Henry Patten : «J’aimerais vraiment que l’ATP fasse demi-tour»

Henry Patten : «J’aimerais vraiment que l’ATP fasse demi-tour»

6 juillet 2026 Non Par SoTennis

Tenants du titre à Wimbledon, le Britannique Henry Patten et le Finlandais Harri Heliövaara se sont qualifiés dimanche pour les quarts de finale du Grand Chelem londonien. Après cette victoire, à l’arraché, les numéros mondiaux en double, ont exprimé leur vive inquiétude quant au plan de l’ATP de réduire drastiquement la place de cette discipline à l’horizon 2028.

En cette période, c’est vraiment agréable de voir des matches de double avec beaucoup de public. Qu’en pensez-vous ?

Henry Patten : « C’est un bon moment, bien sûr. Nous avons eu de la chance aujourd’hui (dimanche) de jouer sur le court 2 à un moment où il n’y avait pas de matchs de simple, parce que les deux plus grands courts commençaient plus tard. C’est donc merveilleux pour nous, non seulement pour l’expérience sur le site, mais aussi pour la diffusion à la télévision. Il y a des gens qui veulent voir plus de doubles à la télévision et aujourd’hui, nous avons eu une bonne promotion pour le double.

De la même manière, l’ATP semble avoir un plan pour réduire drastiquement la place du double en 2028. Quelle a été votre réaction quand vous l’avez appris ?

Henry Patten : « Ce fut vraiment une déception. L’ATP est sans doute dans sa meilleure position financière qu’il n’a jamais été. Avec des contributions, des prix, des bonus record pour les joueurs de simple. Le tennis a souvent une mauvaise réputation, celle d’être déjà un sport élitiste. Donc, parler d’un groupe de joueurs, le réduire à 50 %, pour donner aux mêmes joueurs une dotation de 10 %, c’est très triste pour moi. Ça rend le tennis plus élitiste et ça veut dire que les enfants de différents milieux sociaux, comme Harry et moi, ne pourront pas jouer au tennis.  Ça réduit les opportunités. J’espère que chaque enfant pourra vivre ce que j’ai vécu. Pour moi, c’était un rêve de devenir joueur professionnel.  Nous avons eu de bonnes chances dans nos carrières de jouer devant un grand public. Cela reste un privilège de jouer chez soi avec le soutien du public. Les victoires ici restent belles, mais cette année avec ce qui se trame avec ce projet de l’ATP, c’est difficile. »

Harri, avez-vous un commentaire sur ce sujet ?

 

Harri Heliövaara : « Je pense que Henry l’a bien dit. Nous voyons des pays plus petits, comme mon pays, la Finlande, où le double est très populaire. Tout comme l’Inde ou encore la Pologne, pour ne citer qu’eux. Par exemple, mes résultats ont contribué à faire la promotion du tennis en Finlande.  Chaque court de tennis est réservé et c’est très difficile de trouver une place d’une heure.  C’est génial pour le sport. Sans le double, ça n’arriverait pas. »

Est-ce que vous coûtez trop cher à l’ATP ?

Henry Patten : « C’est une bonne question.  Probablement que oui. Nous coûtions beaucoup. Je dirais aussi que beaucoup coûtent. Les joueurs du simple, cela coûte beaucoup aussi. Des joueurs qui gagnent peu durant une saison, cela coûte cher aussi de les accueillir. Mais ils font partie intégrante du circuit et c’est très bien ainsi. Sans joueurs, il n’y aurait pas de circuit. Et cela crée des opportunités. De manière réaliste, vous diriez que 90 % des joueurs du simple, voire du double, sont déjà subventionnés C’est la façon dont le sport et le tennis fonctionnent. C’est la façon dont la Ligue de football et la Ligue d’Angleterre fonctionnent. Nous sommes tous d’accord, c’est vraiment une bonne chose.  Bien sûr, nous coûtons beaucoup, mais j’espère qu’ils voient la valeur que nous pouvons apporter. J’espère que nous pourrons, à l’avenir, continuer à discuter à ce sujet. »

Harri, vous avez siégé au conseil des joueurs…

Harri Heliövaara : « Oui, j’ai siégé à ce conseil, c’était il y a deux ans. Je faisais partie du groupe des joueurs de double. Je n’y suis plus actuellement. C’était très intéressant d’échanger avec les directeurs du tournoi, les diffuseurs.  Nous essayions de trouver une façon d’offrir une meilleure exposition au double.  Nous avons essayé de changer. Par exemple, nous avons changé les doubles pour être joués plus tard, dans les Masters 1000. Je pense que ça a été d’une certaine manière un bon succès, surtout pour les fans et pour les organisateurs qui ont besoin de contenu pour la partie suivante du tournoi. Je pense que nous avons essayé de trouver des façons innovantes pour rendre le double plus attractif. »

Vous avez passé beaucoup de temps dans ce conseil. Pour quels résultats ?

Harri Heliovaara : « Comme je l’ai dit, j’ai représenté les joueurs du double. Cela a été très intéressant d’être membre de ce conseil, mais j’ai espéré plus de changements et également de résultats. À vrai dire, j’espérais peut-être personnellement d’essayer de faire des changements plus radicaux. Pas de couper de moitié la liste des participants, mais de changer ce « produit » qu’est le double. Par exemple, j’ai joué un ou deux matchs avec un micro, pour le rendre plus intéressant.  Les joueurs de double sont très ouverts à ce sujet. Nous sommes prêts à être utilisés pour l’avantage du tournoi. Cela nous rend plus connus pour tous les fans, ce qui, j’espère, peut améliorer notre discipline. »

Quelle sera la prochaine étape ?

 

Henry Patten : « Nous verrons. J’aimerais vraiment que l’ATP fasse demi-tour et nous dise que ce n’était pas une bonne idée et que nous sommes prêts à nous écouter. Mais avec des expériences antérieures à celle-ci, je ne pense pas que cela se passe ainsi. Cela serait un très grand changement dans leur comportement et dans ce qu’ils ont pu faire depuis deux, trois ans. En réalité, depuis que je suis sur le circuit, de ce côté-là, il n’y a réellement pas eu de changements. À ce jour, il n’y a aucun contact, aucun commentaire, aucun échange. Nous devrions engager une agence de relations publiques (ndlr : intenter une action judiciaire est une option) pour gérer nos intérêts et tenter de stopper ce projet. Nous devons nous impliquer pour empêcher de disparaître. J’aimerais mieux que l’ATP investisse pour le double et sur des choses productives pour notre sport que nous aimons. Nous verrons, le temps le dira. »

Propos recueillis par E-A à Wimbledon
Photo LTA