Mary Patrux : «C’est très symbolique pour moi d’être là»

Mary Patrux : «C’est très symbolique pour moi d’être là»

8 juillet 2026 Non Par SoTennis

Mary Patrux, journaliste pour beIN SPORTS (diffuseur de l’intégralité du tournoi de Wimbledon), a fait son retour au SW19, comme si de rien n’était. Pourtant, il y a tout juste un an, c’est lors du Grand Chelem londonien qu’elle apprenait la récidive de son cancer du sein. L’histoire sensible, d’une résiliente.

Cette année, au moment de franchir les portes de Wimbledon, dans quel état d’esprit étiez-vous, alors qu’il y a tout juste un an, vous appreniez qu’il y avait pour vous, un nouveau combat pour la vie, qui se profilait ?

J’étais très fière de moi, parce que c’était l’objectif que je m’étais fixé l’année dernière avec mes médecins. C’était une certitude que j’allais revenir. Malgré tous les traitements que j’ai eus, on avait coché cette case-là. Celle de Wimbledon. Donc revenir ici, c’était un point final à cette année qui a été difficile pour moi. D’être ici, sans penser aux examens à passer, à la prochaine chimiothérapie, à la prochaine radiothérapie, c’était un retour à la vie. Il y a eu un poids qui s’est enlevé. Je suis beaucoup plus détendue, parce que l’année dernière, je ne savais pas ce qui allait m’attendre. Je savais que j’étais malade, mais je n’avais pas été opérée encore. J’avais fait un aller-retour pour réaliser un Tep-scan à Paris. C’était spécial… Ça a toujours été très important pour moi de rester très professionnelle. On m’a demandé de remplir une mission, je suis là pour remplir cette mission, quoi qu’il arrive.
Revenir ici, ne pas avoir à penser à ça, être guérie, être en rémission, je me dis que c’est une chance incroyable. C’est très symbolique pour moi d’être là avec toutes les personnes qui m’ont accompagnée l’année dernière.

« C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ». C’est par ces mots, empruntés à la chanson de France Gall, que le 29 juin dernier, vous aviez via un post sur les réseaux sociaux, décrit ce retour…

C’est vraiment ce que ça représente pour moi. J’ai croisé des femmes à la chimio qui étaient seules qui avaient l’impression qu’elles n’allaient plus rien pouvoir faire après. J’ai fini la chimiothérapie le 27 janvier (2026) et je suis là aujourd’hui à travailler 12 h par jour. Je trouve que ce n’est pas un détail, parce que ça veut dire que tout s’est bien passé, que je suis sur la bonne voie. On nous dit souvent qu’il faut changer de vie, qu’il faut faire un point sur sa vie. On m’a dit de faire de la presse écrite plutôt que de la télé. Mais non ! J’ai construit cette vie, j’ai envie de la poursuivre. Ça a été suffisamment dur pour moi d’être une femme dans ce milieu, et laisser ma place parce que j’ai été malade. J’ai eu quatre mois de chimio. Quatre mois de chimio sur vingt ans de carrière, c’est quand même un peu compliqué de se dire qu’on va tout remettre en cause. Tout ça, ne sont pas des détails pour moi, parce que c’est comme ça que j’ai construit ma vie.

Malgré tout, remplir cette mission de travail, en sachant que vous étiez malade, est-ce que c’était d’une certaine manière faire bonne figure ?

Ce n’était pas faire bonne figure, c’était faire son travail.
C’était un moment aussi où, quand je travaillais, je ne pensais pas à la maladie. D’être ici, l’an dernier, alors que je savais qu’un long chemin m’attendait, c’était quand même, pour moi, une belle échappatoire. Ça maintient en vie. Ça m’a permis de ne pas plonger un peu dans la déprime, de tourner en rond et de m’occuper. C’est très important de faire marcher mon cerveau. Ça a été le cas pendant la chimio aussi. J’ai travaillé parce que je ne supporte pas d’être là, chez moi, à attendre que ça passe, à me demander ce que je vais faire de ma vie. Ma vie, c’est ça ! Donc, tant que je peux faire ça, c’est que je suis en vie, donc c’est que tout va bien.

Est-ce que les médecins ont approuvé de maintenir votre activité professionnelle, alors que vous luttiez contre la récidive de votre cancer du sein ?

Chacun vit tout ça comme il le peut et comme il le veut. C’était ma volonté. Ils m’ont accompagnée à faire en sorte que je sois épanouie et heureuse pendant cette période. Tant qu’ils sentaient que j’allais bien, ils me disaient évidemment : « Allez-y doucement. » Avec toujours : « N’en faites pas trop, Mme Patrux. Là, ça fait beaucoup, Mme Patrux. » Comme ils voyaient que cet assemblage me permettait d’aller bien, il n’y avait pas de raison pour qu’ils me disent d’arrêter. J’ai eu très peu de congés maladie, d’arrêts maladie. Parce que moi, je l’ai vécu comme ça. Il ne faut pas faire culpabiliser les autres qui le vivent différemment. Ça a été mon moteur et ça l’est encore aujourd’hui.

