Hugo Nys : «Le double est en sursis»
1 juillet 2026Hugo Nys et Édouard Roger-Vasselin se sont qualifiés pour le deuxième tour de Wimbledon. Mercredi, sur le court 15, les têtes de série nᵒ 9 ont battu les Britanniques Henry Searle et Daniel Evans en deux sets (6-2, 6-4). Le Monégasque, attaché à sa discipline, reste inquiet quant aux décisions que l’ATP s’apprête à prendre.
Vous vous êtes récemment imposé, avec Édouard Roger-Vasselin, à l’ATP 250 d’Eastbourne. De bon augure avant Wimbledon, où vous aviez atteint l’an dernier les quarts de finale…
L’an dernier, nous étions très proches d’être en demi-finale (ndlr : défaite face à la paire Arevalom – Pavic, tête de série n°1, 6-4, 6-7, 7-6). Moi, je n’ai encore jamais passé les quarts. J’ai envie d’aller jusqu’au bout. Je sais qu’on avance match par match. Tous les tours sont compliqués. On aura sûrement un deuxième tour très costaud. On veut aller le plus loin possible, mais dans un premier temps, on va se concentrer sur le prochain match.
Bien qu’en double il y a les automatismes qui peuvent faire aussi la différence, le niveau de jeu reste élevé. N’importe qui peut battre n’importe qui…
Il n’y a rien qui soit simple. Après, il y a quand même des équipes qui arrivent à se démarquer, à faire partie des meilleures du monde en restant assez constantes. Au cours de l’année, les meilleures équipes du monde vont gagner plus de matchs qu’elles vont en perdre. Mais si on ramène tout à chaque fois à un match, c’est sûr qu’il y a une beaucoup plus petite marge entre deux joueurs de simple, où il y en a un qui est très fort et l’autre un peu moins. Le double, ça se joue à tellement sur des détails que la marge est moins énorme entre les très bonnes équipes. C’est juste la régularité sur l’année, l’abnégation aussi, l’entente qui va faire la différence.
Dans votre métier, il y a aussi ce côté de se lever chaque matin avec à la clé une victoire ou une défaite au bout. Au-delà de l’expérience, est-ce qu’on s’y fait à ça ?
C’est une bonne question. Je crois qu’on s’y fait dans le sens où on accepte que cela soit notre vie. Il faut identifier qu’on fait un sport où à la fin du match, il y en a un qui est éliminé. Une équipe en double ou un joueur en simple. On accepte ça. Parfois, c’est un peu lourd parce que ce sont beaucoup de tension au quotidien. Par contre, quand on ne joue pas, ça nous manque. C’est assez paradoxal. C’est la compétition. Quand on aime ça, il faut comprendre qu’il y a des victoires et des défaites. Pour ma part, ça peut être lourd parfois, ce stress lié au résultat. Mais dès que je suis en vacances ou que je ne joue pas, ça me manque beaucoup. C’est assez paradoxal comme sentiment.
Parvenez-vous à travailler sur cette gestion du stress ?
Oui, j’ai un préparateur mental avec qui je travaille depuis une dizaine d’années. Grâce à lui, j’ai beaucoup appris sur moi. Malgré ces dizaines d’années de travail, chaque semaine, c’est une remise en question. Je pense que c’est à peu près la même chose pour tout le monde. Même les très grands joueurs, les légendes. C’est leur capacité à se remettre en question à chaque fois qui fait qu’elles étaient aussi fortes. C’est quelque chose qui se bosse au quotidien. Je dirais qu’il y a de l’expérience accumulée, mais jamais rien d’acquis.
L’an dernier, ici même, nous avions évoqué l’importance pour vous de la Coupe Davis. En février dernier, il y a eu cette rencontre assez incroyable face au Kazakhstan. Avant d’évoquer en elle-même la rencontre, qu’est-ce que ça vous a fait de passer de l’été austral à l’hiver kazakh ?
C’était assez troublant, intéressant. On s’y était un peu préparés. En plus, il y a eu une escale de douze heures dans l’humidité et la chaleur de Bangkok pour arriver douze heures plus tard à -25 degrés à Astana. On a été très bien reçus là-bas. On était dans des conditions optimales. On n’était pas beaucoup dehors. On s’est protégés. C’est vrai qu’on a pris 60 degrés dans la tronche en 48 heures. Mais comme on s’était préparés à ça, ça a été. Finalement, s’adapter à des conditions en intérieur, c’est beaucoup plus simple que l’inverse. Je veux dire que l’inverse aurait été très compliqué. En plus, je n’ai pas très bien joué en Australie. J’ai pu m’entraîner assez rapidement de nouveau en indoor en Australie. Ça s’est bien passé. Nous avons été bien reçus et on a su s’adapter pour faire une magnifique rencontre.
