Lutte d’influence

Lutte d’influence

9 août 2019 0 Par SoTennis

En marge du Masters 1000 d’Indian Wells, l’ATP avait annoncé, via un communiqué, que le mandat de Chris Kermode, président exécutif de l’ATP, depuis 2014, ne se prolongera pas au-delà de son mandat actuel, qui expire à la fin de cette année. Une décision sur fond de lutte d’influence. Jeudi, l’ATP a annoncé l’élection de Rafael Nadal et Roger Federer au sein du conseil des joueurs.

Depuis quelques mois, Chris Kermode, président exécutif de l’ATP, qui avait succédé à Brad Drewett, décédé en mai 2014 des suites de la maladie de Charcot, se savait sur la sellette. Début mars, celui qui était devenu le premier Européen de l’histoire à occuper ce poste, a su, « officiellement » que son mandat actuel, qui expire à la fin de cette année, ne se prolongera pas. En délicatesse avec certains membres du conseil des joueurs, présidé par Novak Djokovic, le Britannique et sa vision, n’étaient plus, visiblement, en adéquation avec les idéaux de ces représentants des joueurs du circuit masculin, dont les principales revendications tournent, toujours, autour…de l’argent. Réuni, en début d’année, en marge de l’Open d’Australie, le Conseil des joueurs aurait voté contre le maintien du président Chris Kermode à la tête de l’organisation. Composé de dix joueurs (dont Novak Djokovic, comme président, et Kevin Anderson, comme vice-président), ce Conseil des joueurs aurait demandé, après vote, son départ. Bien que ce dernier n’avait pas souhaité rendre sa décision publique, il semblait dès lors, qu’une âpre lutte d’influence, se portait sur le Board de l’ATP, qui est composé à parts égales de trois représentants des joueurs et de trois représentants des tournois. Au sein de ce panier de crabes, l’un des plus farouches opposants à Chris Kermode n’est autre que l’ancien joueur américain Justin Gimelstob, coach de John Isner, et son associé à Tennis Channel, David Egdes. En novembre dernier, Egdes a fait en sorte d’écarter du Board, Roger Rasheed, l’un des membres, après son vote en faveur d’une « modeste » augmentation des prize money des tournoi ATP. Quelques semaines plus tard, malgré un fait de droit commun qui l’a emmené devant un tribunal de Los Angeles (NDLR : le 31 octobre, durant Halloween, il a violemment frappé, en pleine rue l’un de ses anciens amis, Randall Kaplan), Justin Gimelstob avait été, malgré tout, dans un premier temps confirmé dans ses fonctions par un vote du Board, où son influence n’était plus à démontrer. Au-delà de ces petits arrangements entre amis, la question de l’augmentation significative des dotations est plus que jamais d’actualité. Malgré les velléités de l’ATP, d’engager une nouvelle augmentation des dotations, programmée sur plusieurs années, le compte ne semble toujours pas être le bon pour les principaux intéressés. À l’image de Vasek Pospisil, forfait à Melbourne, membre du Conseil des joueurs (représentant les joueurs classés entre la 50e et 100e place mondiale), qui en appel à « casser le système ». « La structure de gouvernance de l’ATP favorise les intérêts des tournois et des propriétaires, écrit le Canadien dans un mail envoyé, en janvier, aux joueurs. Il est temps de voir du changement et nous pouvons l’obtenir en restant unis et en demandant des dédommagements à la hauteur de notre travail. Ces tractations ne sont pourtant pas du goût de tous les champions. Stan Wawrinka n’a pas hésité à apporter, publiquement, son soutien à Kermode. Tout comme Roger Federer et Rafael Nadal, mettant en avant le « bon travail » du Britannique et qui s’étaient étonnés de ne pas avoir été consultés pour une telle décision. Ces derniers, pendant un temps en retrait, ont réintégré le Conseil des joueurs, comme l’a annoncé jeudi, par un communiqué, l’ATP.

Haro sur la gourvernance

Interrogé, avant son entrée en lice au Masters 1000 d’Indian Wells, Novak Djokovic, en bon communiquant, s’était habilement exprimé sur la décision du Board de ne pas reconduire Chris Kermode, en le remerciant tout d’abord pour sa contribution à son sport durant son mandat, avant d’ajouter : « Il est temps pour nous d’envisager un nouveau leadership sur le circuit. Mais je ne m’exprimerai pas sur le bien-fondé de la décision. En tant que président du Conseil, j’ai des responsabilités et notamment celle d’assurer la confidentialité de nos discussions. » Visiblement agacé à l’évocation du soutien de Rafael Nadal à l’actuel patron de l’ATP, le Serbe a ajouté : « Je respecte son opinion. Je ne lui ai pas parlé depuis des semaines, mais ça marche dans les deux sens. Si Rafa et Roger (Federer) voulaient me parler, ils auraient pu m’approcher. J’ai parlé avec Rafa en septembre, puis en novembre. Rien depuis. Ils ont voté pour leurs représentants. La structure du circuit fonctionne comme cela. Nous sommes leurs représentants. » Dans un communiqué, publié début mars, Chris Kermode, avait déclaré « Cela a été un privilège d’être président exécutif de l’ATP et je suis très fier de ce que nous avons accompli durant cette période. » Face à la grogne des joueurs, le boss de l’ATP avait annoncé, durant cette période, en décembre 2014, qu’une hausse de 35 % des dotations, était prévue d’ici 2018 où le prize money global devait atteindre 135 millions de dollars. Avec sa casquette de président du Conseil des joueurs, Novak Djokovic, élu pour la première fois en 2016, qui milite pour la création d’un syndicat des joueurs, à rappeler, jeudi, son point de vue quant à la structure même de l’ATP. « Selon moi, elle présente un gros défaut : le Board comporte trois représentants des joueurs et trois représentants des tournois, et le président doit souvent trancher. On a trop souvent affaire à des conflits d’intérêts. La position du président est souvent intenable. Je crois qu’il faudrait que l’on réfléchisse à la structure même de notre gouvernance » a-t-til déclaré. Invité à commenter notamment son retour au Conseil, après sa qualification pour les quarts de finale du Masters 1000 de Montréal, Rafael Nadal a déclaré: « Les discussions ont été compliquées ces derniers temps. Donc je voulais juste être un peu plus informé de ce qui se passe et essayer d’avoir une meilleure vue d’ensemble de tout ça pour donner mon avis après plus de 15 ans passés sur le circuit. On a décidé ensemble d’y aller (avec Roger Federer). Si on est au conseil de joueurs ensemble, c’est parce qu’on en a parlé avant. Je ne serai pas seul et il ne sera pas seul non plus là-bas. À nous deux, je pense qu’on peut avoir du pouvoir, aider le sport, en espérant que ce soit pour le mieux. Nous sommes là pour aider et pour en savoir un peu plus sur ce qui se trame. L’année dernière, sur beaucoup de plans, il y a eu des hauts et des bas. »