Vasek Pospisil : «Il est temps d’arrêter que quelques personnes décident de tout»

Vasek Pospisil : «Il est temps d’arrêter que quelques personnes décident de tout»

9 août 2019 0 Par SoTennis

De retour à la compétition en juillet dernier, après une opération au dos, Vasek Pospisil, membre du Conseil des joueurs, est heureux d’avoir retrouvé sa place. Délesté de quelques kilos superflus, le Canadien, au franc-parler, est plus que jamais déterminé à ce que les joueurs soient mieux rémunérés. L’ex 25e mondial, à la parole prophétique, nous l’explique.

Quel a été votre processus pour être de retour à la compétition ?

Ce fut un long processus. Après le Masters 1000 de Paris-Bercy, en novembre dernier, je me suis « écouté », en tentant une rééducation de deux mois, mais les douleurs étaient identiques. J’ai donc subi une opération (du dos, après une hernie discale) en janvier dernier. Après cette opération, ce fut très long pour retrouver le chemin de l’entraînement. Il y a eu beaucoup de rééducation puis j’ai pu m’entraîner, physiquement et tennistiquement, sans douleur, durant deux mois, avant de renouer avec la compétition.

Durant cette période, quel a été votre état d’esprit ?

C’était évidemment difficile, car en tant que joueur de tennis professionnel, toute ma vie, c’est le tennis. Vous êtes dévoué au tennis. Lorsque j’étais enfant, j’ai rêvé de devenir pro. Une fois en dehors du court, il ne faut pas perdre néanmoins son identité ce qui est potentiellement possible. Durant cette période, j’ai été chanceux de pouvoir compter sur le soutien de mon manager mais aussi entrevoir certains investissements à venir pour ma vie d’après, comme par exemple l’immobilier. Ce fut une experience sympa de quatre mois qui m’a permis d’apprendre des choses et au final cela a été positif pour ma vie future.

Jouez-vous toujours de la guitare ?

J’ai commencé à jouer il y a quatre ans. Je jouais quasiment tous les jours. J’ai été très occupé ces trois derniers mois et je n’ai pas eu beaucoup de temps pour gratter un peu. C’est la première fois que cela m’arrive. Mais je vais m’y remettre (sourire).

Vous connaissez bien la France pour y être souvent venu. Quels sont vos souvenirs les plus vifs concernant ce pays ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs de ce pays. J’ai beaucoup joué en France lorsque j’étais junior, puis à Roland-Garros. J’ai également eu de 2013 à 2017 un entraîneur français, Frédéric Fontang. J’avais durant cette période une forte connexion avec la France. J’ai des bons souvenirs de ma finale en double à Bercy (ndlr : en 2015), j’ai aussi gagné un Challenger (ndlr : l’Open de Rennes en 2018). J’aime ce pays aussi du fait que je parle français, assez bien pour communiquer, mais pas assez bien pour écrire un livre (sourire). Donc c’est assez « facile » d’être en France et apprécier mon temps passé en France.

Vous êtes l’un des membres du conseil des joueurs. Que pensez-vous de la situation actuel du circuit ATP, dont le mandat de l’actuel président, Chris Kermode, n’a pas été reconduit?

J’ai toujours entendu les précédents joueurs membres de ce conseil des joueurs, parler de politique. Dans le sens oùcomment ce modèle, était difficile à comprendre et à comprendre sa gouvernance. De l’extérieur, on a l’impression que les joueurs sont en partenariat avec les tournois. En réalité, il n’en n’est rien d’un partenariat. Les joueurs ne font pas le poids face à ces tournois qui font ce qu’ils veulent. Ce à quoi j’aimerais qu’il y ait un changement, et ce, à quoi je travaille pour, c’est d’essayer d’avoir une réelle représentation des joueurs au sein des instances avec un réel poids de négociation et avec une voix qui porte. Récemment, il y a eu de longues discussions, concernant nos représentants au board où des avocats représentent l’intérêt des tournois. Actuellement, au sein de l’ATP, s’il y a une égalité lors d’un vote des représentants des joueurs et des tournois, le Président garde l’option de prendre une décision en vue d’un changement, mais il ne le fait pas, car il ne veut pas perdre son travail, car pour être (ré)élu il a besoin des votes émanant de certains de ces représentants. Ce n’est pas nécessairement de sa faute, mais plus d’un système, qui a été fondé en 1973 et où les joueurs n’ont pas de pouvoir .