Lors de cette rencontre vous avez, avec Romain Arneodo, apporté le point du double, lors d’un match de près de trois heures. Pour vous, qu’est-ce qu’elle représente cette victoire ? (
Je pense que jusqu’à présent, c’est ma plus belle victoire en Coupe Davis. C’est celle qui a compté le plus. Elle était cruciale puisque, vu la configuration de notre équipe, on n’a pas le droit de perdre un match. Parce que comme on n’a qu’un joueur de simple « compétitif » et une équipe de double, Val (Valentin Vacherot) doit gagner ses deux matchs et on doit gagner le double. On n’a pas le choix. C’était toute cette pression qui peut être difficile à gérer, mais ça nous a porté. Au final, ça ne se joue à rien. On sauve quand même une balle de match sur service adverse. On se retrouve à gagner au tie-break du troisième. Alexander Bublik vient de jouer trois heures et quart. Il doit enchaîner contre Val. C’était le scénario complètement parfait. C’est mon plus beau souvenir en Coupe Davis, clairement, jusqu’à présent.
En septembre, ça sera face à la Finlande, pour tenter de rejoindre l’élite mondiale. Est-ce que ce rendez-vous, vous le préparez dans un coin de votre tête, entre joueurs de l’équipe monégasque ?
Oui, on a hâte. Dès qu’on a gagné au Kazakhstan, on a tout de suite pensé à ça. On attendait le tirage au sort avec impatience. On a tiré la Finlande chez eux, qui est un pays très compliqué à jouer. Ils ont un excellent joueur devant qui est Otto Virtanen. Ils ont le numéro un mondial en double qui est Harri Heliovaara. Pour l’instant, on ne se projette pas trop, puisqu’on a Valentin (Vacherot) qui était quand même blessé. Romain qui est blessé, sûrement jusqu’à mi-août. Val, j’espère, va revenir très bientôt, la semaine prochaine. Comme je vous le disais, nous, on est une équipe très réduite. On ne peut pas se permettre d’avoir un joueur en moins. On espère juste qu’on sera au complet en Finlande. Ce serait déjà une belle victoire.
Avez-vous des nouvelles récentes de Valentin Vacherot (blessé au pied gauche) ?
Oui, je crois que les nouvelles sont rassurantes. Il a repris l’entraînement. Je sais qu’avec le staff médical, cette fois, il ne voulait pas faire d’erreur de reprise trop tôt. Je pense qu’ils sont en train de faire le taf pour revenir.
Recemment, certains joueurs ont exprimé leur point de vue quant aux dotations des Grands Chelems. Que vous inspirent ces revendications-là ?
Je vais un peu dans le même sens que tous les autres joueurs. En tant que joueur du tableau du double, j’ai vu des grosses augmentations de la part de Wimbledon par rapport à d’autres Grands Chelems. En revanche, ce qui me préoccupe plus que le prize money, c’est qu’on est dans une période qui amène pas mal d’anxiété aux joueurs du double parce qu’il y a des choses qui seront potentiellement mises en place dans peu de temps par les instances du tennis pour réduire le nombre d’opportunités de travail pour les joueurs du double. Et ça, ça m’inquiète.
C’est-à-dire ?
Ce n’est pas encore sorti, c’est un peu vague, mais on sait que le double est en sursis et qu’aujourd’hui, je ne peux pas faire beaucoup plus de commentaires que de dire que je me sens assez triste que dans un sport qui est soi-disant au top de sa forme financière, puisqu’on a vu qu’avec les Masters 1000 le tennis n’a jamais généré autant d’argent, il y ait un objectif de diminuer la place du double dans l’histoire du tennis. Ça me chagrine beaucoup. Je sais qu’en coulisses, malheureusement, il y a des décisions qui veulent être prises pour qu’on ait moins d’opportunités de travail. Et ça, je trouve que ce n’est pas le bon combat et que c’est dommage d’être dans un sport qui marche aussi bien et qui veut supprimer des opportunités.
Du côté des joueurs, comment cette annonce est-elle vécue ? Une voix peut-elle s’élever ?
On n’a pas envie d’être en conflit avec qui que ce soit. En tant que joueur de tennis, avant tout, on est dans une optique de construction plutôt que de destruction. De discussion, plutôt qu’opposition. J’espère que tous les joueurs resteront unis pour défendre l’histoire du tennis parce que le double, historiquement, fait partie du tennis à part entière. Aujourd’hui, on est en train d’essayer de s’unir pour ne pas disparaître, alors qu’on ne demande rien de plus. Je ne comprends pas l’animosité envers ça. Je pense que ce sont des décisions qui sont reliées au business et qu’il y a sûrement des gens qui vont trouver des arguments contre et qui exposeront leur explication. Je ne vais pas en dire beaucoup plus parce qu’il n’y a rien qui est précis. Je trouve ça un peu triste qu’en ce moment, on soit en train de se battre pour survivre. L’ATP a pris des décisions qui ont amené beaucoup d’argent. Il y a beaucoup plus de joueurs de simple qui gagnent très, très bien leur vie. Et ça, c’est génial. Dans un contexte aussi bon, je ne comprends pas comment peut-on avoir l’idée de supprimer cette opportunité de travail pour certains de ces joueurs.
Propos recueillis par E-A à Wimbledon







