Stan Wawrinka : «Ce n’est jamais simple de dire au revoir»

Stan Wawrinka : «Ce n’est jamais simple de dire au revoir»

25 mai 2026 Non Par SoTennis

Lundi, sur le court Simonne-Mathieu, Stan Wawrinka s’est incliné au premier tour à Roland-Garros face à Jesper de Jong (6-3, 3-6, 6-3, 6-4). À 41 ans, le Suisse, titré à Paris en 2015, a disputé le dernier match de sa carrière sur l’ocre parisien.

Etes-vous conscient de l’impact que vous avez sur des joueurs qui ont 10-15 ans de moins que vous ? Est-ce que ça vous surprend cet hommage que vous avez cette année de leur part ?

Bien sûr, c’est toujours surprenant de recevoir tant d’amour et de soutien d’autres joueurs ou même des fans, ou même de tournois en général. Mais cela fait plus de 20 ans que je suis sur le circuit. Quand j’étais jeune, mon rêve était de devenir un professionnel et d’être parmi les meilleurs et de jouer ces tournois. Je ne m’attendais absolument pas à arriver si haut dans le monde du tennis, mais en fait je ne me suis jamais fixé de limite dans ma carrière. A chaque fois je voulais aller plus loin, je travaillais pour aller plus loin, je me poussais dans mes derniers retranchements pour trouver la meilleure façon d’y arriver. Je suis content et fier de ce que j’ai réussi à faire depuis toutes ces années bien sûr. Aujourd’hui (lundi), cela a été vraiment dur et ce n’est jamais simple de toute façon de dire au revoir à quelque chose que l’on a tant aimé et j’y ai dédié ma vie, toute ma vie. Donc, je sais que ce sera un peu difficile de quitter Roland-Garros.

Pendant les années d’or 2014, 2015, 2016, notamment, vous étiez sûrement le plus enragé des quatre grands. Maintenant, avec le recul, est-ce que vous vous rendiez compte que vous écriviez l’histoire du tennis ou c’était simplement l’amour du jeu qui vous faisiez engranger réussites, succès après succès ?

Non, pour moi c’est la passion pleine et totale. C’était ce que je voulais faire, me pousser dans tous mes retranchements. Je n’ai jamais dit : « Mon objectif, c’est d’être n° 1 ou gagner un Grand Chelem », non. Mon objectif, quand j’étais enfant, quand je commençais à jouer, quand je voulais vraiment jouer au tennis, c’était ma vie, c’était de jouer contre les Top 100, d’être dans les Grands Chelems, de jouer les grands tournois. Une fois de plus, je dirais que j’ai toujours eu cette passion pour le tennis. La vie du circuit aussi. Lorsqu’on y est, lorsqu’on est dedans, c’est une vie incroyable, on voyage dans le monde entier, on joue les plus grands tournois au monde et on a cette occasion de jouer devant tellement et tellement de fans, devant tellement de personnes en définitive. Donc c’est vrai, je ne me suis jamais vu penser « Je vais écrire l’histoire du tennis ou dans le tennis » ou d’atteindre tel ou tel niveau ou de battre telles statistiques ou de gagner des Grands Chelems. Non, à chaque fois, c’est moi-même qui m’intéressais, comment m’améliorer au tennis, comment mieux jouer, comment mieux repousser mes limites, comment gagner l’un des 4 grands, les Big 4. C’étaient eux qu’il fallait battre pour gagner les meilleurs tournois.

Quand on pense à vous ici, les gens pensent à la finale contre Novak Djokovic (en 2015) et le niveau que vous avez atteint ce jour-là. Avez-vous regardé ce match après coup et quel sentiment avez-vous ressenti de battre celui qui dominait le tennis ?

Je n’ai jamais regardé le match en entier. Bien sûr, j’ai vu les meilleurs moments pour me rendre heureux et je me suis dit : ça c’est mon tennis, ça c’est mon jeu. Parfois, je me dis que j’arriverai à répéter ça, mais ce n’est pas facile malheureusement de répéter ces bons coups.
Je vais vous dire quelque chose, peu importe votre niveau et là où vous en êtes dans votre carrière, lorsque vous êtes dans le match, dans le tennis, c’est ce rythme et il faut faire au mieux dans ce rythme que vous avez. À ce moment-là, je ne disais pas « C’est incroyable, je joue super bien » ou « C’est particulier, c’est spécial ». Non, je me concentrais sur le fait que je voulais battre le n° 1 à l’époque, le meilleur d’ailleurs et c’était une finale d’un Grand Chelem, ici, à Roland-Garros. Je crois que j’ai regardé toutes les finales avant ce match de Roland-Garros. Donc un moment vraiment particulier, mais je savais que lorsque je suis rentré sur le court, j’avais les atouts pour le battre. Je connaissais mon niveau, j’avais la confiance, je croyais en mon mental, mon cerveau, mon physique et mon jeu de tennis, mon tennis pour pouvoir faire cela.

Savez-vous ce que vous allez faire l’année prochaine ?

Je sais certaines choses que je vais faire, mais j’ai exprès mis beaucoup d’options de côté, parce que j’ai envie de pouvoir finir cette année le mieux possible, j’ai envie de pouvoir garder mon focus sur l’année ; j’ai envie de pouvoir penser et vivre le tennis à fond si je veux encore essayer de maintenir ce niveau jusqu’à la fin de l’année. Pour moi, c’est important. Et surtout parce qu’une fois l’année finie, j’ai envie de prendre un peu de temps pour diriger ces 25 ans de carrière, pour digérer ce chapitre qui a été toute ma vie jusqu’à maintenant et pour me retrouver un peu, savoir ce que j’aurais vraiment envie de faire une fois que j’aurais toute la journée devant moi et tous les jours. Donc, je sais que j’ai besoin un peu de calmer tout cela et de prendre le temps tranquillement.

Propos recueillis par E-A