirantes. Comment vous procédez pour retrouver votre résilience et passer à la semaine suivante. Y a-t-il quelque chose de particulier que vous faites pour réussir à vous lever le lendemain et reprendre votre raquette ?

Mon amour pour ce sport. J’adore ce jeu. Vous savez, j’ai traversé des moments difficiles à cause de blessures totalement imprévisibles. Pour être honnête, quand j’étais tout petit, je n’aurais jamais imaginé devoir affronter des blessures qui allaient bouleverser ma vie, des blessures qui m’ont fait beaucoup souffrir. J’ai dû subir des opérations et j’ai été hospitalisé à plusieurs reprises. Cela fait partie du parcours. J’ai accepté le fait que je ne suis pas un cas isolé ; d’autres ont vécu la même chose. À un moment donné, j’ai eu l’impression de perdre un peu le fil, de m’égarer. Si j’évoque tout cela aujourd’hui, ce n’est pas tant pour faire le bilan, mais plutôt parce que je réfléchis à ce qui s’est passé ces dernières années. J’ai le sentiment d’avoir constamment cherché à faire évoluer et à améliorer mon jeu. Mais parfois, j’ai l’impression que certains aspects ne correspondent pas à ma personnalité. Ce n’est tout simplement pas moi. Même si mes entraîneurs ou mon entourage m’encouragent à suivre une autre voie — une évolution positive qu’ils jugent importante pour moi — l’adaptation prend du temps. Et vous savez, la carrière sur le circuit est courte ; les tournois s’enchaînent sans répit. Sans oublier la pression : nous savons tous qu’elle a engendré de l’anxiété et du stress par le passé, et tout cela a pesé très lourd sur mes épaules. Pour en revenir à votre question, je pense que tout repose sur le plaisir de jouer, sans chercher à savoir trop tôt si la victoire sera au rendez-vous. Il s’agit simplement de se concentrer sur chaque match que l’on a la chance de disputer.

S’agit-il avant tout du processus lui-même, plutôt que du plaisir qu’on en retire ? Concernant les blessures, je sais que vous avez souffert de problèmes de dos importants. Est-ce un souci qui risque encore de se réveiller de temps à autre, ou le problème est-il définitivement réglé pour la suite ?

Ce n’est plus un problème ; c’est réglé depuis longtemps maintenant. Le plus appréciable, c’est de ne plus avoir à me demander chaque matin si je vais pouvoir jouer sans ressentir de douleur. C’était le cas l’année dernière : il n’y avait pas un seul jour où je me réveillais en étant sûr à 100 % de pouvoir tenir le coup, ou de réussir à aller au bout d’un tournoi compte tenu de mon état physique. Je me sens parfaitement bien depuis quelques mois. Au vu de mon niveau de jeu par moments et des belles victoires remportées cette année, je peux enfin affirmer avec confiance que je suis capable d’atteindre à nouveau des finales et d’aller loin dans les grands tournois, car ce problème de dos a disparu.

Quelques joueurs ont glissé sur les courts aujourd’hui. Vous avez toujours eu une approche très naturelle, en plongeant ou en sautant sur cette surface. À votre avis, dans quelle mesure cela relève-t-il de l’inné ou de l’instinct pour un joueur comme vous, et dans quelle mesure cela provient-il de l’entraînement et de l’apprentissage des déplacements sur cette surface ?

Nous n’avons pas de courts en gazon en Grèce. Il n’y en a aucun. Parfois, j’aimerais être Australien. J’ai grandi en jouant sur terre battue. Je me souviens de la première fois où j’ai foulé un court en gazon ; c’était probablement à 16 ans, lors du tournoi junior de Wimbledon. C’était une expérience fascinante pour moi de jouer sur une surface que je n’aurais jamais imaginé pratiquer, et à un niveau aussi élevé. Mais me voilà aujourd’hui à m’entraîner et à disputer des compétitions sur le gazon, réalisant mon rêve de jouer à Wimbledon. J’entretiens un bon rapport avec le gazon. Certes, je n’ai pas obtenu de résultats exceptionnels à Wimbledon — je n’ai atteint ni demi-finale ni quart de finale, par exemple. Mon meilleur parcours s’est arrêté en huitièmes de finale. Pourtant, j’ai toujours eu une bonne affinité avec cette surface. Je sais que certains en parlent de manière négative. Moi, j’y vois un nouveau défi, et je pense que le tennis a besoin de défis. Il en faut pour avancer dans la vie. Dans mon sport, pour certains, ce défi prend la forme du gazon. Je considère cela comme une petite aventure intéressante à explorer, et je pense que mon jeu s’adapte très bien à cette surface. Il y a une vraie alchimie entre mon style de jeu et ce que j’essaie de produire sur le court. Et pour ce qui est de la surface, je trouve que l’alliance est parfaite.

À quel point est-il important, lorsqu’on s’initie au jeu sur gazon, d’apprendre à glisser et à tomber sans s’en inquiéter ?

Il m’arrive de glisser sur le gazon. Je sais que ce n’est ni très orthodoxe ni conforme aux usages ; ce n’est pas quelque chose qui se fait habituellement. Mais bon, comme d’autres ont commencé à le faire et que c’est devenu une sorte de tendance, je les observe et je les imite (sourire). Par le passé, il m’est arrivé de plonger pour rattraper une balle. Ça fait un moment que je ne l’ai pas fait. C’est une sensation agréable de plonger et de réussir à atteindre une balle que personne d’autre n’aurait pu récupérer ; c’est encore mieux quand on finit par gagner le point. Cela fait quelque temps que ce n’est pas arrivé, mais je suis toujours prêt à me jeter sur la balle si la situation l’exige.

Propos recueillis par E-A à Wimbledon