Un crabe à vaincre

Un crabe à vaincre

12 octobre 2019 0 Par SoTennis

Figure familière du monde du tennis, Mariska Oosterhuis, inconditionnelle supportrice de Nicolas Mahut, aime parcourir le monde pour soutenir son joueur préféré et l’équipe de France de coupe Davis. Alors qu’elle poursuivait ses pérégrinations, le cancer s’est invité dans sa vie. Pour tenter de le déloger, cette Hollandaise dynamique, compte bien aller puiser son énergie, dans ses aspirations liées, entre autres, au tennis.

En septembre dernier, vous avez annoncé sur votre compte Twitter avoir passé des examens et être atteinte d’un cancer (lymphome de Hodgkin). Qu’est-ce qui vous a poussé à passer ces examens?

En août dernier, j’ai ressenti quelques douleurs physiques. Après consultation, je suis allée à l’hôpital pour procéder à des examens plus poussés, notamment au niveau de la lymphe. L’imagerie a révélé une anomalie au niveau de mon cou et de ma lymphe et que cela pouvait être un cancer. À ce moment-là, rien n’était sûr. Par la suite, j’ai passé un scanner. Le verdict est tombé. C’est bien un cancer. Le traitement a débuté au mois de septembre.

Comment avez-vous vécu l’annonce de ce cancer?

Beaucoup de personnes m’ont soutenue donc cela a été « positif ».

Régulièrement, vous partagez sur les réseaux sociaux, en postant notamment des photos, votre vie avec le cancer. Pourquoi avoir décidé de le faire publiquement?

J’ai décidé d’annoncer cela publiquement, sur mon compte Twitter, car je voulais être honnête sur ce qui se passe et montrer aux personnes que je pouvais ne pas avoir uniquement une tête joyeuse et que cela peut arriver dans la vie. Je souhaitais également aller y puiser un soutien. Les personnes ont réagi d’une manière positive en m’envoyant beaucoup de messages bienveillants.

Les effets secondaires des séances de chimiothérapie que vous endurez actuellement ont, notamment, pour conséquence la perte de vos cheveux. Comment avez-vous appréhendé cette étape?

C’est très difficile. J’ai toujours eu de longs cheveux. Il y a quelques jours, j’ai décidé de les couper très courts, avant d’attendre qu’ils tombent. Cela m’a pris un moment pour prendre cette décision. Maintenant, je suis sereine par rapport à cela. Je suis fière de qui je suis, même avec les cheveux très courts. Je suis la même personne. C’est pour ça que j’ai posté, sur mon compte Twitter, une photo de moi avec ma nouvelle tête.

Vous courez régulièrement des marathons. Avec ce cancer, vous est-il toujours possible de courir de longues distances?

Malheureusement non. Mon médecin m’a dit de ne pas courir de longues distances durant mon traitement. Néanmoins, j’ai l’autorisation pour courir de courte distance. Avant que nous nous parlions, je suis allée courir cinq kilomètres. C’est bon d’être dehors. Auparavant, j’allais courir quatre fois par semaine où j’avalais les kilomètres. Actuellement, lorsque c’est possible, je vais courir deux fois par semaine et j’apprécie vraiment ces moments et le fait d’être dehors.

Voyez-vous ce combat contre le cancer comme un marathon à finir?

C’est une bonne comparaison. C’est un marathon spécial… Je reste déterminée à le finir et à le remporter !

Ce cancer, qui est entré par effraction dans votre vie, vient, sans doute, freiner vos voyages liés au tennis. Comment traversez-vous cette période loin des tribunes?

Je ne suis pas complètement éloignée des tribunes des courts de tennis, car j’ai encore la possibilité de faire quelques sorties. Je vais me rendre à Anvers pour le tournoi ATP, car c’est à « seulement » deux heures de bus de chez moi. Cela tombe à un moment de repos de mon traitement. J’ai hâte de m’y rendre.

Vous avez assisté au récent Moselle Open où vous avez pu encourager votre joueur préféré, Nicolas Mahut. Avez-vous pu lui dire ce qu’il vous arrive?

Oui, je lui ai dit. J’ai jusqu’à présent pu aller le soutenir un peu partout. Ne sachant pas comment les semaines, après ce tournoi, allaient se passer pour moi, j’ai préféré aller le soutenir et lui dire aussi que mes prochains déplacements seront limités. Il a été à l’écoute et bienveillant.

On vous sait freelance. À ce jour, ce cancer vous laisse-t-il la possibilité de poursuivre votre activité professionnelle?

Je suis encore en mesure de travailler comme maquettiste pour un journal. Pour me rendre à Rotterdam, lieu où je travaille, j’ai 1 h 30 de train, mais ce n’est pas un problème. Je suis assise à mon bureau, mon planning reste flexible, surtout par rapport à mes rendez-vous à l’hôpital. Même si je dois un peu plus me reposer, j’essaie de vivre ma vie le plus « normalement » possible.

Avant cette annonce d’un cancer, qu’elle était votre vision de la vie?

(longue réflexion) J’ai toujours été concentrée sur le présent. Il y a quelques années, j’étais juste préoccupée d’avoir mon chez-moi… Aujourd’hui, je reste concentrée sur mon présent, même si je regarde l’an prochain avec optimisme et avec un grand objectif, me rendre à Tokyo pour assister au tournoi olympique de tennis. Pour cela, il va falloir retrouver la forme. C’est une bonne motivation. Les médecins m’ont donnée 95 % de chance de « guérison ». Huit séances de chimiothérapie sont programmées. À ce jour, j’en ai eu deux. Ensuite, il faudra voir s’il est nécessaire d’en reprogrammer ou de faire de la radiothérapie. Rien n’est sûr pour le moment. La seule chose qui est sûre, c’est que la vie est précieuse et courte. Ces derniers temps, je m’en suis un peu plus rendu compte.

Propos recueillis par E-A lors d’un entretien téléphonique réalisé le 10-10-2019.