Ce genre de traitement, sans vouloir être trivial, ce n’est pas de l’eau claire.
Comment avez-vous géré la fatigue que ces soins ont-ils pu engendrer ?

Je me suis beaucoup aidée de soins de support, on n’en parle pas beaucoup de ce genre de choses. Il y a pas mal d’outils qui peuvent nous aider à aller mieux pendant, notamment, la chimio. Déjà, on est très médicamenté, parce qu’il y a beaucoup de médicaments qui nous permettent de ne pas avoir de nausées par exemple, d’être peut-être un peu moins fatiguée. J’ai fait beaucoup d’acupuncture. Ça a été vraiment un peu, mon phare dans ma nuit. Le fait que mon mari soit très proche de moi, ma sœur aussi, ma famille, mes collègues qui m’ont permis de travailler comme si de rien n’était, car on ne me regardait pas comme si j’étais vraiment malade, je pense que toutes ces choses ensemble, tout ce que j’ai mis en place pour avancer, ont fait que ça s’est plutôt bien passé.

Il y a aussi un aspect que vous avez mis en avant sur les réseaux sociaux, c’est ce casque réfrigéré pour ralentir et ou limiter la chute de cheveux, qui est associée à la chimiothérapie…

C’était un moyen de penser à autre chose. Je ne pensais pas à la chimio qu’on était en train de m’infuser. Je pensais à garder mes cheveux. J’avais constitué une petite équipe autour de moi, parce qu’il y a quand même pas mal de logistique autour de ça (de ce casque), donc je n’arrivais pas seule à la chimio. On était assez nombreux et on mettait « l’ambiance », parce que tout le monde nous posait des questions sur le casque. J’ai utilisé ce casque-là en me projetant vers ce retour à l’antenne pour Wimbledon. Je me disais : « Si je n’ai plus de cheveux au mois de janvier, comment je vais faire ? » En sachant que la perruque, j’en ai une, mais je ne me voyais pas la mettre ici avec le vent… En gros, comme ici, c’était l’objectif, il fallait que tout soit bien en place pour que je revienne comme si de rien n’était.

À travers les réseaux sociaux, tout cet aspect capillaire, vous l’avez aussi documenté…

Je réponds à beaucoup de questions de femmes qui ne connaissaient pas ce dispositif et qui ont envie d’essayer, parce qu’on ne garantit pas un succès à 100 %. Par exemple, même si on en perd des cheveux, ça repousse plus vite. Les endroits où j’en ai perdu, j’ai eu beaucoup plus de repousse grâce au casque. J’aime beaucoup être dans l’aide des femmes qui se posent des questions, qui ont envie d’essayer. Je donne tous mes trucs que j’ai faits pendant cette période-là, comme laver mes cheveux à la bouteille d’eau une fois par semaine, avec un shampoing de bébé, vraiment tout ce qu’il y a de plus basique. Ne pas aller chez le coiffeur. J’aime bien avoir ce côté de faire découvrir quelque chose qui est très développé aux États-Unis et au Canada et qui, je pense, mérite d’être un peu plus connu en France.

Vous l’avez aussi raconté, que pour vous, le fait d’avoir vos cheveux, vous avez pu participer à des réunions parents-profs sans avoir ce regard que l’on porte parfois sur la maladie. Comment décririez-vous ce regard ?

On a l’impression qu’on est mourant, même si on ne l’est pas. Ce regard, c’est pour ça que j’ai participé au documentaire de Matthieu Lartot (ndlr : Ce qui nous tient debout) diffusé sur France TV. Ce n’est pas un tabou, on est malade, mais notre vie ne s’arrête pas pour autant. C’est une étape dans notre vie et notre vie va se poursuivre après. Au début, on a envie de se cacher. Je comprends les gens qui se cachent, parce que c’est fatigant de devoir presque se justifier de pourquoi on est là, de pourquoi on va bien. Si on est caché, on n’a de comptes à rendre à personne. Ce qui a été difficile pour moi, ce sont les gens qui ne me reconnaissaient pas, ce qui a été le cas à Roland-Garros. « Mais t’as changé, mais t’es brune ! » J’ai préféré le dire pour aider surtout les femmes, mais aussi pour que les choses soient claires. Je ne me cache de rien, je n’ai pas honte d’avoir eu cette maladie. Je sais qu’on peut s’en sortir, j’ai envie de montrer qu’on peut s’en sortir. J’en ai marre de voir des filles chauves pour parler du cancer du sein, parce que ce n’est pas une fatalité. On peut « aller bien », avoir un cancer du sein, travailler, faire de la chimiothérapie. Je trouve qu’on nous présente les choses que d’une certaine manière et c’est important de montrer qu’il y a d’autres manières de vivre cette maladie. Ça peut aider des femmes qui se disent que leur vie va s’arrêter parce qu’elles ont des chimios. Non, on peut avoir des chimios et reprendre sa vie tranquillement après.

Vous évoquiez tout à l’heure les soins de support. Au niveau médical, au-delà de l’efficacité des protocoles, les médecins peuvent parfois se concentrer sur cet aspect-là et peut-être mettre de côté l’aspect émotionnel. Est-ce que cela a été votre cas ?