Votre modèle, est-ce celui de la NBA ?

Mon modèle est l’équité. Mon modèle ne provient pas de l’argent mais de l’équité. C’est d’avoir un système juste pour tous et non un système très puissant avec quelques personnes qui contrôlent tout. Pour moi, l’équité, c’est aussi que des avocats ne représentent pas les intérêts des tournois au Board. L’équité serait également de savoir réellement quelles sont les recettes des tournois, qui refusent de nous le dire. L’équité serait d’avoir une transparence sur cet aspect financier. L’équité serait également que les joueurs des tournois Challengers et Futures puissent gagner leur vie et ne soient pas déficitaires par les frais engagés pour disputer ces épreuves. Dans le sport, il y a beaucoup d’argent. Il n’est pas possible que dans un sport comme le tennis qui brasse tellement d’argent que des joueurs qui disputent, certes des Challengers ou des Futures, ne puissent pas gagner leur vie. J’ai conscience que le tennis n’est pas un sport où économiquement les droits TV sont énormissimes comme cela peut être le cas aux États-Unisavec le basket ou le baseball. Mais la part de revenu qui revient aux joueurs doit être juste. On a manqué plus d’une occasion d’être juste.

C’est quoi la prochaine étape ? Une grève, est-ce, à nouveau, envisageable ?

Tout est envisageable. Je ne pense pas que cela soit quelque chose que nous souhaitons et qui soit bon pour notre sport. J’ose espérer qu’avant d’en arriver là, un accord sera trouvé. Mais l’arrogance provenant des dirigeants envers notre souhait de changement, cela suffit. Il est temps d’arrêter que quelques personnes décident de tout. C’est difficile de faire bouger les lignes.

Après des revendications des joueurs, les dotations des tournois du Grand Chelem connaissent régulièrement une augmentation, notamment pour les premiers tours des tableaux finaux. Pour vous, est-ce suffisant ?

Lorsqu’on revient à la genèse de cette augmentation, en 2012, les joueurs étaient prêts pour une grève. Ils souhaitaient une augmentation des dotations. Mais cette augmentation de revenu ne représente qu’une petite partie de tout l’argent que se font les Grands chelems. Les revenus des tournois du Grand Chelem augmentent chaque année. L’argument a toujours été que le pourcentage de la dotation soit équitable au revenu global de ces tournois et qu’il y ait un partage juste avec les joueurs. Or, ce n’est pas le cas. L’US Open a réalisé une augmentation significative de son prize money (ndlr : en 2019 la dotation globale s’élève à 57 millions de dollars soit plus de 50 millions d’euros. En 2018 elle était de 53 millions de dollars). Mais lorsqu’on voit combien il génère de revenus supplémentaires chaque année… Les chiffres doivent être connus de tous afin de travailler avec ces données.

Vous dépensez beaucoup d’énergie pour ce sujet. N’est-ce pas au détriment de votre carrière ?

Désormais, j’aimerais réaliser une levée de boucliers. Durant six mois, j’ai été blessé. J’ai eu du temps pour dépenser de l’énergie à propos ce sujet. Bien entendu, je ne souhaite pas faire cela pour toujours. Je me bats pour plus d’équité. Les joueurs ne sont vraiment pas satisfaits de la situation. Et ils ne le sont pas depuis 45 ans. Je ne suis pas là depuis 45 ans, mais c’est ce que certains membres des générations précédentes m’ont rapporté.

Propos recueillis par E-A à Wimbledon.