Oui, il y a eu en effet un côté chimiste de la part de l’oncologue, qui est là pour poser un protocole et ne va pas trop se soucier de comment on va vivre tout ça, même si je suis tombée sur quelqu’un qui a compris que travailler allait être essentiel pour moi. Il a toujours fait en sorte de ne pas me donner la dose maximale en sachant que mon cas ne le demandait pas non plus. Il a toujours eu un discours assez clair avec moi. En effet, ils ont eu une tendance des fois à oublier qu’on est des humains et à nous mettre dans des cases. Ayant du caractère, j’ai pu exprimer ce qui ne me convenait pas. Je comprends aussi les gens qui ne vont pas avoir ce réflexe-là.
J’ai été accompagnée par une psychologue aussi qui m’a appris à dire non, à dire pourquoi, et je ne suis pas d’accord qu’on me parle comme ça. Ce passage-là n’est pas toujours agréable. Avec les médecins, je pense qu’on ne se connaît pas, alors qu’on vit des moments hyper forts, donc il faut aussi s’apprivoiser les uns les autres.

Cette épreuve, est-ce qu’elle est venue polir certains aspects de votre caractère ?

En tout cas, je vais être moins impatiente dans mon travail, plus à l’écoute peut-être. Je suis extrêmement rigoureuse et je n’aime pas qu’il y ait des erreurs. À présent, je vais peut-être être plus douce dans la manière dont je vais voir une erreur à l’antenne. Je m’énerve beaucoup moins, vraiment. Je suis plus patiente, il y a des choses plus graves. Oui, il y a des choses plus graves ! On dit souvent ça, il y a des choses plus graves. Ce n’est pas que cela ne soit pas grave, mais il y a une autre manière de vivre les choses peut-être.

Vous parliez aussi dans un précédent post de toute la solidarité féminine. Est-ce vraiment ça la sororité, un mot à la mode aujourd’hui ?

Oui, mais ce n’était pas une mode. C’était incroyable ! Il y a eu un élan collectif qui s’est mis en place, avec un naturel déconcertant. C’est incroyable comment les femmes se serrent les coudes dans les moments durs. Même si on ne se parle plus pendant des mois, ou même si on ne se connaît pas beaucoup, là, il se passe des choses formidables entre femmes, c’est vraiment ce que j’ai vécu moi. Ce sont les femmes qui ont été le plus à mon écoute, les femmes qui m’ont le plus aidée, les femmes qui ont été au rendez-vous quand ça n’allait pas. Je l’ai ressenti, ce côté collectif, on va faire front ensemble. Vraiment, ce n’était pas pour mettre un mot à la mode, comme vous dites, c’est vraiment ce que j’ai vécu.

Et la Maison RoseUp ( lieu d’accueil et d’accompagnement pour les femmes touchées par un cancer), êtes-vous passée par elle ?

Non. C’est vrai que je suis dans le partage par rapport à ce que j’ai vécu, mais dans la manière dont je le vis, je suis vraiment un peu dans mon coin, avec ma team. J’ai encore du mal à, par exemple, parler devant une assistance.
Je préfère parler juste avec la personne qui vient d’apprendre qu’elle a son cancer et qui veut que je l’aide à savoir vers où aller, comment faire, etc. Je ne me sens pas prête, parce que c’est difficile aussi. « Répondre » à tout le désarroi qu’il peut y avoir, je ne suis pas encore prête à ça. Je suis très sollicitée, et je m’en excuse, parce que pour l’instant, je ne suis pas du tout prête à incarner un combat. Je suis dans l’accompagnement personnel. Mais devant beaucoup de gens, c’est plus compliqué pour moi pour l’instant.

Si vous pouviez rencontrer la Mary d’il y a tout juste un an, vous lui diriez quoi ?

« Sois rassurée, ça va bien se passer. » C’est un truc que je me suis dit, la veille de la chimio. C’est très compliqué d’y aller, parce qu’on ne sait pas comment vous allez réagir, ça dépend des personnes. Alors qu’on a envie un peu d’un road book qui nous dit comment les prochaines semaines vont se dérouler. Cette angoisse, c’est comme l’attente, ça, ce sont vraiment les choses les plus difficiles à vivre. Je lui dirais aussi : « Ne t’inquiète pas, ça va bien se passer, tu seras bien de retour l’année prochaine et tout ira bien. » Je pense que c’est important d’être positif, même si je comprends que ce soit difficile, mais c’est ça qui fait la petite différence. On me dit souvent que le mental fait la différence. C’est vrai. Comme le fait de marcher. Moi, j’ai marché tous les jours, quel que soit mon état physique, ça change beaucoup de choses. D’être positive, ça change beaucoup de choses, même si je sais que c’est très difficile. On dit souvent, ce sont les petits détails qui font la différence. Comme dans le sport de haut niveau. Pour moi, ce sont ces petits détails qui ont fait la différence.

Propos recueillis par E-A à Wimbledon